Si on me demande, je dirai que je ne sais pas.
Et puis ensuite, sagement, j’enfilerai moi-même ma camisole.
Parce que vraiment, je ne sais pas, et j’avoue que je suis un peu inquiète.

Ce soir, au Monop’, un homme a oublié de peser ses tomates et n’a pas pu les acheter.
Et moi, assistant à la scène, meurtrie par mon impuissance, j’ai éprouvé un fort sentiment d’injustice. Pour l’homme et pour les tomates. Comme s’ils s’étaient enfin trouvés, dans ce magasin plein à craquer, après une vie et des mois d’errance, comme si la vie leur promettait enfin leurs minutes de plaisir dans une existence morne et triste et qu’ils devaient se séparer, sans avoir gouté au bonheur. Y’avait tout ça, dans ce type confus et rougissant qui a avisé la queue avant de bafouiller des excuses et dans ce sac de tomates, posées sans ménagement sur la partie métallique en renfoncement de la caisse.

Et mes yeux se sont embués devant la cruauté de la situation. Et quand je dis embuée, je suis malhonnête. Non, j’ai vraiment lutté pour ne pas fondre de larmes à cause d’un glandu distrait qui a oublié de faire coller son code barre par le préposé aux étiquettes.

Gros nul.