Anonymes, 13
Par Eulalie , samedi 10 octobre 2009 à 00:10 :: Les anonymes
Il a le regard des petites frappes dans son genre. Du défi, un fond d'agressivité et pas la moindre lueur d'intelligence. Rien de brillant chez lui. Ses accessoires tape-à-l'œil, boucle d'oreille en zirco de la taille de son lobe, grosses chaînes de bagnard dorées, boucle de ceinture démesurée en forme de dollar incrustée de perles dorées et de brillants, semblent prouver qu'il s'en doute et qu'il cherche à rattraper la nullité de son être en aveuglant ses congénères. Et si cette technique ne fonctionne pas, il a un plan B ; on devine aux reliefs de son t shirt des muscles saillants, permettant probablement de faire voir les 36 chandelles réglementaires à qui ne se soumettrait pas.
Il parle fort et guette les réactions. Il toise les gens présents dans le wagon. Il provoque les hommes qui préfèrent retourner se faire absorber par leurs journaux. Il fixe les demoiselles à mèches avec un air dangereux. Lorsqu'elles baissent les yeux, sur son visage se dessine un petit rictus mauvais.
Il cherche la domination et l'affrontement.
Il trouve une cible proche de lui ; même habillé en wanna-be "caille-ra", ce petit jeune là reste trop minet et délicat pour être crédible. Ce sera sa victime.
Il s'approche de lui et place ses mains sur ses hanches et les poches arrières de son jean. Le minet, étonné de sentir deux mains sur ses fesses, prend ombrage et lui lance : "Me touche pas, sale pédé !"
Bingo.
Le vaurien démarre au quart de tour et joue de sa taille pour reprendre le dessus.
"J'suis pas un pédé, tu m'entends, pauvre merde ?!! De nous deux, la fiotte, c'est toi, fillette !" gronde-t-il en poussant violemment ses épaules.
Le minet tombe sur moi. Je suis déstabilisée et me cogne la tête contre l'une des rampes verticales en métal qui sont proches de la porte. Je ne pense qu'à retenir des deux mains mon sac dans lequel se trouve le netbook et le casque de mon amoureux et me tords la cheville. Les gens sont tellement occupés à ne surtout pas être dans ce métro que personne ne fait attention à ma chute.
La scène est violente. Le minet reprend son équilibre et essaie de sortir du conflit en adoptant une attitude de dominé ; il baisse les yeux et la tête, rentre son cou dans ses épaules, se voute légèrement et fixe le sol. Un instinct animal.
"Et tu me regardes, petite merde, si je te parle ! Hein, petite merde ?!! Tu me regardes, petit merdeux !!"
Les gens finissent par réagir. Un homme d'une quarantaine d'année s'interpose, pose sa main sur le torse de la petite frappe et lui demande de se calmer d'une voix douce et ferme. Amusé, il continue malgré tout à rugir.
Une petite dame prend la parole.
"- On va pas se laisser emmerder par des cons dans votre genre ! Merde, on est plus nombreux que vous ! Alors vous la fermez et vous arrêtez de faire chier le monde !!
- Calme toi mamie, je suis en train d'apprendre le respect à ce petit pédé, là !
- Je suis pas une mamie ! Et tu n'as de leçon de respect à donner à personne, c'est toi, la petite merde ! "
Je me dis qu'il y a des gens sacrément courageux quand je peine à ravaler mes larmes.
L'accompagnant de la petite dame lui demande de se taire.
Le vaurien se délecte de la situation. Son autorité n'étant plus contestée, il recommence à insulter le minet. Il le pousse à nouveau et essaie de le prendre au col.
Un nouvel homme s'interpose, pousse le minet derrière lui et fait face à la petite frappe.
Charles de Gaule Étoile. Je tremble de peur. La brutalité et les cris me tétanisent. Dans la confusion des gens qui tentent de sortir et de ceux qui s'entêtent à vouloir rentrer, le vaurien se faufile et frappe son bouc émissaire au visage. Un coup sourd, donné sans hésiter et pour le plaisir de frapper. Je suis entrainée vers la sortie par les gens qui descendent. Je me laisse porter par le mouvement. Incapable de réagir, j'entends :
"Ahaha et il pleure en plus le petit pédé ! Viens, viens, on sort, on va s'expliquer, petit pédé !"
Les portes se referment.
Je reste tremblante sur le quai.
Ma cheville lance.
Ma tête brûle.
Je remonte dans le métro suivant.
Je mettrai une heure à retrouver le contrôle de mes mains.
Combien de temps faudra-t-il pour accepter ma lâcheté ?
Ajout du 11/10/2009 : compte tenu des réactions (touchantes) à ce texte, je tiens à préciser que je ne suis pas blessée ; une petite bosse et une cheville tordue, vraiment rien en comparaison de l'agressé et de ce que je suis capable de me faire toute seule. J'ai eu beaucoup plus peur que mal.
Il parle fort et guette les réactions. Il toise les gens présents dans le wagon. Il provoque les hommes qui préfèrent retourner se faire absorber par leurs journaux. Il fixe les demoiselles à mèches avec un air dangereux. Lorsqu'elles baissent les yeux, sur son visage se dessine un petit rictus mauvais.
Il cherche la domination et l'affrontement.
Il trouve une cible proche de lui ; même habillé en wanna-be "caille-ra", ce petit jeune là reste trop minet et délicat pour être crédible. Ce sera sa victime.
Il s'approche de lui et place ses mains sur ses hanches et les poches arrières de son jean. Le minet, étonné de sentir deux mains sur ses fesses, prend ombrage et lui lance : "Me touche pas, sale pédé !"
Bingo.
Le vaurien démarre au quart de tour et joue de sa taille pour reprendre le dessus.
"J'suis pas un pédé, tu m'entends, pauvre merde ?!! De nous deux, la fiotte, c'est toi, fillette !" gronde-t-il en poussant violemment ses épaules.
Le minet tombe sur moi. Je suis déstabilisée et me cogne la tête contre l'une des rampes verticales en métal qui sont proches de la porte. Je ne pense qu'à retenir des deux mains mon sac dans lequel se trouve le netbook et le casque de mon amoureux et me tords la cheville. Les gens sont tellement occupés à ne surtout pas être dans ce métro que personne ne fait attention à ma chute.
La scène est violente. Le minet reprend son équilibre et essaie de sortir du conflit en adoptant une attitude de dominé ; il baisse les yeux et la tête, rentre son cou dans ses épaules, se voute légèrement et fixe le sol. Un instinct animal.
"Et tu me regardes, petite merde, si je te parle ! Hein, petite merde ?!! Tu me regardes, petit merdeux !!"
Les gens finissent par réagir. Un homme d'une quarantaine d'année s'interpose, pose sa main sur le torse de la petite frappe et lui demande de se calmer d'une voix douce et ferme. Amusé, il continue malgré tout à rugir.
Une petite dame prend la parole.
"- On va pas se laisser emmerder par des cons dans votre genre ! Merde, on est plus nombreux que vous ! Alors vous la fermez et vous arrêtez de faire chier le monde !!
- Calme toi mamie, je suis en train d'apprendre le respect à ce petit pédé, là !
- Je suis pas une mamie ! Et tu n'as de leçon de respect à donner à personne, c'est toi, la petite merde ! "
Je me dis qu'il y a des gens sacrément courageux quand je peine à ravaler mes larmes.
L'accompagnant de la petite dame lui demande de se taire.
Le vaurien se délecte de la situation. Son autorité n'étant plus contestée, il recommence à insulter le minet. Il le pousse à nouveau et essaie de le prendre au col.
Un nouvel homme s'interpose, pousse le minet derrière lui et fait face à la petite frappe.
Charles de Gaule Étoile. Je tremble de peur. La brutalité et les cris me tétanisent. Dans la confusion des gens qui tentent de sortir et de ceux qui s'entêtent à vouloir rentrer, le vaurien se faufile et frappe son bouc émissaire au visage. Un coup sourd, donné sans hésiter et pour le plaisir de frapper. Je suis entrainée vers la sortie par les gens qui descendent. Je me laisse porter par le mouvement. Incapable de réagir, j'entends :
"Ahaha et il pleure en plus le petit pédé ! Viens, viens, on sort, on va s'expliquer, petit pédé !"
Les portes se referment.
Je reste tremblante sur le quai.
Ma cheville lance.
Ma tête brûle.
Je remonte dans le métro suivant.
Je mettrai une heure à retrouver le contrôle de mes mains.
Combien de temps faudra-t-il pour accepter ma lâcheté ?
Ajout du 11/10/2009 : compte tenu des réactions (touchantes) à ce texte, je tiens à préciser que je ne suis pas blessée ; une petite bosse et une cheville tordue, vraiment rien en comparaison de l'agressé et de ce que je suis capable de me faire toute seule. J'ai eu beaucoup plus peur que mal.