Grille cadenassée

Mes poussins, va falloir être forts.



Le trio semble s'être séparé. Que s'est-il passé ?
Le caddie en a-t-il eu assez d'être les quatre roues de l'immobile carrosse ?
A-t-il succombé à l'appel du consumériste fébrile en recherche d'un moyen de transporter ses courses ?
Ou bien, pire, est-il contraint de vendre ses services en cette fin de mois difficile ?

Toutes les hypothèses sont possibles, en tout cas, ce soir, c'est la tristesse et la consternation qui priment.

Eulalie, pour le Journal d'une Blonde, à vous les studios, à vous Cognacq-Jay.


Edit : Et pendant ce temps, chez la sous-préfette :




C'est beau, un caddie en liberté.

Rendez-moi mes manies !

Melle Truc, appel - Amour de mes jours ?
M. Muche, présent - Oui ma tendre mie ?
Melle Truc, explicative - Je suis en train d’écrire un texte pour le journal, qui a comme point de départ certaines de mes maniaqueries. Mais je n’en trouve pas. Pourriez-vous m’en citer une ?
M. Muche, cogitatum ergo est - Hmmm…
Melle Truc, dans l’expectative - Oui ?
M. Muche, en pleine réflexion - Hmm…
Melle Truc, en attente - Hé bien ?
M. Muche, dans ses pensées - Hmmmm…
Melle Truc, étonnée - Que se passe-t-il ?
M. Muche, 1, 2, 3, FEU ! - C’est toujours quand on nous pose précisément ce type de question qu’on ne trouve jamais la réponse. Il faut avouer également que vous êtes une maniaque désordonnée. Vos psychoses ne sont pas cohérentes ; par exemple, vous êtes très pénible sur le truc de l'éponge qui ne doit PAS rester sur le rebord du lavabo (qu'on ne doit d'ailleurs surtout pas appeler "évier" sous peine de mort par regard de glace), mais vous marchez avec vos chaussures avec lesquelles vous allez DEHORS sur le tapis de bain. Pire, vous râlez si l'éponge à vaisselle n'est pas essorée et posée sur le rebord de l'évier (qu'on ne doit surtout pas appeler "lavabo" sous peine de mort par regard de feu), mais vous marchez pieds nus sur la moquette sur laquelle nous marchons avec nos chaussures avec lesquelles nous sommes allés dehors, et après, vos pieds nus et vous, vous vous installez dans le lit et même, parfois, vous apposez vos petons glacés sur mes mollets.

Non, mais moi je cherchais juste un exemple d'un gentil côté maniaque du même acabit que "plier les sacs plastiques avant de les ranger dans le placard", pas à avoir une discussion houleuse sur le port de la chaussure en territoire Muche&Truquien, quoi.
Alors pas de texte sur l'intrus qui va bientôt venir squatter MON bureau. A la place, je dois désamorcer la tentative de putsch sur la gestion des éponges en territoire émaillé.


Cadenas cadissé

Cher Journal,

La surveillance continue. Hier soir, en rentrant, j'ai d'abord cru que le caddie® avait réussi à ronger son antivol que je pensais voir étendu, brisé, à terre, à côté de la grille. Je me suis rapprochée de l'endroit fatidique la peur au ventre, prête à pleurer la mort du lien bleu. En fait, c'est juste que j'avais retiré mes lunettes. Ce qui gisait sur le sol était un emballage en plastique bleu dont le but initial était de maintenir un pack de bières. J'ai soupiré d'aise et balayé toute pensée honteuse en arguant que je ne connaissais PAS cet emballage de 16.

Il était bien là, sage, tranquille, toujours solidaire de la grille avec le même harnachement bleu, un petit peu plus loin.


Paris, 22 octobre 2008

J'ai donc noté scrupuleusement les détails qui différaient par rapport à notre dernière rencontre :
- Le caddie® a été avancé de quelques centimètres ; il a à présent le nez ainsi que la tirelire à piécette dans les feuilles.
- Ses papiers ne sont plus présents.
- L'antivol forme deux boucles contre une seule la fois dernière.

Cela nous donne plusieurs indications :
- Le caddie® ne connait pas la sensation de démangeaison ou de rhume des foins ; à aucun moment je ne l'ai en effet vu se gratter le nez ou la tirelire à piécette avec ses petites roues.
- Le caddie® est un novice du camouflage ; deux jours après sa première tentative, il est toujours aussi visible.
- Le caddie® s'est probablement fait voler ses papiers par quelque trafiquant sans foi ni loi.
- Le caddie® est sujet au sentiment d'insécurité (probablement en rapport avec le vol de ses papiers) ; il a préféré doubler sa protection pour ne pas être victime de larcin ou bien pour ne pas être reconduit à la frontière.

A bientôt pour le prochain rapport, à vous les Studios, à vous Cognacq-Jay.


Caddie cadenassé

Depuis le temps que je publie des polaroïds, vous aurez peut-être noté une propension de ma part à photographier des ciels, des soleils et des plages. Et des nuages dans le ciel. Et des nuages à côté du soleil. Et des soleils sur la plage avec des nuages.
Aussi, dois-je remercier un inconnu qui m’a permis cette légère excursion hors de mon champ lexico photographique habituel.


Paris, 20 octobre 2008

Merci à toi, Ô aventurier du macadam au maniement exemplaire de l’antivol, de m’avoir offert un long moment de réflexion lors du retour vespéral vers mes pénates.

Car je peux comprendre le vol du caddie©. Tout le monde a rêvé au moins une fois de disposer d’un caddie© perso pour sa vie de tout les jours, ne serait-ce que pour aérer ses rideaux après une soirée avec des copains fumeurs, sortir son vieux Grü et sa couverture tartan (un Grü est tendance) ou faire des courses dans des rues en pente (direction l’hôpital, Wouhou !).

Je peux comprendre l’antivol et le cadenas. De nos jours on ne peut plus faire confiance, ma pauvre dame, même les féroces moineaux viennent nous piquer nos viennois jusque dans nos bras (aux armes ! aux armes !) et l’autre jour, j’ai vu une voiture de police garée sur un passage piéton entamer une marche arrière en plein trafic. Non mais c’est un monde, ça !

Par contre, le mettre de l’autre côté de la barrière, je vois pas. Qu’est ce qui peut pousser un individu à porter son caddie© de façon à le faire passer de l’autre côté d’une clôture, puis à l’attacher à ladite clôture avec un antivol ?

Est-ce parce que, son moyen de locomotion étant dépourvu de pare-brise, il n’est pas en mesure de caler un ticket de stationnement ou sa carte de résident derrière ses essuie-glaces ?

Est-ce une façon de donner sa vision de la société de consommation qui nous emprisonne derrière des barreaux consuméristes tout en pourrissant l’œuvre de maman nature ?

Est-ce qu’il y a dans ce quartier un gang de voleurs de caddies© volés, et que flûte à la fin, voler du volé c’est survoler, c’est pas choupi ?

Ou est-ce que c’était en fait la grille qui était attachée au caddie©, par un grilliste étourdi ou pressé qui n’a pas fait attention en garant sa grille ?


Gruninours réinvente la douche écossaise

Est-ce dû à sa force tranquille, ses muscles d'acier ou bien sa dot constituée presque uniquement de tournevis, pinces, rabots et autres clefs plates ou à pipes... L'autre jour, lorsque la chasse d'eau a commencé à couler sans plus s'arrêter et que je n'ai pas réussi à fermer le robinet d'arrivée d'eau pour examiner dans le mécanisme, je l'ai appelé à la rescousse.

Dans un petit rire, il a essayé de tourner le robinet, et constatant qu'il lui résistait, a empoigné une pince avec son air n°3, celui du « ah ouais ? On me résiste ? » .

« - Lapin ? Je crois que j'ai encore légèrement bourriné. » , a-t-il murmuré en revenant dans le salon, tenant à deux doigts le papillon désolidarisé du reste du mécanisme.

S'en sont suivies des insultes fleuries à l'encontre du concepteur du système à boutons poussoirs double débit, puis de notre propriétaire, puis de l'immeuble avant de globaliser sa haine envers toute personne ayant contribué de près ou de loin à la conception de la plomberie, du plastique, de la chasse d'eau et des robinets. Lorsqu'on a eu fini de tout démonter, j'avais les tympans qui sifflaient comme après une nuit à côté d'un ampli.

Préférant privilégier la qualité de mon audition et le vieux cœur fatigué du Glibounet, j'ai tenté d'argumenter sur le bien fondé de l'appel à un plombier. Mais c'était sans compter sur sa fierté. L'histoire était entre LUI et le ROBINET, il était hors de question de faire entrer une tierce personne, même pas un sympathique Mario en salopette.

C'est sur cette affirmation de sa virilité qu'il est reparti affronter la tuyauterie et tourner le robinet d'arrivée d'eau de l'appartement.

Et c’est de façon tout à fait virile qu’il a posé la poignée cassée de la valve d’arrivée d’eau à côté du papillon du petit robinet de la chasse d’eau. A moins que ce ne soit à la façon d’un gros matou qui rapportait sa proie morte sur son territoire afin de l’ajouter à sa fraiche collection de robinetterie.

Le matoustador a en tout cas fini par admettre qu'il était plus judicieux de s'arrêter avant de casser le robinet d'arrivée d'eau de l'immeuble, de bourriner les vannes des réservoirs de la ville de Paris ou de s’attaquer à un aqueduc.

En attendant le plombier, les douches ont été un véritable enchantement. La poignée ayant été légèrement tournée avant de casser, le débit avait été modifié. Le chose du bidule du gaz du chauffe eau fait que j'ai toujours pas compris pourquoi, mais on n'avait plus d'eau tiède. Le choix était donc cloques à l'eau brulante ou chair de poule persistante et pneumonie à l'eau glacée. Le tout sans pression bien sûr.

La suite ne s’est malheureusement pas réduite à attendre sagement le plombier en comptant nos mouches.

Pour changer les divers robinets, il fallait avoir accès aux caves pour couper l'eau de l'immeuble. Ma dernière tentative de discussion avec Mirkipute-la-présidente-du-conseil-syndical s'étant soldée par une irrépressible envie de lui arracher les deux yeux puis de les lui faire manger avec une sauce à l'aftershave et au pili-pili, c'est le flamboyant Glibipouet qui a été désigné pour l'amadouer et lui demander de nous ouvrir l'accès aux caves.

« Je ne suis pas la concierge » a-t-elle prononcé, avant de buter sur le pied de mon aimé en tentant de refermer la porte. Un mix de son air n°7 (Regard à la Paul Newman) et de son air n°9 (chaton choupi avec grands yeux implorants), et au bout d'une belle demi-heure de flatteries, elle a fini par déverrouiller cette foutue porte, en précisant tout de même qu'elle n'était pas la concierge.

Cette victoire n'a été que peu savourée, car lorsque le plombier est arrivé, elle avait de nouveau fermé la porte. C'est qu'elle avait réfléchi, Mémère Mirkipute, et qu'elle pensait en son âme et conscience qu'on ne pouvait pas couper l'eau en pleine journée sans prévenir les habitants de l'immeuble plusieurs jours avant afin qu'ils prennent leurs dispositions, même si l'opération ne prenait même pas 5 petites minutes. D’ailleurs, elle aurait eu le temps, elle aurait probablement monté une cloison de parpaings.

C'est donc Mario et sa salopette qui s'est coltiné la vieille bique. L'histoire ne dit pas s'il lui a sauté sur la tête pour choper la clé, d'aucuns diront que son statut de plombier du syndic l'aura sûrement aidé à la convaincre. La vanne d'accès d'eau de l'appartement a été changée en quelques minutes et sans efforts. Glibidou a quant à lui fièrement installé le robinet sur les toilettes.

Ne reste plus que le mécanisme de chasse d'eau à changer. Pourtant, je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas rassurée pour autant. Ça se fendille bien, les socles en email, non ?