Ils sont assis sur ce banc tous les soirs. Ils ont des discussions animées sur les livres, la vie et les femmes, se chicanent parfois, rient beaucoup. Le troisième compère, vieux coupe-vent bleu sale et cheveux longs, part nonchalamment, se retourne et lance aux autres :

« Lui dites pas que vous m’avez vu, à chaque fois ça cause des soucis, j’veux pas qu’y’ait du souci entre nous, c’est une chouette dame, ma Coco. »

Les deux autres acquiescent gravement.

Je passe à leur hauteur. Le plus vieux, cheveux gris et bedaine à l’air, m’appelle et me demande :

« Hey Princesse, t’as une pièce pour des vieux bonimenteurs dans not’ genre ? »

Je ralentis, lui adresse un léger sourire et hoche la tête de gauche à droite.

« C’est pas grave, Princesse, on s’enivrera de ton sourire, à la place. »

C’est dit avec la voix rocailleuse d’un type qui a trop fumé, trop crié, trop bu, trop vécu peut-être, mais surtout avec gentillesse et douceur.

« Hey, Princesse ! T’as de très jolis yeux ! Des vrais yeux de Princesse ! »

Je réajuste mes lunettes noires sur mon nez, souris intérieurement et décide, pour une fois, de ralentir le pas.