Mais JUSTEMENT !

Intérieur, nuit.

M. Muche, étonné - Qu'avez-vous, Glibichoute ? Je vous trouve bien triste.
Melle Truc, bougonne - Je n'aime pas le dimanche soir.
M. Muche, enthousiaste - Rassurez-vous, plus que quelques minutes. Nous serons bientôt lundi !

La première bonne impression

Comment saluer le papa de son amoureux qu’on rencontre pour la première fois ?

Je raye d’office le terme « bonjour », la rencontre ayant lieu ce soir. Ainsi, pour me montrer sous mon meilleur jour, le premier mot que je prononcerai ce soir sera « Bonsoir ».

« Bonsoir »

Bam ! Déjà, je m’impose comme une fille bigrement connaisseuse de la différence jour/soir. Très au fait des convenances grâce à mon abonnement à « Convenances Magazine », je sais qu’il est d’usage d’apposer à « Bonsoir » comme à « Bonjour » un « Monsieur », « Madame » ou « Mademoiselle », entourez la mention choisie. C’est donc ainsi que j’accommode mon « Bonsoir » d’un « Monsieur » fort à propos, le papa de mon Gruninours n’étant pas une dame.

« Bonsoir Monsieur »

Paf ! J’estomaque l’aïeul avec ma grande perspicacité.
Ceci posé, l’usage, toujours lui, ayant décrété un beau matin de janvier que ne pas faire suivre « Monsieur », « Madame » ou « Mademoiselle » du nom de la personne désignée était d’une rudesse préhistorique, je colle son nom et indique par la même occasion que je ne suis pas qu’une blonde à forte poitrine, je sais aussi retenir les noms.

« Bonsoir Monsieur de la Muche »

J’y accole un « père » de circonstance, afin que Gruninours ne se tourne pas vers moi avec son air consterné pour me saluer.

« Bonsoir Monsieur de la Muche Père »

Et c’est là que ça se complique. Ne dois-je pas rajouter également son titre ?

« Bonsoir Monsieur de la Muche Père, éminent Chirurgien »

Hmm, cela manque de précision. Peut-être devrais-je dans ce cas montrer que je me suis rancardée un minimum.

« Bonsoir Monsieur de la Muche Père, éminent Chirurgien du dur »

Puisque j’y suis, peut-être devrais-je y aller dans la flatterie.

« Bonsoir Monsieur de la Muche Père, éminent Chirurgien du dur ayant sauvé tout au long d’une carrière exemplaire d’intégrité des milliers de vies »

Tout en montrant que j’imagine ce que cela implique

« Bonsoir Monsieur de la Muche Père, éminent Chirurgien du dur ayant sauvé tout au long d’une carrière exemplaire d’intégrité des milliers de vies grâce à des mains agiles reliées à un cerveau expert »

Tout cela n’est pas très chaleureux comme entrée en matière, je vais m’enquérir de sa santé :

« Bonsoir Monsieur de la Muche Père, éminent Chirurgien du dur ayant sauvé tout au long d’une carrière exemplaire d’intégrité des milliers de vies grâce à des mains agiles reliées à un cerveau expert, comment allez-vous ? »

Et hop, j’y accole un peu de poésie afin de montrer que j’ai le sens du verbe :

« Bonsoir Monsieur de la Muche Père, éminent Chirurgien du dur ayant sauvé tout au long d’une carrière exemplaire d’intégrité des milliers de vies grâce à des mains agiles reliées à un cerveau expert, comment allez-vous en cette belle soirée, alors que l’astre de la nuit brille dans un ciel vide d’étoiles, car votre père, ce gros bâtard, les a volé pour les mettre dans vos yeux ? »

Han han, nan, il va croire que je le drague, là.

« Bonsoir Monsieur de la Muche Père, éminent Chirurgien du dur ayant sauvé tout au long d’une carrière exemplaire d’intégrité des milliers de vies grâce à des mains agiles reliées à un cerveau expert, comment allez-vous en cette belle soirée, alors que l’astre de la nuit brille dans un ciel vide d’étoiles, car votre père, ce gros bâtard, les a volé pour les mettre par moitié dans vos yeux et dans ceux de votre fils ? »

HA ! Plein les mirettes, le vieux, le voilà suspendu à ma verve, à moi d’y mettre le point final pour le faire redescendre sur terre avec nous

« Bonsoir Monsieur de la Muche Père, éminent Chirurgien du dur ayant sauvé tout au long d’une carrière exemplaire d’intégrité des milliers de vies grâce à des mains agiles reliées à un cerveau expert, comment allez-vous en cette belle soirée, alors que l’astre de la nuit brille dans un ciel vide d’étoiles, car votre père, ce gros bâtard, les a volé pour les mettre par moitié dans vos yeux et dans ceux de votre fils, ma couille ? »

La seule question restant en suspend est : quand je prononce « ma couille », lui claqué-je le dos ou la fesse droite ?


Edit de la nuit : la nuit m'a porté conseil. Je me demande sur ce si un bon vieux "salut ma poule" en lui claquant un bon vieux bécot ne serait pas bienvenu.


Edit du lendemain : finalement, j'ai préféré prononcer "Vbvnøøerøisøriååå Mønsieruerkerj frehegrh glå Fruchmemekefefef Voui". Le charme des langues nordiques allié à l'inspiration du moment.