Bas Instincts

Certaines personnes de mon entourage assimilent cela à une cleptomanie chronique.
C'est faux ; si je suis pleinement consciente de mon acte, il ne s'agit néanmoins pas d'un désir obsédant au point d'en perdre la raison et l'objet de ce que d'aucuns appelleront « un larcin » m'est chaque jour très utile.

D'autres sont persuadés qu'en agissant ainsi, je révèle plutôt un obscur penchant fétichiste.
C'est faux ; je ne cherche en rien à les ériger en symbole surhumain et je ne les utilise nullement pour accomplir un quelconque acte de magie. Ou alors de la magie noire à mon insu, je plaide non coupable !

Les derniers sont quant à eux convaincus qu'il s'agit que d'une volonté de nuire ou d'agacer.
C'est faux ; cela me déplaît simplement d'en acheter. Et celles des autres sont toujours pile poil à ma convenance.

De quoi s'agit-il ?


La base

Affectée par l'éradication de la planète Terre des pulls en laine à manches longues, mais bien résolue à renseigner mon code de carte bancaire ailleurs que dans un magasin de denrées alimentaires, j'ai opté pour une valeur sûre : le magasin de produits cosmétiques. Avec une idée en tête : à moi un nouveau blush rose et une base pour l'ombre à paupières.

« Pour la base, nous avons un produit fantastique. Vous l'appliquez avec un pinceau comme celui-ci. C'est une base waterproof, longue tenue mais facile à démaquiller. Cela évitera à l'ombre à paupières de glisser dans vos ridules. »

Un temps.

« Ridules ».

« Vos ridules ».

Pas « Cela évite à l'ombre à paupières de glisser dans les ridules, mais je doute que cela vous soit utile, vous n'en avez pas une seule, c'est incroyable, quel est votre secret ? Votre peau respire la fraicheur printanière, vous êtes éblouissante ! Je vous en prie, donnez, donnez, do-do-onnez, donnez donnez-moi, Dieu le vous rendra, et moi je vous offre de ma poche tous les produits ici présents que vous désirez ! ». Ce à quoi j'aurais répondu un « Allons, allons, vous me gênez, Madam... oups, Mademoiselle. »

Non.

« Cela évitera à l'ombre à paupières de glisser dans vos grosses ridules creusées, espèce de vieille daronne fripée, et de couler jusqu'à vos colossaux sillons naso-géniens. C'est dingue, vos rides communiquent entre elles, vous avez de l'ombre à paupières jusque dans le cou ! A mon niveau j'ai peur de ne pas pouvoir faire grand chose, vous avez pensé à vous en remettre à la science ? Ou à contacter des professionnels, genre Bouygues Construction ? »

Garce.

C'est ni un pull ni du maquillage qu'il me faut, mais une burqa.


Où sont les pulls ?

Où sont les puuuuulls ?
Avec leurs mancheuh quatre quaaa-aa-aa-art
Dites moi où sont les pulls, les pulls, les pulls, les pulls
Où sont les puuuuuulls ?
Avec leurs mailles en belleuhh laiii-aii-aiiineuuuh
Ont-ils perdu la maille, la maille, la maille, la maille
Où sont les puuuuulls ?


Voilà ce que j’hurlais, ce soir, saoule de douleur, dans le froid parisien, alors que ma quatrième quête de pulls chauds s’était soldée par un cuisant échec.

Je me suis en effet heurtée à cette stupide tendance tenace qui voudrait que nous portions des pulls, des paletots et des chandails à manches courtes ou trois quart. MAIS BIEN SÛR. C'est pas comme si l'hiver approchait à grand pas et qu'on ne se caillait pas déjà méchamment la couenne. L’été, on accessoirise son bikini avec des bottes fourrées ou bien avec des stilettos sur la plage (Pourquoi ? Pour le galbe des jambes, voyons !). L’hiver, on revêt une petite itsi bitsi tini ouini, toute petite, petite blouse à manches courtes et des low boots ouvertes. Quelqu’un pour expliquer pourquoi le dérèglement climatique et la débilité des stylistes vont de pair ? Misère.

Et quand enfin le pull semble avoir des proportions normales pour qui a des bras lui permettant de se gratter juste sous les côtes, on se rend compte qu’un déficient profond a ressorti une ignominie dans ses cahiers de tendance : le mohair. Le mo-hair. Cette matière infâme qui perd ses poils comme un peuplier perd ses feuilles en automne. Des petits poils volatiles qui remontent dans les narines à chaque inspiration, dans la gorge à chaque prise de parole. Le mohair. Qui bousille toutes les autres fringues avec ses poils à la con. Le mohair, donc. Je ne comprends même pas que ce type de matière ne soit pas tout bonnement interdit. Un jour, on découvrira que les poils du mohair passent dans le sang et que nous mutons peu à peu en chèvre à force de porter cette matière satanique.

Comment ? Nous sommes déjà des chèvres ?
Oh, tu m’as prise pour Pierre Richard ou quoi ?


Chou et Rose

Avant, quand je croisais des pintades fleurant l’Angel ou la Lolita Lempicka, je déguerpissais fissa au loin après avoir déterminé le sens du vent en mouillant mon doigt. A présent, entre deux haut-le-cœur, j’ai très envie de leur coller le nez dans leur eau de parfum, comme on éduque un bébé chien ou chat. Certains jours plus mauvais, je leur vaporiserais bien dans les yeux ou je dégainerais bien un grand entonnoir pour les gaver comme des oies avec leurs parfums qui puent.

Je suis constamment au bord de la crise de rires ou de la crise de larmes. Que ce soit parce que mon chef a un rendez-vous professionnel au Bar de la Gare de Montargis (rires), parce que je ne trouve pas de chiffon pour cirer mes chaussures (larmes), parce que Homer entonne son « spider pig » (pleurs de rire) parce que je dois recommencer l'ourlet de mon jean (larmes) ou parce que un type a oublié de peser ses tomates (larmes aux rires aux larmes au rire).
Me demande ce que causer avec un type qui a oublié de peser ses tomates au bar de la Gare de Montargis, tout en cirant mes chaussures en chantant spider pig en jean pourrait donner, tiens, surtout si on rajoute une pintade en CK One.

Je suis prise de gourmandise régressive ; je veux du Canada Dry, du tapioca au lait, des financiers et un jus d'orange en brique à base de jus d'orange concentré. Et des pop corns salés. Et des kismaches rose. Et du saucisson. Mais pas tout en même temps parce que j'ai déjà la peau du ventre bien tendu, merci petit Jésus, et que pour peu qu’une dinde passe en Giorgio de Beverly Hills, je serais cap’ de tout lui rendre sur les low boots.

Je suis impatiente, effrayée, sereine, flippée, excitée, fatiguée, émue, paisible.
Et aussi impatiente, effrayée, sereine, flippée, excitée, fatiguée, émue, paisible.
Doublement, oui, car l’échographie est formelle. Ils sont deux aliens, une petite rose, un petit chou, à se boxer au chaud. Ça augure de jolis rapports frère-sœur, tiens, moins trois mois et ça se pousse et se cogne déjà sans le moindre ménagement !

Hé oui, chair de ma chair, sang de mon sang, ma sœur est enceinte de jumeaux, alors moi aussi, un peu, à mon niveau…


ça s'acoquine derrière la grille

Mes poussins chéris, va falloir être forts.

Oui, vos yeux rapides ont déjà remarqué la photo présente ci-dessous, et je sais qu'elle a rallumé la flamme dans vos yeux mouillés, mais ne vous laissez pas prendre à votre euphorie. Croyez-moi, mes poussins jolis, va falloir être forts. Parce que ce n'est peut-être pas évident au premier coup d'œil pour le profane, tant l'illusion semble bonne, et pourtant ! Ci-dessous, ce n'est PAS Jack Caddie. Ce bon vieux Jack est toujours porté disparu depuis, je le rappelle, le 30 octobre dernier, date à laquelle son absence a été signalée.

Je vous présente néanmoins Madison "Madie" Caddie et Russel Caddie, ci-dessous en plein euuuh. Ébat.



Oui, bon, ce n’est pas sale, c’est la Nature.

Ce qui nous permet d'aborder un point important dans cette série d'immersion au plus près du chariot à roulettes : la Reproduction du Caddie en Milieu Urbain.

Les caddies sont, à l'état naturel, de fiers chariots fougueux venus des grandes plaines sauvages du Bas Rhin. L’homme ne l’a domestiqué que dans les années 20, période à laquelle il avait besoin d’un compagnon moins lunatique et au ventre plus logeable qu’un cheval.

A l’instar du mulet qui est un croisement entre un cheval et une ânesse, le fruit de la passion tumultueuse entre un caddie et une valise à roulettes a donné naissance à la monstruosité connue sous le nom de « chariot à mémère ».

Le caddie est ainsi devenu l’ami silencieux de l’homme, toujours de bonne disposition et prêt à rendre service, que ce soit pour transporter du Corsica et des Mikados, faire des courses alcoolisées dans les ruelles ou foncer dans les fesses des mous-mous hébétés dans les rayons des supermarchés.

Le caddie ne s’est toutefois jamais coupé de ses origines et est incapable de se reproduire correctement en zone urbaine. On reconnaît en effet un caddie né en captivité à sa légère distorsion dans les roulettes qui l’empêche de rouler droit.

Ainsi, quand l’appel de la nature se fait sentir, ou quand simplement le caddie a besoin d’affection, il se met en quête d’un coin de verdure légèrement à l’écart de ses congénères pour se câliner.

Ce qui me fait arriver à ma conclusion : si ça se trouve, Jack s’est juste trouvé une chouette poulette et est parti s’acoquiner avec elle au parc Montsouris. A creuser.