La nouvelle note

Ma note est prête. Probablement l’une des meilleures jamais publiée sur ce carnet et sur la blogosphère mondiale. Sans me vanter ; des images impertinentes et ad hoc, des mots pesés au gramme près, de l’humour subtil, le tout employé avec un angle audacieux.

Lio, tout en décolleté, aurait trouvé la prestation solaire et vénéneuse, Dédé, lyrique, m’aurait trouvée capilloérotique et aurait récité du Lacan, Sinclair, dans une joie débordante, aurait hurlé « j’ai les poils !!!!! », et Philippe Manœuvre, lui, en aurait tout craché de joie son smouffi au kiwi sur son t-shirt AC/DC.

C’est dire.

Alors, pourquoi n’est-elle pas à lire, cette merveille ?

Parce qu’elle a été stockée dans un support peu fiable ; ma tête, une nuit vers 3h, entre un bébé à rendormir et un biberon à donner, après une journée interminable et épuisante qui avait commencé la veille à 5h du matin par un tocsin sonné en chœur par deux poupons grognons à la faim synchronisée.

A vrai dire, l’état d’épuisement était tel que ma chère mère et moi, ne trouvant plus notre sommeil, nous tordions de rire à l’idée de brusher des rideaux.
Il est donc possible que les images n’avaient ni couche ni tête, que les mots, quand il ne s’agissait pas de barbarismes, étaient basiques voire monosyllabiques, que l’humour était consternant ou d’un degré encore inconnu et que le ton était en boîte. (Tchikibam !)

On ne le saura jamais.
Mais potentiellement, j’ai pondu LA note et il faut que cela soit dit.


Mais puisque le ridicule ne tue pas, je vous dis !

Manquer de se rétamer en descendant les trois marches d’un train fermement décidé à la jouer Big Thunder Mountain, ce n’est pas si terrible.

Passer une bonne minute à invoquer l'esprit d'Einstein pour essayer de comprendre comment s’ouvre la porte des toilettes, ce n’est pas si terrible.

Une fois à l'intérieur grâce à des neurones bien einsteinés, commencer à attaquer le vif du sujet et se redresser précipitamment pour se ruer vers la porte en soufflant « non non non non c’est pris non non non c’est pris non non non non oh lalalala non non non !!! », ce n’est pas si terrible.

Prendre conscience qu’on est dans un train, le pantalon à moitié descendu, face cinq quidams éberlués au moment où on referme la porte au nez d’une jeune personne interdite, ce n’est pas si terrible.

Ne plus réussir à ouvrir une fois redevenue plus présentable et finir par souhaiter que quelqu’un parvienne de nouveau à ouvrir la porte close, ce n’est pas si terrible.

Affronter les regards goguenards en sortant des toilettes avec le sourire n°7, le détaché, celui qui dit « ahah quel épisode désopilant, même pas mal à l’ego, ahah », ce n’est pas si terrible.

Rejoindre son siège, rouge comme une tomate, puis expliquer en bégayant à son aimé hilare ce qui vient de se produire, ce n’est pas si terrible.

S’enfoncer dans son siège au moment où passe chaque personne qui a assisté à la scène, ce n’est pas si terrible.

Rester à sa place lorsque toute la colo de la jeune personne évoquée plus haut descend pour scruter la-fille-qui-ne-savait-pas-verrouiller-les-portes, avec les rires étouffés de son amoureux en fond, ça, mes amis, ça, oh, oui, ça, c’est terrible.