Sur la sellette

Intérieur, soirée. La SNCF se la joue bétaillère en vendant deux fois le nombre de places disponibles dans un TER. Un couple abaisse deux strapontins et s'assoit tandis que nous nous entassons façon sardines à l'huile dans le petit habitacle.
Une vingtaine de personnes reste devant les portes sans pouvoir entrer dans le train.
Devant moi, une jeune femme enceinte de quelques mois.
Les deux strapontins papotent et rient, ignorant avec une ahurissante indifférence les gens qui les entourent. Plusieurs personnes essaient de rentrer en contact avec eux en les fixant du regard. Une jeune femme, amie de la future maman, tapote l'épaule de l'homme et lui fait remarquer, avec un agacement visible mais contenu, leur comportement incorrect.

L'homme la regarde à peine et répond, légèrement agressif et plutôt arrogant :

"Le problème ne vient pas de moi mais de la SNCF : si vous avez une remarque à faire, soyez gentille d'aller la faire auprès des contrôleurs."

Il se détourne sans même attendre une réaction et laisse l'assistance interdite.

Je voudrais dire mon admiration à cet homme qui, en une seule phrase, a relevé le défi ultime auquel la SNCF n'avait même pas essayé de répondre ; nous mettre tous sur le cul.


Nauséabond

Je voulais écrire un de ces billets d'humeur dont ce carnet a longtemps été noirci.
Je voulais décrire le sentiment de tristesse, de honte et de gêne lorsque cette très jeune femme qui a monnayé ses faveurs à des sportifs a été jetée en pâture à une foule soudainement très puritaine et très désireuse de rétablir un peu de morale dans le terrible monde de stupre qui l'entoure.

Lorsque ses photos, volées sur son compte Facebook au mépris de son droit le plus fondamental à la vie privée, ont commencé à tourner, cela n'a été qu'une suite d'injures, de moqueries misogynes, de propos dégradants, pour cette personne en particulier et pour toutes les autres femmes en général. Une personne de sexe féminin à qui j'en ai fait la remarque m'a répondu "je n'ai pas à respecter quelqu'un qui ne se respecte pas". Bien.

Internet se révèle une fois de plus être un déversoir de haine et de diffamation, au nom du SacroSaint Humour (plus assimilable à un Bigard bien faisandé qu'à un Monty Python) ou, plus insidieux encore, au nom de la liberté d'expression. Vite, dépêchons-nous, les vedettes des ragots du jour ne le seront peut-être plus demain, vite, hâtons-nous, trouvons le bon mot, ne réfléchissons pas aux conséquences de nos actes ; vu la taille de sa poitrine, il est évident que tout son entourage connaissait ses activités. Vu qu'elle couchait avec des personnes connues, il est évident qu'elle devait s'attendre à être médiatisée.

Avec dégoût, j'éteins ces canaux putrides, mais la fange a contaminé l'autre côté de l'écran et je me retrouve face à des personnes réelles qui vomissent leurs vérités pré-réfléchies, bien mâchées.

Ce n'est pas choquant, qu'on cloue ainsi au piloris cette prostituée et qu'on s'acharne sur elle. "Elle récolte ce qu'elle a semé", dit-il. Il trouve même réconfortante cette idée qu'il se fait de la "justice universelle", il l'aime bien, son concept de "roue qui tourne". Lui trouve que "ça se voit qu'elle n'est pas forcée". Et lui dit "A 2.000 € la passe, je ne vais pas la plaindre. Tu as vu ses photos à Dubaï ? 20.000 € par mois, tu te rends compte ? Elle n'est pas malheureuse !". Et l'autre dit "2.000 € pour ça ?!" Et lui me reprend, par souci de correction ; "on ne dit pas 'pute', on dit 'prostituée' ou si tu veux, 'péripatéticienne'." L'hypocrisie dans toute sa splendeur.

Pour le même prix, on vous fait la pute (moche), le sportif (moche) et la femme (moche) du sportif (moche) qui soutient probablement son mari (moche) car elle a un mauvais contrat de mariage. Pourquoi se retenir ! Pour une fois qu'on peut cracher toutes nos saloperies sous couvert de réagir à l'actualité chaude bouillante (rires gras), lâchons-nous ! C'est de l'humour !

J'espère au moins que vous vous êtes bien marrés.