Il trône, impassible, sur le dessus de l'armoire.
Il trône, entre un tapis de yoga et un sac de fringues d'été, et pourtant, pourtant, il se sent seul.
Il trône, dans ses habits de fêtes, un papier transparent froissé doré, du bolduc rouge et il m'appelle.

« Lilliiiiii ! Lilliiiiii ! Je m'ennuie, là haut ! Pourquoi ne me prends-tu pas dans tes bras ? Pourquoi ne t'occupes-tu pas de moi ? »

Je ferme les yeux pour ne plus le voir, mais le son de ses pleurs se fait plus fort.

« Pourquoi retiens-tu ta main ? Après tout, je suis déjà à toi ! Lilliiiiiiii ! S'il-te-plaîîîîîît… J'm'ennuie, et puis j'ai le vertige. Le tapis de yoga sent les pieds. Prends-moi avec toi, regarde ce que j'ai à t'offrir ! »

Je sors de la pièce, allume la radio, essaie de couvrir le son de ses lamentations. Et ma curiosité reprend le relais. Tout objet emprisonné dans un papier cadeau doit être libéré. C'est un combat qui n'a rien de récent ; petite déjà, je délivrais les cadeaux de ma grande sœur à son anniversaire. Etrangement, c'est une cause à laquelle elle n'a jamais adhéré, sous le prétexte qu'un cadeau ne peut être ouvert que par son destinataire.

« Mais là, c'est pas pareil. C'est à Toi. De Monsieur Gruninours de la Muche à TOI. Il compte te l'offrir. Tu ne te feras pas gronder par tes parents… Tu peux donc bien le prendre… Percer quelque trou pour laisser entrer et sortir l'air… Eventuellement jeter un petit coup d'œil… En toute discrétion. Pour savoir… »

Faut-il être inconscient ou sadique pour laisser ce cadeau visible, quand on connaît ma curiosité et ma peine à la contrôler !

Voilà 4 jours que je résiste à mes pulsions et à ses appels incessants et répétés, mais j'ai bien peur qu'un de ces soirs, Gruninours ne me retrouve par terre, hagarde, dans une marre de papier cadeau froissé et déchiré, du bolduc dégoulinant de bave entre les dents.

Et ça sera de sa faute.