Demain, je prends les escaliers.

Le bonheur, c’est simple comme un ascenseur qui se coince entre deux étages alors qu’on a rendez-vous chez le dentiste dans la demi-heure. Passé l’effroi de sentir la cage hoqueter et se balancer avant de s’arrêter, c’est ce que j’ai réellement pensé. Ensuite, je me suis félicitée d’être passée aux toilettes avant de partir.

Riton, mon cher collègue et colocataire de bureau, était résolument heureux d’avoir une bonne excuse de rater ses cours de body pump.

Sa méthodologie de gestion de la crise ascenseurielle laisse toutefois à désirer :
A. Appuyer frénétiquement sur tous les boutons de la cabine,
B. Tenter de refermer en force les portes,
C. Chercher une trappe dans le plafonnier puis derrière le miroir,
D. Une fois l’intérieur bien démonté, sauter à pieds joints pour le décoincer. Pour ne pas subir l’impact de l’arrivée au rez-de-chaussée, sauter une nouvelle fois juste avant le crash.

C’est là que je me suis dit que, vivante chez le dentiste serait évidemment plus douloureux que morte les jambes brisées, mais que les gencives en sang me semblait plus supportables que mourir lentement d’une hémorragie interne en attendant les secours.

Nous avons donc appelé l’assistance. Un délai d’intervention d’une heure nous a été annoncé.

Pour passer le temps, j’ai commencé à jouer avec le bouton d’appel des secours, persuadée qu’il ne fonctionnait pas. Une voix masculine nous a alors indiqué que notre appel avait déjà été traité. Et Riton de répondre :
« Oui oui, on a déjà appelé, pas de souci, c’est une erreur, on pensait que le bouton marchait pas. Mais ça va, on nous a donné un délai d’une heure, c’est bon, nous ça nous va, on passe un bon moment ».

« On passe un bon moment. »


Bon, être coincés dans un espace désespérément clos restait plus sympathique que de manger des petites lames de rasoir assis sur des clous rouillés avec des loirs qui nous boulottent les oreilles, mais cela ne figure pas non plus dans ma liste des moments les plus funs de ma vie ! La formule me fit en outre tiquer. Non seulement l’opérateur pouvait imaginer toutes sortes de choses dans son esprit pervers et je ne tolère pas qu’on puisse inventer quoique cela soit qui remette en cause mon irréprochable vertu, mais en plus je reste persuadée que la jouer paniqué pour bénéficier d’un délai d’intervention plus rapide n’aurait pu que nous soulager et notamment nous éviter de sortir liquides et rougeauds.

La suite ? Pour passer le temps, nous avons chanté (au grand dam de nos voisins avocats qui semblent ne pas particulièrement apprécier the Police), twitté (vive les téléphones 3G), écouté de la musique et papoté. Le réparateur a été accueilli chaleureusement et après une fausse alerte qui nous a fait croire que l’intervention des pompiers était nécessaire, nous avons retrouvé notre liberté et l’air frais presque une heure et demie plus tard.

J’ai couru rejoindre le Grü que j’imaginais se ronger les sangs à côté du téléphone. Quand je suis arrivée, il rinçait le soja. J’ai soupiré de déception.

Monsieur Muche, placide - Ah, ça y est, vous êtes libre ?
Mademoiselle Truc, agitée - Oui, enfin ! ça a duré longtemps, parc…
Monsieur Muche, impassible - Il faudra que vous preniez un autre rendez-vous chez le dentiste.
Mademoiselle Truc, incrédule - Mais j…
Monsieur Muche, inébranlable - Je compte sur vous pour l’appeler à la première heure demain matin.
Mademoiselle Truc, outrée - Mais j…
Monsieur Muche, insensible - Je ne pouvais en effet pas décider pour vous.
Mademoiselle Truc, surjouant - Mais enfin ! Je suis une victime traumatisée moi ! J’ai besoin d’un soutien psychologique ! J’ai failli mourir dans le crash d’un ascenseur ! J’en ai encore le cœur qui palpite ! Vous n’imaginez pas les effets désastreux de cet évènement sur mon psychisme ! J’ai contracté une pavlovite du dentiste ; simplement à y penser, je suis projetée dans cet ascenseur de 90 cm², chauffé comme un sauna, et la cage qui se balançait, balançait, au son des grincements des câbles qui cédaient un par un ! Aaaah, le bruit du câble qui rompt, croyez-moi, je l’aurai en tête toute ma vie ! Non, Gruninours, il est plus intelligent d’utiliser cet argent pour entamer une thérapie dento-ascensionnelle. Ou pour acheter un i-phone. Du concret utile, en somme, pas des bêtes détartrages stériles qui sont sans cesse à recommencer !
Monsieur Muche, comme s’il en avait rien à foutre, mais je n’ose y croire - Je vous ai post-ité le numéro sur la table.

Tyran.


Vulgaire épais, Par Monsieur Muche

- Hé dis vieux gras, ça fait longtemps que t’as rien branlé sur le blog. Ca te le trouerait une seconde fois d’en foutre une rame pour changer.
- Calmos mémère, tu changes de ton ou j’te fous une danse qui rappellera les bals pop’ à la France entière. C’est quoi qui te défrise ?
- C’qui me défrise ? C’qui me défrise !! Mossieur joue les filles de l’air, un petit tour par ci, une courbette par là et c’est marre. Après c’est lettre morte pendant six mois si ce n’est plus et de son cul de poule formé en cœur il me demande comme une sucrée ce qui me défrise.
- Je rêve, je nage en plein cauchemar et c’est une piscine de merde. Entre les quelques flatulences qui te servent de mots j’ai cru entraver comme le début du reproche de ne pas assez bavasser sur ton espace public. Je sais que j’ai la caboche gaulée comme ton cul, mais elle n’est pas si déformée que je ne me souvienne pas avoir collé mon blaze en bas d’un papelard. J’te dois rien la blondasse.
- Ha ben bravo, elle est jolie la France des gentilshommes avec des cadors comme toi pour la représenter. Quand tu minaudais comme une rosière de carnaval pour que je t’accorde un regard, il semble que tu faisais moins le farouche. C’était des « Bien sûr Princesse » et des « Sans problèmes ma douce » qui se bousculaient à travers tes chicots moisis pour me satisfaire. Aujourd’hui qu’il faut assumer et s’occuper du petit, c’est le festival des prétextes à la con. Tu vas voir que demain il pourra pas non plus parce qu’il faut qu’il aille regarder pousser de la barbapapa.
- C’est bon, c’est bon, j’abdique. Qu’est-ce qu’il faut que je fais pour qu’tu me lâches la grappe ?
- UN TEXTE !!!!!!!! J’AI BESOIN D’UN PUTAIN DE BORDEL DE TEXTE !!! Inattendu si possible.



- Done.
- Z’êtes un chef muchigrou.