Enchainée

Parce qu'elle me l'a demandé gentiment et que je ne sais rien lui refuser, parce qu'il en a rajouté une couche sans omettre, non sans un soupçon de goujaterie, de rappeler que je m'étais désistée la première fois (mais en oubliant de préciser avec quel panache), voici, Mesdames, Messieurs les Carnetistes et sympathisants, cinq choses que vous ne savez pas encore sur moi.


A l’ère du numérique, je prends toujours des photos avec un polaroid. J’aime figer un moment, une couleur, une ambiance et surtout, regarder la magie opérer, la photo apparaître, couche après couche, avec ses défauts, ses flous, sa sous ou sur exposition, son cadrage hasardeux.
Je les consigne, estampillées de la date et de l’heure, dans un Moleskine noir que Grounougrou m’a offert.
Et maintenant on comprend pourquoi mon sac est toujours si lourd et si gros. Si, si, avouez le, c’était quand même une sacrée énigme qui vous a tenu éveillés pendant plus de trois ans. Voilà la fin d’un supplice.

J’ai une cicatrice verticale au dessus du coccyx d’environ deux ou trois centimètres, équivalant à une bonne vingtaine de centimètres dans ma tête. Elle est le souvenir bête de l’escalade ratée d’un genre de parpaing. J’ai échappé de peu aux points de suture car j’ai supplié le médecin, affolée à l’idée qu’on me recouse la peau avec une aiguille.
Quand j’aurai des sous et que les techniques seront un peu plus au point, je la ferai retirer chez un dermato.

Je ne mets jamais de rouge à lèvres. Je déteste la sensation, je déteste les marques cradoques que cela laisse sur les verres ou les cigarettes. Je déteste encore plus le gloss, ça colle les cheveux à la bouche à la moindre brise et j’ai peur de devoir décoller les cadavres de bibets englués sur mes lèvres.

Je chante. Très faux, selon 100 % des mes auditeurs. Je suis incapable de dire si leurs affirmations sont fondées, le volume est tel que je ne m’entends pas. J’ai une très bonne mémoire des airs équilibrée avec une très mauvaise mémoire des paroles. Je n’accorde pas pour autant de répit aux malheureuses oreilles de mon entourages ; j’hurle « Nafli naflu » en boucle si la chanson est en anglais, « Nia nia nia » pour les françaises et « Nachi Nacho » s’il s’agit d’une chanson asiatique.

J’aime me brosser les dents sous la douche et me rincer la bouche à l’eau chaude. Et je ne comprends pas pourquoi cela semble si dégoûtant aux gens qui le savent.

Je suis allergique aux vaccins. Enfin, à certains. Enfin, je dis ça à chaque fois qu’un médecin me cause mise à jour en lui montrant la cicatrice de mon BCG. En fait, je n’en sais trop rien et je n’ai pas particulièrement envie d’en avoir la certitude. Juste que l’idée m’arrange car elle m’évite les piqûres.



Et je refile le bébé à Daniel Craig, Damien Rice et Romain Duris (vous pouvez me communiquer vos réponses en privé si vous n'avez pas de blog et même me donner vos numéros de téléphone, je saurai en faire bonne usage)


Ringo, brun tortionnaire, aka "Chef", aka "Mu-mufle", aka "libellule", donne des leçons d'anglais (avec un accent indo-moldave)

« (...) Oui, la confiance, "trust", comme "In God we trust", tu vois, enfin non, pas God, dès qu'on parle de God ça part en couilles. »

Y'en a qu'aurait dit "sucette", mais au niveau de l"imaginaire, ça reste finalement assez proche de la rue de la Gaî(e)té. (Private Joke : ou de la Croix Rouge.)


C’est pas gras, le confit.

La nouvelle est tombée alors que le manège des promesses d’alcoolique de début d’année était déjà plié rangé dans son hangar jusqu’à l’année prochaine.

Cette fois-ci, ça-peut-plus-durer-c’est-régime.

Régime de garde robe, donc, comme vous l’avez compris dans la précédente note, diète de petites sœurs pour Zelda et Zonk (mes santiags), rationnement de carte pour mon porte-cartes, gouvernement (tiens, tous les synonymes du mot « régime » ne sont pas corrects dans ce contexte) jeûne , alors, de jeux pour Akane la DS, l’année 2007 commence sous le sceau de la triste restriction.

Avais-je besoin en plus de cela que le Traître, (comprenez le tueur de CB) décide que nos bidous seraient désormais bidonnas non graissas ? Pile poil au moment de la sortie des Granolas au chocolat noir ??
Hé bien, croyez-moi, j’ai envie d’écrire « non ».

Sauf que.

Le régime selon Judas (comprenez l’atomiseur de carte bleue ne lui appartenant pas) n’est pas tel que le commun des mortels (c’est-à-dire les gens qui ne profitent pas de l’absence des autres pour jeter leurs cartes bleues) l’envisage.

Ainsi, ce soir, pour le dîner, nous avons mangé du saucisson et des patates. Parce le saucisson, en fait, c’est pas si gras que ça. Faudrait faire des études, mais ça l’étonnerait pas que ce soit plus sain que du bête jambon. Et puis ce sont de toutes petites tranches, non, non, trente tranches de saucisson bout à bout ne font pas plus qu’une tranche de jambon. Une tranche et demie à la rigueur.

Je vous entends pouffer d’ici. Non, mais attendez, tout sale fourbe destructeur qu’il soit, il faut être juste. Attendez la révélation suivante.

Dans sa lancée, il s’est acheté le « Fat Fight » de l’Oréal Men Expert. Tous les matins, il s’étale sa grosse noix, se pétrit avec entrain et finit par se battre sèchement la sangle abdominale en poussant des cris de bêtes.

Voilà, maintenant il les vaut bien, les moqueries.

Et moi, je vais l’aider pour son régime.
Je vais aller descendre la poubelle Franprix.


Le complexe du parapluie

Melle Truc, arrivée - Assassinounet de carte-bleueouette, je suis arrivée au cinéma !
M. Muche, pas parti - Oh, déjà ? Bon, je pars tout de suite, j'arrive dans 10 minutes.
Melle Truc, mouillée - Pouvez-vous en profiter pour m'apporter mon parapluie ? Je l'ai oublié ce matin et il pleut des cordes.
M. Muche, inquiet - Hmm, je ne sais pas trop quoi vous répondre, les gens dans la rue vont trouver ça bizarre, un homme avec deux parapluies dont l'un est à motif ... léopard.
Melle Truc, rapide - Vous n'avez qu'à chanter "Je vais appooOOooorter le parapluie à Lilouuuuneeee-ettteuuuhhh" suffisamment fort pour que les passants entendent, cela leur semblera moins étrange.
M. Muche, rassuré - Oui, vous avez raison, je vais faire ça.


Monsieur Muche n'a pas de parole. Il a préféré coiffer son chapeau de pluie et cacher mon parapluie (léopard, oui, et alors ??) dans sa veste.
Puis-je emménager avec un homme qui échafaude des plans machiavéliqueS pour tuer ma carte bleue et qui a à ce point honte de mon parapluie léopard ? La question est posée et moi je vais me coucher.


T’as pas 100 balles ?

J’ai cherché pendant des jours –depuis mardi soir pour être précise, comment introduire mon histoire. Sous quel angle attaquer l’indicible ? Puis-je la jouer détachée, cool, relax en me peignant la mèche façon banane ?
Non, point de banane ne peut s’afficher sur mon visage.

Monsieur Muche a jeté ma carte bleue.

Oui, Monsieur Muche qui m’héberge chez lui et qu’en contrepartie j’héberge ici, Monsieur Muche, ce gentleman à la conduite irréprochable seize heures par jour (l’animal qui sommeille en lui prenant le pas sur l’homme dès qu’il sombre dans les bras de Morphée), Monsieur Muche, cet ange pur au regard si doux, Monsieur Muche, l’homme auquel j’ai sacrifié « Plus belle la vie », OUI, Monsieur Muche, apprenti cow-boy dégainant son mortel harmonica plus vite que son ombre, a jeté ma carte bleue.

Evidemment, si on me demande les détails de cette sordide affaire, je devrais admettre que ladite carte avait passé la nuit dans un sac Franprix, que je n’avais pas eu la présence d’esprit de la récupérer le lendemain matin (c’est qu’à 8h du mat’, mon esprit n’est pas présent), et que ledit sac a simplement servi à jeter les détritus de mon vacancier de con. Cubin.

Mais les esprits les plus aiguisés admettront sans peine aucune que l’agencement des circonstances est douteuse.

20h20 : Retour des courses. Le Gru range les prosions* tandis que je m’affale dans la canapé, épuisée d’avoir dû monter les 99 000 étages à pieds chargée d’un sac plein de salade et de cotons à démaquiller.
20h25 : je rappelle à l’homme auquel j’accorde encore toute ma confiance que je dîne le lendemain avec mon amie Sarah.
7h05 : je me réveille, je le bouscule, je lui colle mes boules quiès dans les trous de nez, je me lève en m’appuyant sur son ventre, je claque la porte.
7h10 : sous la douche : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
7h20 : sous le séchoir : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
7h30 : en m’habillant : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
7H40 : en me maquillant : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
7h50 : en me coiffant : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
8h00 : en partant, j’oublie de récupérer ma carte bleue.

Et là, tout s’enchaîne :
22h00, au moment de payer le restau, je me rends compte que mon porte carte n’assure plus sa fonction.
22h05, j’appelle le Gru pour lui demander de vérifier dans le sac. 22h06, il m’annonce, l’air penaud, qu’il a descendu il y a peu un sac Franprix qui a servi de poubelle.
22h07, nous sommes coupés, je n’ai presque plus de batterie.
22h09, le couperet tombe : ma carte bleue est dans la poubelle.
22h10, nous sommes coupés, ma batterie crie famine.
22h11, Le Gru depuis le local poubelle m’annonce que la poubelle est vide.

Et COMME PAR HASARD, le lendemain, les soldes commencent. Tu vois les super-bottes à paillettes roses, là, avec le bout pointu, façon santiags, celles qui auraient pu devenir abordables en soldes ? Non ? Ben tu ne les verras pas.

Jamais je ne croirai qu’il s’agissait d’un accident ; je pense qu’il s’agit d’un acte délibéré visant soit à m’empêcher de faire les soldes (pour que j’arrête d’envahir ses placards ou bien pour que j’économise pour qu’on emménage ensemble)(on vous a pas dit ?on va emménager ensemble)(dès qu’il aura réussi à dépasser son blocage psychologique concernant Mesdames Nichons et String), soit à caser sa dernière blague trop drôle :

Mademoiselle Truc, embêtée - ça va être compliqué pour avoir du liquide…
Monsieur Muche, hilare – il va vous falloir une gourde, ahahaha !

A la réflexion, c’est sans doute pour caser cette blague qu’il l’a jetée aux ordures.
Puis-je vivre avec un homme qui met en scène les situations pour sortir les blagues qu’il s’imagine dans sa tête ? La question est posée.


* les inconditionnels de Palace me comprendront, tant pis pour les autres, z’aviez qu’à être cultivés.

Note bien : Si une gentille lectrice ou un gentil lecteur travaille dans ce magasin dans lequel il y a des bottes façon santiags roses à paillettes, merci de me réserver une paire en 38-39, on trouvera une récompense, merciiii.