Expressions

Intérieur, jour. L'autoritaire Bulle est assise à table, entourée de ses cadets Chou-des-Batignolles et Rose-la-Mandale, installés sur leurs respectives chaises hautes.
On apporte aux deux minots quelques jouets afin de les occuper le temps que nous finissions notre apéritif. La Bulle les surveille avec attention. Les loupiots tapent les éléments d'une dinette en plastique sur leur tablette, quand tout à coup une petite assiette bleue tombe à terre.

La Bulle souffle bruyamment, descend de sa chaise, ramasse l'objet et le repose sur la tablette de Chou-l'Enjôleur.

La Bulle, sévère - C'est la dernière fois. Il faut que tu fasses attention à ne pas faire tomber tes jouets partout, après c'est toujours Bibi qui ramasse !
Eulalie, moqueuse - C'est qui Bibi ?
La Bulle, on ne peut plus sérieuse - C'est maman.


De la bienséance

L’autre soir, l’une des profs de yoga a proposé qu’on aille tous ensemble accueillir l’automne.

J’imagine qu’à cette idée, vous visualisez une bande de ravis en fringues tie and dye trottiner à Roissy en saupoudrant des pétales de fleurs sur leur chemin puis, en chantant Om̐, planter devant les arrivées une grande banderole chamarrée écrite en sanscrit à la gloire de la saison des feuilles.

Et je vous dis, OHLA FELIPE ! Mollo sur la moulinette !

1. Je ne suis pas du genre à me fourvoyer en tie and dye. J’ai une éthique vestimentaire très stricte qui ne souffre pas la moindre coloration ou décoloration psychédélique.
2. Les positions ont beau nous obliger à rester un peu trop souvent à mon goût la tête en bas sous le niveau des fesses, le sang ne nous descend pas au cerveau au point de décider d’organiser une pendaison de crémaillère pour la nouvelle saison venant prendre possession des lieux.

Non, soyons sérieux.

L’idée était d’accueillir l’automne EN NOUS.



Ce qui est très différent. Si.



Il ne me semble pas avoir jamais lu mention de tels usages dans les livres de cette bonne vieille Nadine de R., mais j’ai décidé de la jouer à la Pascal, histoire de ne pas risquer de me fâcher avec le grand chef cosmique des saisons. J’y suis donc allée.

La séance a été très routinière : une suite de positions alambiquées, rythmée par des respirations longues, que mon corps n'a jamais voulu prendre au motif que "si les cuisses étaient censées être collées au ventre et si les bras étaient censés pouvoir se plier en position de prière dans le dos, tu aurais les pieds sous les fesses et une démarche de canard". (Oui, mon corps me parle et il est hyper sarcastique.)(C'est fatigant.)

J'attends avec impatience le jour où, après tant d'efforts, et bien entendu après avoir défait le double nœud de mon avant bras gauche et retrouvé la mobilité dans mes épaules percluses de courbatures, je pourrai enfin frimer devant la machine à café.

La demi-heure finale, consacrée à une relaxation avec chaussettes, coussins, couverture et bandeau de graines de lin et de lavande séchée sur les yeux, m'a permise de réconcilier mon corps et mon esprit afin d'atteindre un palier de méditation en connexion avec les saisons. (= Je me suis endormie.) (J'espère que l’automne ne va pas m'en vouloir.)