De retour sur 26
Par Monsieur Muche , dimanche 16 juillet 2006 à 23:52 :: Brossez-vous les décadents
En effet, avec moult amplitudes, émanait de cette maison le fameux cri déchirant de Chewbacca. Celui qui glaçait les cœurs de tristesse quand le capitaine Han Solo se retrouvait prisonnier des sinistres séides de l’Empire.
Las, le pauvre se serait alors vu fort marri en constatant qu’aucune utilisation abusive de sa production n’était effectuée par de quelconques mauvais payeurs. Car la plainte lugubre provenait du gosier d’une charmante jeune femme blonde. Assise sur le bord d’un lit, elle se tenait la tête entre les mains et poussait ces cris de bête.
De temps en temps, d’une voie chargée de tremolos, elle plaçait cette énigmatique phrase « 26 ans, je suis bien trop jeune pour être si vieille »
Bien que j’aie placé ma ligne de conduite sous le signe de la décadence, je ne tiens pas à pousser plus avant le rapprochement entre cette créature, au demeurant fort sympathique mais à la pilosité surabondante, et la délicate jeune femme blonde mentionnée plus tôt. Question de survie.
D’ailleurs, retrouvons-là en début d’après-midi à proximité d’une falaise. Le ciel est bas, gris, chargé de nuages menaçant, les herbes hautes sont couchées par un vent mauvais qui souffle la colère d’un dieu rageur.
Habillée d’une robe de coton blanc dont elle plaque les pans contre ses cuisses, elle contemple la mer démontée dont les vagues viennent s’écraser contre les rochers en contrebas avec un fracas de charge militaire.
Une scène digne des « Contrebandiers de Moonfleet » ou des « Hauts de Hurlevent »
Un genre de Heathcliff se tient d’ailleurs à ses côtés.
- Non, non. Je ne puis désormais concevoir un monde où j’aurais 26 ans, c’est trop dur. Mon cœur ne s’y résout pas et ma raison flanche face à cette perspective.
Elle se rapproche d’un pas du bord de la falaise et, dans un élan de dramaturgie exacerbée, renverse la tête en arrière pose le plat de la main sur son front.
- Maudit sois-tu temps qui file ! Ne pouvais-tu donc m’épargner, ne pouvais-tu donc détourner de moi ton regard agressif ? Monstre d’avidité, il te les faut donc toutes ! M’attaquer ainsi sans relâche, tendre et innocente agnelle, alors que j’entre à peine dans la fleur de l’âge. N’éprouves donc tu jamais ni remords, ni pitié ? C’en est plus que je ne puis supporter. Mer, accueille en tes bras humides ta fille martyre, je ne saurais en souffrir plus.
- Ha non, Glibidouce, vous ne pouvez pas sauter.
- Tiens donc et pourquoi cela Grunigrou ?
- Parce que ça vous ferait bobo au genou et que vous rateriez le très bon dessert que votre sœur a préparé.
Elle se retourne, tout sourire :
- Panacotta à l'amande et petits choux à la crème chantilly et aux fraises et framboises, décorés de groseilles, le tout fait maison. C’est une tuerie. J’espère que ce coup-ci les médicaments contre l’ostéoporose ne me couperont pas l’appétit. On y va Gru ? Je ne voudrais pas être en retard. Sinon les autres morfales y vont nous laisser peau d'balle. Et avec mon déambulateur vous savez comme je suis lente.