Par
Eulalie ,
dimanche 23 août 2009 à
01:08 ::
Les anonymes
Il court vers elle en criant son prénom. Il tient à la main un gros bouquet de roses rouges et jaunes étouffées par un épais feuillage vert. Le voyant, elle tourne les talons et hâte le pas.
Il arrive à sa hauteur, prononce quelques mots. Elle prend le bouquet sans un sourire et recule à mesure qu’il avance vers elle. Il essaie de lui saisir le poignet. Quelques mots sont échangés.
Il écarte les bras en croix.
C’est ce moment qu’elle choisit pour le frapper avec le bouquet. Elle le saisit à deux mains et tape d’abord la tête, comme deux gifles, puis le torse, jusqu’à ce que les tiges cassent. Elle jette ce qu’il reste dans le caniveau, le menace de l’index et reprend son chemin.
Il la regarde partir, interdit, les pieds dans les pétales des fleurs qui furent son bouquet.
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Eulalie ,
dimanche 16 août 2009 à
22:39 ::
Les anonymes
Il est entré dans le bus comme il serait rentré dans une navette spatiale ; avec empressement et impatience. Elle lui emboite le pas. Il doit avoir environ 5 ans. Il a des traits communs avec cette jeune femme qu’il appelle par son prénom.
Une fois assis, il semble absorbé par le paysage qui défile et balance ses pieds dans le vide.
A l’arrêt suivant, une autre femme et un autre enfant arrivent.
« On se met là, Maman ? »
La jeune femme regarde l’enfant qui vient d’arriver et dit :
« Hey ! C’est Léo ! Bonjour Léo ! Comment vas-tu ? »
Léo, timide, regarde ses chaussures et murmure :
« Bonjourmadamejevaisbienmerci ».
La maman de Léo hoche la tête en guise de salut, regarde le premier enfant et lui demande doucement :
« Et toi, comment t’appelles-tu ? »
L’enfant la regarde, et mi amusé, mi gêné, dit :
« Moi, je suis … Albator ! »
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Par
Eulalie ,
jeudi 6 août 2009 à
21:22 ::
Les anonymes
Ils sont assis sur ce banc tous les soirs. Ils ont des discussions animées sur les livres, la vie et les femmes, se chicanent parfois, rient beaucoup. Le troisième compère, vieux coupe-vent bleu sale et cheveux longs, part nonchalamment, se retourne et lance aux autres :
« Lui dites pas que vous m’avez vu, à chaque fois ça cause des soucis, j’veux pas qu’y’ait du souci entre nous, c’est une chouette dame, ma Coco. »
Les deux autres acquiescent gravement.
Je passe à leur hauteur. Le plus vieux, cheveux gris et bedaine à l’air, m’appelle et me demande :
« Hey Princesse, t’as une pièce pour des vieux bonimenteurs dans not’ genre ? »
Je ralentis, lui adresse un léger sourire et hoche la tête de gauche à droite.
« C’est pas grave, Princesse, on s’enivrera de ton sourire, à la place. »
C’est dit avec la voix rocailleuse d’un type qui a trop fumé, trop crié, trop bu, trop vécu peut-être, mais surtout avec gentillesse et douceur.
« Hey, Princesse ! T’as de très jolis yeux ! Des vrais yeux de Princesse ! »
Je réajuste mes lunettes noires sur mon nez, souris intérieurement et décide, pour une fois, de ralentir le pas.
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Eulalie ,
mardi 4 août 2009 à
20:39 ::
Les anonymes
Il est rentré en premier dans le bus. Casquette, T shirt clair avec une tâche noir sur l’épaule gauche, jean et vans. Elle le suit de près, avec une démarche légèrement chancelante. Elle a de grands et maigres membres, une longue crinière blonde décolorée, un débardeur à dos nageur noir trop grand, un mini short en jean bleu clair au bas reboulé.
Il s’arrête juste devant moi et me tourne le dos, s’accroche à la barre centrale. Elle le rejoint, passe son bras droit autour de sa taille et niche son visage dans le creux de l’épaule gauche de son compagnon.
Ils ne parlent pas.
De temps en temps, elle lève légèrement son menton pour le regarder, l’embrasse dans le cou –elle ne peut pas atteindre ses lèvres et cache de nouveau son visage.
Il ne la regarde pas. Il fixe un point immobile au dessus de la porte.
Elle passe son second bras autour de sa taille et serre plus fort. Il l'observe, puis la force à relever la tête avec sa main gauche.
Son maquillage a coulé dans ses larmes. Il place ses deux pouces aux coins internes de ses yeux et exerce une pression vers l’extérieur de son visage, séchant ses joues et étalant son mascara.
Puis il relève la tête, retrouve son point à fixer, tandis qu’elle enfoui son visage dans le creux de l’épaule gauche de son compagnon.
Je descends du bus et mettrai plusieurs minutes à sortir de leur bulle.
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