Slimer
Par Eulalie , jeudi 30 juillet 2009 à 23:10 :: Journal
« Je suis bouffie d’émotions. »
Elle n’est pas très jolie, cette accroche.
Il n’est pas très joli, le mot « bouffi », mais il correspond parfaitement à ce que je souhaite décrire. « Bouffi », c’est un peu trop volumineux. C’est meurtri comme suite à un coup. C’est pas foncièrement palpable, c’est une impression un peu physique qui se sent sans forcément se voir. Bouffie.
Plus joliment ?
On pourrait dire que les trop nombreuses vagues qui heurtent mon rivage érodent peu à peu mes fondations. Mais c’est hyper facile et mon état n’est pas joli-joli, non non.
Il y a une maladie, avec un nom angoissant. Il paraît qu'il ne faut pas s'inquiéter. Il y a l'attente du prochain palier, la surveillance de ses réactions, l’attente d’améliorations. Exprimer ses sentiments n’a jamais été trop son truc, parler est devenu un effort physique, alors j’essaie de faire passer l’amour que j’ai pour lui dans mes yeux et l’apposition de ma main, parfois, dans son dos ou sur son bras. Et je suis terrorisée à l’idée qu’il puisse envisager d’abandonner.
Il y a une autre maladie, avec un nom tout aussi menaçant. Il paraît qu'il ne faut pas s'inquiéter. Elle ne tient pas à entrer dans la danse des prescriptions, surveillera peut-être un peu. Au mieux doublera-t-elle les doses d'aspirine vitaminée quand la fatigue sera trop forte. Et elle ne m’en parlera pas. Elle ne partage pas le mal, elle le contient en elle pour qu’il ne nous atteigne pas, sans comprendre qu’il s’immisce malgré tout, se faufile et nourrit nos idées noires.
Je ne prononce ni n’écris les noms des maladies. J’espère soit les oublier, soit carrément les faire disparaître par le simple fait de les déposséder de leurs noms. Evidemment ce sont des stratégies vaines échappées de mon enfance, évidemment cela ne fonctionne pas, même en plissant les yeux très fort en comptant un, deux, trois.
Y'a l’appréhension d'en parler, de pas tenir le coup, de laisser s'exprimer mes craintes alors qu'ils tentent d'affronter les leurs. Je ne veux pas ajouter mon fardeau. J’ai un mal fou à alléger les choses comme je me sens si lourde de peurs.
Il y en a d’autres, au bord de la crise de nerfs, qui épuisent leurs corps déjà au bord de la rupture. Qui se maintiennent dans une illusion médicamenteuse de stabilité. Qui exigent toujours plus d’eux même sans se rendre compte que leur objectif n’est simplement pas humain, et qui se tournent vers des aides plus ou moins ésotériques. Ça dérange mon côté cartésien.
Bouffie, disais-je.
Toutes les émotions ne sont pas négatives, mais l’embouteillage est tel que je ne sais plus vraiment les gérer. Je pense malgré tout que je vais plutôt bien.
Grüninours, comme toujours, assure, sèche mes larmes, calme mes hoquets, soigne mes plaies, me rassure, me fait rire, me soutient. M’aime. Je ne serai sans doute aujourd’hui qu’une chose molle sans lui, je tire ma force de ses larges épaules et de ses bras confortables. Un point d’ancrage rassurant, présent, envers et contre tout.
Les satellites affirment leur existence également apaisante. Certains réapparaissent d’une ombre vieille de 3 ans, d’autres affirment leur présence avec des actes incroyablement touchants.
Alors, bouffie, donc. Entre la confiance et la peur, les larmes et les rires, l’arrêt et la reprise de la cigarette, l’envie d’une Guinness bien fraîche et les verres d’eau plate. Tant d’émotions si brutes, ça vous retourne une Eulalie. Et ça l’empêche de centrer ses esprits devant son éditeur de texte. Ce qui la fait pondre des textes fleuves comme celui-ci, sans réelle cohérence, sans qualité autre que celle d’être là.
Ecrire tout cela reviendrait à lui reconnaître une existence, l’intégrer véritablement au réel, et je n’y suis pas prête. Ce carnet avait pour but celui de consigner les évènements, majeurs ou anodins, pour s’en souvenir. Je n’ai pas envie de me souvenir de ceux-ci. Je ne veux pas qu’ils existent.
Alors je propose de décentrer tout cela et de nous tourner vers les autres. Les inconnus, ceux avec lesquels nous passons un court moment dans une file à la Poste, à la caisse d’un supermarché, dans le bus, ...
J’ouvre ainsi une nouvelle rubrique de ce journal ; les anonymes. Une description, brève ou non, d’instants de vie de parfaits –ou d'imparfaits inconnus.
Elle n’est pas très jolie, cette accroche.
Il n’est pas très joli, le mot « bouffi », mais il correspond parfaitement à ce que je souhaite décrire. « Bouffi », c’est un peu trop volumineux. C’est meurtri comme suite à un coup. C’est pas foncièrement palpable, c’est une impression un peu physique qui se sent sans forcément se voir. Bouffie.
Plus joliment ?
On pourrait dire que les trop nombreuses vagues qui heurtent mon rivage érodent peu à peu mes fondations. Mais c’est hyper facile et mon état n’est pas joli-joli, non non.
Il y a une maladie, avec un nom angoissant. Il paraît qu'il ne faut pas s'inquiéter. Il y a l'attente du prochain palier, la surveillance de ses réactions, l’attente d’améliorations. Exprimer ses sentiments n’a jamais été trop son truc, parler est devenu un effort physique, alors j’essaie de faire passer l’amour que j’ai pour lui dans mes yeux et l’apposition de ma main, parfois, dans son dos ou sur son bras. Et je suis terrorisée à l’idée qu’il puisse envisager d’abandonner.
Il y a une autre maladie, avec un nom tout aussi menaçant. Il paraît qu'il ne faut pas s'inquiéter. Elle ne tient pas à entrer dans la danse des prescriptions, surveillera peut-être un peu. Au mieux doublera-t-elle les doses d'aspirine vitaminée quand la fatigue sera trop forte. Et elle ne m’en parlera pas. Elle ne partage pas le mal, elle le contient en elle pour qu’il ne nous atteigne pas, sans comprendre qu’il s’immisce malgré tout, se faufile et nourrit nos idées noires.
Je ne prononce ni n’écris les noms des maladies. J’espère soit les oublier, soit carrément les faire disparaître par le simple fait de les déposséder de leurs noms. Evidemment ce sont des stratégies vaines échappées de mon enfance, évidemment cela ne fonctionne pas, même en plissant les yeux très fort en comptant un, deux, trois.
Y'a l’appréhension d'en parler, de pas tenir le coup, de laisser s'exprimer mes craintes alors qu'ils tentent d'affronter les leurs. Je ne veux pas ajouter mon fardeau. J’ai un mal fou à alléger les choses comme je me sens si lourde de peurs.
Il y en a d’autres, au bord de la crise de nerfs, qui épuisent leurs corps déjà au bord de la rupture. Qui se maintiennent dans une illusion médicamenteuse de stabilité. Qui exigent toujours plus d’eux même sans se rendre compte que leur objectif n’est simplement pas humain, et qui se tournent vers des aides plus ou moins ésotériques. Ça dérange mon côté cartésien.
Bouffie, disais-je.
Toutes les émotions ne sont pas négatives, mais l’embouteillage est tel que je ne sais plus vraiment les gérer. Je pense malgré tout que je vais plutôt bien.
Grüninours, comme toujours, assure, sèche mes larmes, calme mes hoquets, soigne mes plaies, me rassure, me fait rire, me soutient. M’aime. Je ne serai sans doute aujourd’hui qu’une chose molle sans lui, je tire ma force de ses larges épaules et de ses bras confortables. Un point d’ancrage rassurant, présent, envers et contre tout.
Les satellites affirment leur existence également apaisante. Certains réapparaissent d’une ombre vieille de 3 ans, d’autres affirment leur présence avec des actes incroyablement touchants.
Alors, bouffie, donc. Entre la confiance et la peur, les larmes et les rires, l’arrêt et la reprise de la cigarette, l’envie d’une Guinness bien fraîche et les verres d’eau plate. Tant d’émotions si brutes, ça vous retourne une Eulalie. Et ça l’empêche de centrer ses esprits devant son éditeur de texte. Ce qui la fait pondre des textes fleuves comme celui-ci, sans réelle cohérence, sans qualité autre que celle d’être là.
Ecrire tout cela reviendrait à lui reconnaître une existence, l’intégrer véritablement au réel, et je n’y suis pas prête. Ce carnet avait pour but celui de consigner les évènements, majeurs ou anodins, pour s’en souvenir. Je n’ai pas envie de me souvenir de ceux-ci. Je ne veux pas qu’ils existent.
Alors je propose de décentrer tout cela et de nous tourner vers les autres. Les inconnus, ceux avec lesquels nous passons un court moment dans une file à la Poste, à la caisse d’un supermarché, dans le bus, ...
J’ouvre ainsi une nouvelle rubrique de ce journal ; les anonymes. Une description, brève ou non, d’instants de vie de parfaits –ou d'imparfaits inconnus.