Est-ce dû à sa force tranquille, ses muscles d'acier ou bien sa dot constituée presque uniquement de tournevis, pinces, rabots et autres clefs plates ou à pipes... L'autre jour, lorsque la chasse d'eau a commencé à couler sans plus s'arrêter et que je n'ai pas réussi à fermer le robinet d'arrivée d'eau pour examiner dans le mécanisme, je l'ai appelé à la rescousse.

Dans un petit rire, il a essayé de tourner le robinet, et constatant qu'il lui résistait, a empoigné une pince avec son air n°3, celui du « ah ouais ? On me résiste ? » .

« - Lapin ? Je crois que j'ai encore légèrement bourriné. » , a-t-il murmuré en revenant dans le salon, tenant à deux doigts le papillon désolidarisé du reste du mécanisme.

S'en sont suivies des insultes fleuries à l'encontre du concepteur du système à boutons poussoirs double débit, puis de notre propriétaire, puis de l'immeuble avant de globaliser sa haine envers toute personne ayant contribué de près ou de loin à la conception de la plomberie, du plastique, de la chasse d'eau et des robinets. Lorsqu'on a eu fini de tout démonter, j'avais les tympans qui sifflaient comme après une nuit à côté d'un ampli.

Préférant privilégier la qualité de mon audition et le vieux cœur fatigué du Glibounet, j'ai tenté d'argumenter sur le bien fondé de l'appel à un plombier. Mais c'était sans compter sur sa fierté. L'histoire était entre LUI et le ROBINET, il était hors de question de faire entrer une tierce personne, même pas un sympathique Mario en salopette.

C'est sur cette affirmation de sa virilité qu'il est reparti affronter la tuyauterie et tourner le robinet d'arrivée d'eau de l'appartement.

Et c’est de façon tout à fait virile qu’il a posé la poignée cassée de la valve d’arrivée d’eau à côté du papillon du petit robinet de la chasse d’eau. A moins que ce ne soit à la façon d’un gros matou qui rapportait sa proie morte sur son territoire afin de l’ajouter à sa fraiche collection de robinetterie.

Le matoustador a en tout cas fini par admettre qu'il était plus judicieux de s'arrêter avant de casser le robinet d'arrivée d'eau de l'immeuble, de bourriner les vannes des réservoirs de la ville de Paris ou de s’attaquer à un aqueduc.

En attendant le plombier, les douches ont été un véritable enchantement. La poignée ayant été légèrement tournée avant de casser, le débit avait été modifié. Le chose du bidule du gaz du chauffe eau fait que j'ai toujours pas compris pourquoi, mais on n'avait plus d'eau tiède. Le choix était donc cloques à l'eau brulante ou chair de poule persistante et pneumonie à l'eau glacée. Le tout sans pression bien sûr.

La suite ne s’est malheureusement pas réduite à attendre sagement le plombier en comptant nos mouches.

Pour changer les divers robinets, il fallait avoir accès aux caves pour couper l'eau de l'immeuble. Ma dernière tentative de discussion avec Mirkipute-la-présidente-du-conseil-syndical s'étant soldée par une irrépressible envie de lui arracher les deux yeux puis de les lui faire manger avec une sauce à l'aftershave et au pili-pili, c'est le flamboyant Glibipouet qui a été désigné pour l'amadouer et lui demander de nous ouvrir l'accès aux caves.

« Je ne suis pas la concierge » a-t-elle prononcé, avant de buter sur le pied de mon aimé en tentant de refermer la porte. Un mix de son air n°7 (Regard à la Paul Newman) et de son air n°9 (chaton choupi avec grands yeux implorants), et au bout d'une belle demi-heure de flatteries, elle a fini par déverrouiller cette foutue porte, en précisant tout de même qu'elle n'était pas la concierge.

Cette victoire n'a été que peu savourée, car lorsque le plombier est arrivé, elle avait de nouveau fermé la porte. C'est qu'elle avait réfléchi, Mémère Mirkipute, et qu'elle pensait en son âme et conscience qu'on ne pouvait pas couper l'eau en pleine journée sans prévenir les habitants de l'immeuble plusieurs jours avant afin qu'ils prennent leurs dispositions, même si l'opération ne prenait même pas 5 petites minutes. D’ailleurs, elle aurait eu le temps, elle aurait probablement monté une cloison de parpaings.

C'est donc Mario et sa salopette qui s'est coltiné la vieille bique. L'histoire ne dit pas s'il lui a sauté sur la tête pour choper la clé, d'aucuns diront que son statut de plombier du syndic l'aura sûrement aidé à la convaincre. La vanne d'accès d'eau de l'appartement a été changée en quelques minutes et sans efforts. Glibidou a quant à lui fièrement installé le robinet sur les toilettes.

Ne reste plus que le mécanisme de chasse d'eau à changer. Pourtant, je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas rassurée pour autant. Ça se fendille bien, les socles en email, non ?