# 16



Merci Okin ! (Même pas vrai, mais merci !)

SNCF, tout est possible, sauf prendre le train

Avec la SNCF, tout est possible. Aller en Angleterre, réserver son hôtel ou sa voiture en France ou à l’étranger, et même avoir des prix sur le tout grâce aux différents systèmes de réduction et d’avantages. On peut aussi apprendre à mettre son visage en valeur grâce à une session voyage + maquilleur professionnel à Paris, faire un circuit Sex and the City à New York et prendre des fours de Flamenco à Madrid. Alors prendre le train, hein, c’est secondaire. Y’a pas écrit la Poste, non plus, n’est-ce pas.

Il y a des gens qui trouvent scandaleux de devoir annuler un rendez-vous important prévu de longue date et non reconductible rapidement. Scandaleux, scandaleux… Il est pas très sympa, votre neurologue. Débordé ? Hé bien, on lui aura offert un peu de repos, aujourd’hui, entre deux clients. Allons, allons, c’est quoi, un rendez-vous chez un praticien réputé, face à la solidarité des cheminots ?

Aujourd’hui, c’est zéro train qui va à Paris, et c’est comme ça.

C’est un droit, la grève, ma petite dame. On peut en user et en abuser si on veut. Puisque notre objectif principal n’est pas le service du client, mais nous rendre service à nous-mêmes. Vous comprenez, pendant que vous, vous mettez 3 heures à aller bosser, ou que vous devez annuler un rendez-vous médical d’une importance considérable, nous, on nous refuse notre retraite à 50 ans. Paralyser un pays entier, sans préavis, parce qu’on n’est pas content parce qu’une des nôtres s’est faite agresser, plus qu’un droit, c’est un peu comme une responsabilité. Nous sommes les indicateurs du climat social français, ma petite dame. C’est aussi ça, le public : tenir les gens par les couilles et ne pas se priver de les pincer quand on en a envie. Et ne venez surtout pas nous dire qu’on exagère.

Pour votre train, ré-essayez demain. Ou achetez-vous une voiture.

# 15



"Brad Pitt, fraîchement séparé de sa compagne Jennifer Aniston, a été aperçu en charmante compagnie. La jeune femme, qui ne quitte pas son masque de porcelaine, serait la Fameuse Eulalie du Journal d'une Blonde."

Merci Monsieur l'Inconnu !

Meuh

A force de m’adosser de tout mon poids pour réfléchir et de me balancer en arrière pour prendre le dictionnaire, est arrivé ce qui le devait : les soudures qui reliaient les accoudoirs au dossier de mon fauteuil de bureau ont déclaré forfait. *Craaaac* + *Boum* + *Aïeuuh*. (Et pas *Uuuh*, c’est pas un piège à filles, c’est pas du tout un joujou extra, les filles en tombent sur le dos et se font mal à la tête et puis c’est tout)



Me voici donc avec Mam et Papou, à sillonner les magasins susceptibles de vendre des fauteuils. Forcément, il a fallu que les soudures, animées par une féroce envie de me nuire, lâchent en pleine période de soldes. C’est d’une incorrection, de ne pas savoir partir dignement, sans faire de bruit ni de vagues… bref. En piétinant derrière les gens, Papou me vante les mérites de l’art déco et du bois foncé, tandis que Mam s’extasie devant les fauteuils en cuir souple et les lignes minimalistes. Nous sommes trois, et nous avons trois goûts différents, voire parfois diamétralement opposés. (Si l’on considère, comme dans ma géométrie interne, qu’un diamètre peut avoir trois extrémités opposées)
On touche, tourne, tâte, lit les étiquettes, retourne, mesure, s’assoit pour moi en tentant d’imiter l’empreinte de mon auguste séant. Je n’ai aucun coup de cœur. Je les laisse s’extasier et jouer à rebondir sur les coussins des fauteuils (tss tss) et continue mon chemin quand, au détour d’un rayon, Elle est là, devant moi.

Assise confortable, mais ce qui me plaît le plus, moi, c’est le conflit entre la matière en vrai simili peau de vache et le style Louis XVI du cadre. Je suis encore toute souriante sur la chaise (faudrait pas qu’on me la pique, je vois pas ses sœurs), mon sac sur les genoux façon Bernadette, quand j’annonce au masque interrogatif de Papou que la perle est sous mes fesses, et qu’en plus elle est plus confortable qu’une huître. Le masque interrogatif cède la place à l’incompréhension, puis au désespoir. « Tous ces efforts pour lui expliquer ce qui est beau, ce qui est bien, ce qu’il faut, et elle déniche… ça ». Le visage du paternel déçu, désemparé, me coupe quelque peu mon enthousiasme. J’essaie de le faire sourire :

Lilli, comique en devenir - Attends, c’est une chaise de haute technologie vocale, quand on s’assoit, elle dit bonjour !

Je m’assois.

Lilli, imitant la chaise qui imite une vache - Meuuuuh.
Lilli, fière d’elle quoique pas très sûre - Tu vois ?

Papou, accablé, préfère regarder les halogènes.

Mam, arrive après ma brillante imitation - Qu’est ce qu’il y a ?
Papou, sans descotcher des halogènes - Ta fille a trouvé une chaise.
Mam, chef de groupe rappelle l’objectif - Mais on cherche un fauteuil !
Papou, sans descotcher des halogènes - Oui, mais elle a trouvé une chaise.
Mam, chef de groupe autoritaire - Non, une chaise, c’est pas possible. On cherche un fau-teuil. Avec des ac-cou-doirs. Parce que je t’ai observée, tu te servais des accoudoirs.
Lillie, logique mathématique - Je me servais des accoudoirs parce qu’il y en avait. Mais s’il n’y en a pas, je ne m’en servirai pas. (ahaha, quel esprit logique !)
Mam, on change pas les plans - Non Lilli. Si tu as analysé qu’il te fallait des accoudoirs, c’est parce que ça t’est utile. Là, tu parles sous l’emprise du coup de cœur.
Lillie, mode argumentation - Il faut quand même voir que depuis que nous avons commencé les recherches, cette chaise est la seule susceptible à s’intégrer harmonieusement dans ma chambre.
Mam, mode argumentation itou - Bon, elle coûte combien ?
Lillie, peur d’annoncer le prix - 185 euros.
Papou, sans descotcher des halogènes - 1.200 balles pour une chaise qui fait même pas meuh
Mam, tranchante comme un couperet - Lilli, c’est EXTRAORDINAIREMENT cher.
Papou, suivant la voix de la raison - Oui. TERRIBLEMENT, EXCESSIVEMENT cher.
Lillie, sans expérience d’achat de chaise - Ah bon ? Vraiment ?
Mam, coup fatal - Oui ma chérie. Vraiment. C’est du VOL. Viens ma puce, lâche cette chaise, cette chaise n’est pas ton amie, on va continuer à chercher.

Nous avons donc continué nos investigations, mais rien ne me plaisait. Le doux souvenir de cette céleste et bucolique chaise me brouillait la vue. Les fauteuils, annonçant leurs atouts, criant leurs prix, agitant leurs accoudoirs en cuir racolaient vulgairement et sans pudeur.

Qu’es-tu devenue, Ô, Chaise - qui - n’était - même - pas - chère - parce - que - sur - le - site - des - vendeurs - par - correspondance - Roubaisiens - le - même - style - de - chaise - est - vendu - 279 - euros ? Pendant que tu te pèles l’assise dans un entrepôt mal chauffé ou, pire, dans une maison pleine d’enfants, je me pète le dos et la tête à vouloir m’adosser à mon fauteuil mort. *Boum* *Aïeuuu* Et dans mes *aïeuuu*, j’entends tes *meuh*. Et je pense à toi.

Meuh.

Je voudrais être l’amoureuse de mon amoureux.

Juste pour une journée, échanger ma vie avec une autre. Abandonner mes angoisses, mes réticences, mes rancunes pour un homme unique. Devenir une femme sans aigreur et pleine d’espoirs.

Je ne demande pas un amour passionnel, je veux bien que cette journée soit la plus banale qui soit. Disons qu’on se réveillerait, on ferait l’amour, je me lèverais pour aller travailler, il parlerait de nos vacances d’été à mon reflet dans la glace pendant que je me maquillerais, je serais en retard, partirais en courant, le sourire sur les lèvres, et huit heures de taff plus tard, on se retrouverait pour faire les courses pour manger le soir et on rentrerait à l’appartement. Il regarderait les infos, ou un film, et moi je le regarderais, fière, d’être là, d’être avec lui. Avec une sensation d’éternité. Et on s’endormirait, dans les bras l’un de l’autre, sur le canapé.

A mon réveil, je serais dans mon lit seule, comme d’habitude, en travers, comme d’habitude, le chat ronronnant pas loin, comme d’habitude, mais je me souviendrais de tout. Je serais toujours aigrie, j’aurais toujours mes angoisses, mes réticences et mes rancunes. Alors quelle différence ? La certitude que ça existe quelque part et que l’amour n’est pas l’invention d’une coalition de poètes et de rêveurs. La certitude que l’amour ne tient pas du mensonge.

L’espoir.