Compèt’ !

"Bonjour, je voudrais la canette la plus fraîche que vous ayez, mais pas de la bière, c'est juste pour mettre sur mon visage".

La morose boulangère a eu du mal à réprimer un cri lorsqu'elle a levé les yeux vers mon visage pour voir de qui émanait cette demande absurde. Faut dire que, quelques minutes plus tôt, je venais de choir avec grand fracas de ma chaise. La partie droite de mon visage avait rebondi violemment sur la tranche du meuble de bureau avant de heurter le mur.

Alors forcément, cette énorme bosse de compèt, avec le beau trait rouge-bleu au milieu, qui était en train de me dévorer le visage, ajouté à la rayure ensanglantée qui rayait mon nez, ça avait de quoi choquer.

Ce soir, donc, si vous avez croisé ElephantMan, qu'il portait une jupe rose et un top rayé rose et blanc, en plus d'une canette de coca sur l'œil, normale ou zéro, selon l’heure à laquelle vous l’avez croisé, c'était Bibi !

Il va sans dire que je suis très fière de mes blessures de guerre ; une bosse de presque 7 cm de diamètre sur le côté droit du crâne, une autre de 3 beaux cm de diamètre en plein sur le visage (arcade sourcillière + nez) et une zébrure sur le nez, plus quelques bleus savamment répartis sur les coudes, genoux, cuisses, et quelques courbatures qui commencent à apparaître.

Sur ce, mes agneaux, vous me ferez bien crédit d’une chute ? Parce que je pense détenir le record de blessures consécutives à la dégringolade d’un fauteuil de bureau, je dois faire constater cela au plus vite par Maître Babybel. A moi le Guinness Book !


Victoire dans ta face

Faudrait voir à pas m'chercher de noises. Ch'suis pas quelqu'un d'violent, et y'a pléthore de potos qui pourraient abonder dans mon sens en affirmant qu'y'a pas plus doux qu'moi. « La Lillouille ? Une crème. Mieux, une agnelle, douce comme le petit lapinou des bois », qu'on vous dirait si jamais ça vous v'nait à l'idée de poser la question.

Hé ouais. Une agnelle, qu'on vous dirait.

Mais alors par contre, si on cherche l'embrouille, on la trouve, j'aime autant vous l'dire. Parce que chuis pas du genre à m'laisser marcher sur les arpions, rapport à c'que ça m'craquelle le top coat, voyez.

L'aut' fois, là, le client, dans le genre teigneux, commence à m'emboucaner, bien planqué derrière son ordi coincé en caps lock. J'déballe l'attirail de diplomatie et j'précise que les commandes ne sont prises en compte qu'une fois qu'on a reçu l'flouze, et qu'il a intérêt à se magner l’derche si y veut pas que sa commande parte aux oubliettes.

Bon, là, y s’calme, y trouve enfin la touche pour déverrouiller les majuscules, et commence un conte à faire pleurer des litres dans les chaumières. Que genre il est à l'étranger pour être au chevet de sa vieille tante malade, qu’il m'envoie l’oseille dès qu'il rentre, juré craché, qu'il a pas d'autre solution, mais que sa commande, elle doit passer maintenant, sinon il suicide sa tante.

Bon, bonne pomme, j'y dis que bon, d'accord, mais bon, hein, exceptionnel hein, faudrait pas qu'ça d'vienne une habitude non plus, passqu'à faire des crédits dans tous les sens, après on r'trouve p'u ses p'tits.

Bon, j'reçois le grisbi quequ' jours plus tard. Mais l'bouzin est pas encaissable, rapport que c'est pas la même somme en chiffres et en lettres. Ça m'agace c't'histoire. J'lui dis que faudrait pas pousser mémé et son bouchon, hein, tu m'renvoies un bon chèque comme y faut, sinon tu vas te faire suspendre tes services, et pas besoin de me faire tes yeux de Caliméro, ça prendra pas.

Bon, y'm'dit que ah ouais ben zut dis donc, mais là, non, il est à l'étranger au chevet de son vieil oncle malade. Sont tous pourris d'l'immunitaire dans c'te famille ! Et que si y revient en France, là, ça tuera sa cousine de tristesse. ET QUE MERDE JE POURRAIS UN PEU FAIRE PREUVE DE COMPREHENSION BORDEL.
Ben rien à faire, mon grand, les majuscules ça m'irrite, suicide même tes nains de jardins si ça te met en joie, pas de pépètes, pas de services, et pis c'est tout, mais dès que tu m'renvoies un bon chèque comme y faut, hop, je te rétablis tout aux petits oignons.

Bon, là y m'dis, OK, j'm'en occupe dans 10 jours.
23 jours plus tard, j'reçois son chèque, avec les bons montants, les bonnes références, alors je lui réactive sa fiche, non sans me faire un petit plaisir pour lui montrer que oh, hé, faudrait voir à pas s'moquer de moi, j'suis une guerrière, moi, j'ai pas peur de prendre des coups, j'en ai bien donné et bien reçu dans ma chienne de vie, le rififi ça m'connaît.

Pour bien y faire voir qu’y faut pas prendre ma pomme pour une poire, sur l'enveloppe, j’lui ai collé un timbre avec l’autre crâneuse, là, la Victoire de Samothrace. VLAN. Comme un avertissement. Une menace : si tu continues, toi non plus on r’trouvera pas ta tête.

J'sais bien, j'suis une folle.
Mais faut bien savoir se faire respecter des fois.


Au secours, quelqu'un

Je viens de rentrer de week-end, mon Grü est encore dans son train en route vers notre bruyant bercail, j'allume la télé, et mon premier réflexe est de mettre la 6 afin de voir où en est le match Espagne - Italie. (0-0 à cette heure pour ceux qui se demanderaient, et un carton jaune pour David Villa qui s'est laissé tomber, ce qui n'est pas bien, le cinéma c'est une AOC Italienne.)

C'est limite du Pavlov, nan ?

Kill’em all !

Il y a un poids que je porterai toute ma vie, une culpabilité dont je ne pense pas un jour me défaire.

Lorsque nous avons déménagé, nous avons quitté un voisinage idyllique, silencieux, tranquille, agrémenté d’une ravissante jeune femme à qui il manquait toute notion de pudeur, à la plus grande joie de mon aimé.

Notre voisinage, depuis maintenant une année, est bien moins enthousiasmant.

Au-dessus, une voisine qui passe l’aspirateur à 22h00, la musique à fond parce que « sinon je n’entends pas, avec le bruit de l'aspirateur » (sic). Bien sûr, elle n'avait qu'un CD, Mika, et une touche "repeat" fonctionnant à merveille. Elle est partie il y a quelques mois.
Ne te réjouis jamais du départ d’un voisin nuisible ; tu ne sais pas de quel bois sera fait le prochain.
Elle a été remplacée par un jeune homme qui n’habite pas encore les lieux, mais qui aime à percer et abattre les cloisons dès 7h le week-end et en soirée la semaine.
Ça va, ça ne fait qu'un mois et demi que ça dure.

Sur la droite, au cinquième, nous avons des voisins affectueusement surnommés « les singes » par le Grü. Leur spécialité est le cri. Le cri de supporter, le cri de joueur de jeux vidéos, le cri d’enthousiasme pendant leurs soirées « génériques télés », le cri d’effroi devant un film. Afin d’en apprécier les variations, ils s’adonnent à ce merveilleux sport fenêtre ouverte, afin de profiter au maximum de doux écho de la petite cour commune à nos deux immeubles. Hein ? Quoi ? Ça dérange des quoi ? Des gens ? C’est quoi des gens ?

En face, au second, nous avons une jeune personne baptisée du délicieux terme de « pu-pute » par le Grü. Elle adore recevoir tous ses amis trois soirs par semaine, à partir de 22:30 environ, musique dancefloor à fond, fenêtres ouvertes, rires à gorges déployées pour ces demoiselles, voix assurées et portantes pour ces jeunes mâles.
Y’a même des soirs où l’un d’entre eux martyrise les cordes d’un pauvre violon.


Evidemment, tout ce petit monde brandit sa liberté individuelle lorsque, à 1:30, après avoir été réveillés par des cris malgré les boules quies, nous osons ouvrir la fenêtre pour la troisième fois et leur demander de FERMER LEURS PUTAINS DE FENÊTRES A DEFAUT DE FERMER LEURS GRANDES GUEUUUUULES !

La dernière réponse en date a été « Il faut le demander poliment ! ». Hein ? Quoi ? De quoi "la politesse de considérer que nous ne sommes pas seuls au monde et que nos bruits peuvent incommoder des voisins qui aimeraient juste dormir" ? « HAN LALA j’y crois pas ma poule, tes voisins sont vieux avant d’être vieux ».
Des
claques.

Toute idée de représailles sera la bienvenue.


23:44 : Note rédigée au rythme des coups de marteau du voisin d’au-dessus, des cris des singes et des rires de dinde de la pu-pute, ses amis qui entonnent l’insupportable « po, polo popopo po », hé oui, ce soir c'est jeudi, alors c’est combo, c’est youpi.


Réunion de travail – Indiana Jones


- ATTENTION SPOILER – ATTENTION SPOILER – ATTENTION SPOILER - ATTENTION SPOILER -

Starring :

John
Scénariste

Steeven - Ruupert
Scénariste assistant - Dialoguiste de talent

Bill - Marven
Spécialiste en effets spéciaux - Chorégraphe de cascades -

Bob - Sherry
Stagiaire aux dents longues - Assistante de John



John, scénariste de scénarii – Bon, les mecs. Je vous ai réunis aujourd'hui parce qu'on a une commande pour un scénario de film d'aventures.
Steeven, scénariste assistant – Super !
Ruupert, dialoguiste confirmé – Youpi Rintintin !
Bill, spécialiste en effets spéciaux
Bob, stagiaire enthousiaste – Ouaiiis !
Marven, chorégraphe de cascades – Génial !
John, scénariste de scénarii pour la démocratie participative – La prod' a beaucoup de sous, donc on peut faire à peu près ce qu'on veut. Cahier des charges : un héros, des méchants, des voyages. Ça se passe dans les années 50 parce que George a récupéré tout un stock de costumes de Grease. On va donc faire un brainstorming géant, toutes les idées sont bonnes à prendre, ne vous restreignez pas, go !
Steeven, scénariste qui compte bien ne pas rester assistant toute sa vie attaque bille en tête – UNE ATTAQUE NUCLEAIRE !
Bill, spécialiste en effets spéciaux qui tâchent – Ouais ! Avec le héros en plein dedans ! J'adore faire les champignons !



L’équipe en chœur - « Biiillllouuuu si t’es champion, champiiii euuuh, champiii euuuuh, Billouuuu, si t’es champion, fais nous un champiiiiignnooooon ! »



Bob, un stagiaire sur la terre – Ah ben non, on peut pas tuer le héros.
Bill, spécialiste en effets spéciaux j’te dis - Ben on trouve une combine pour qu'il s'en sorte.
Marven, chorégraphe de cascades de l'extrême - Ouais, comme un frigo ! On le colle dans un frigo des années 50, ma tante en a un, c'est fou ce que c'est solide ce truc.
Steeven, scénariste assistant sarcastique - Ahaha, n'importe quoi ! Tu veux pas le faire voler pendant que tu y es, ton frigo ?
Bill, spécialiste en effets spéciaux de l'extrême extrême - Super ! La déflagration fait voler le frigo, il tombe dans le désert, le héros en sort, s'époussette et BAM ! Gros plan sur le champi !



L’équipe en chœur - « Le champi de Biillllouuuu !! Le champi de Billou !! »



Ruupert, dialoguiste de talent – Ouais, et quand il sort, il dit « Même pas mal ! »
John, scénariste de scénarii de qualité – Génial. On prend. Mais ça ne nous donne pas l'intrigue, ça, faudra juste trouver une façon de caser cette scène. Sherry, tu notes bien tout hein.
Steeven, scénariste assistant en confiance – Et si on faisait un film avec des extraterrestres ?
John, scénariste en Chef – Avec des méchants extraterrestres ? C'est vu et revu, non ?
Ruupert, dialoguiste historien - Ouip, de toute façon, années 50, les méchants sont forcément les russes, sinon ça n'a pas de sens. Faut rester cohérent.
Steeven, scénariste entêté – Alors des gentils extraterrestres ?
Marven, chorégraphes de cascades humaines - Un gentil extraterrestre est un extraterrestre mort ahaha !
John, scénariste inspiré – Hon ! On dirait qu'ils seraient morts, mais que les russes chercheraient une technologie extraterrestre !
Sherry, assistante cinéphile – Un vélo ?



Lourd silence.



John, scénariste anti pompe – Non, il l'a déjà fait, ce coup là. Un truc parapsychologique, genre spychonéki… pyrotichnie… psychokinésie.
Bill, spécialiste en effet spéciaux et télékinésie – Ah OUAIS et les russes voudraient asseoir leur autorité sur le monde avec la seule force de la pensée (marxiste of course) !
Marven, chorégraphe ému – AH MAIS OUAIS GENIAL !
John, scénariste heureux – Bob, va taper « extraterrestre » dans Google Image qu'on sache à quoi ressemble un extraterrestre.
Bill, spécialise en effets spéciaux sur-motivé - Faudra aussi montrer la soucoupe, c'est super frustrant quand on ne voit pas les soucoupes, et pis une vraie, hein, pas un truc à la con comme dans la Guerre des Mondes, une soucoupe, une vraie soucoupe, avec une bonne grosse tronche de soucoupe.
Sherry, assistante - Je viens d'avoir Steeven au téléphone, il a passé un accord avec PETA, il voudrait rajouter des gentils animaux vivants dans le cahier des charges.
Ruupert, dialoguiste proche de la nature - Ben écoute, ça tombe bien, j’ai un super plan pour chopper des marmottes super mignonnes ; ma cousine Brigitte en élève. Elles sont rodées ; elles tournent dans des pubs pour du chocolat en Europe. On leur trouvera toujours une petite place, et j'aurai une ristourne de 10%
John, scénariste inquiet – Attends, elles sont bilingues ses marmottes ?
Ruupert, dialoguiste chocolaté – Ouais ouais, quasi pas d’accent.
John, à Sherry – Est-ce suffisant ?
Marven, chorégraphe élevé au Walt Disney – Si ça l’est pas, on n’a qu'à décaler l'action dans une jungle, et on se la joue Livre de la Jungle !
John, scénariste qui en voulait toujours plus – AH OUAIS SUPER ! Avec des singes !
Steeven, scénariste qui en voudrait toujours plus - Ouais des GENTILS singes EXTRATERRESTRES !
John, scénariste qui voudrait pas pousser non plus – Non, des gentils singes humains, genre capucins, qui aideraient les héros !
Bob, stagiaire googleur - Ouais, des genres de guides, genre, Mère Nature est avec eux.
John, scénariste vert – Super, les cons d'écolos vont adorer ça ! C'est du bon boulot, les gars, on rajoute des fourmis géantes, des scorpions, et des toiles d'araignées, et roule ma poule.
Ruupert, dialoguiste pointilleux – Au fait, c'est quoi le titre ?
John, scénariste pas super-super doué en titres - « Indiana Jones contre les russes qui voulaient la technologie des extraterrestres morts ».
Sherry, assistante suivant des cours du soir en design d’affiche, option optimisation du titre – C'est un peu long non ?
Marven, chorégraphe cultivé - Ah c'est un Indiana Jones ? Il est pas censé être ethnologue, lui ?
Bill, spécialiste des effets spéciaux cinéphile – Non, archéologue.
Marven, chorégraphe lumineux - Faudrait peut-être mettre un peu d'archéologie non ?
John, scénariste en chef - Ouais, on va coller un parchemin en pseudo maya et le faire chercher un truc.
Bill, spécialiste des effets spéciaux et des quêtes de toutes sortes - Le Graal ?
Steeven, assistant scénariste obsédé par les extraterrestres - Ah ouais, et on dirait que Jésus était en fait la matérialisation du savoir extraterrestre !
John, scénariste en chef formé au marketing de masse - C'est une super idée, ça ferait des super T-Shirts, mais on peut pas, le Graal, il l'a déjà trouvé la dernière fois, ça va être dur d'introduire sa perte. On peut coller n'importe quelle idole fictive, de toute façon on s'en fout que ça soit réel ou pas.
Ruupert, dialoguiste qui aime les portes ouvertes – Une relique sacrée ?
John, scénariste en chef en pleine réflexion – Ouais…
Sherry, assistante bornée – Un vélo ?



Lourd silence.



Steeven, scénariste assistant pas si con – Un crâne ?
Bill, spécialiste des effets spéciaux et des matières – OUAIS un crâne en cristal !
John, scénariste en chef multitâches - Bill, t'en es où de ta recherche sur Google Image ?
Bob, stagiaire venant de découvrir Roswell - Là regarde ; un extraterrestre, c'est vert, ça a des grands yeux, un crâne allongé, et des membres tout fins
John, scénariste délicat – Bouh, c'est laid. Bon, on fera un crâne à partir de ce dessin, faut que le public identifie bien l'extraterrestre. Il nous faudrait aussi une histoire humaine, histoire de ne pas trop sortir les mémères de leurs habitudes
Ruupert, dialoguiste confirmé - Pas de souci, on se fait un trio Retour de l'être aimé – Découverte du fils prodige – Trahison du pote de 20 ans.
Bill, spécialiste des effets spéciaux – « Indiana Jones et le crâne de cristal » ?
Steeven, assistant scénariste - « INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRANE DE CRISTAL » !!


John, scénariste meneur - Bravo les enfants. Sherry, tu nous mets tout ça par écrit, tu mets mon nom en bas, et tu envoies à Steeven, Harrison et George.



John sourit, range ses notes dans son dossier et sort une chemise en carton.



John, scénariste infatigable - Bon, deuxième projet ; on est censé bousiller encore une fois Batman, Christopher voudrait refaire un truc dans le même genre que le dernier ; toute la ressource sur l'image et les effets spéciaux, mais il lui faut un début de scénario. On va donc faire un brainstorming géant, toutes les idées sont bonnes à prendre, ne vous restreignez pas, go !
Steeven, scénariste qui compte bien ne pas rester assistant toute sa vie attaque bille en tête – Et si on partait sur un drame sociologique ? Batman en Belgique, travaille dur à son agreg de frites. Son père est parti avec sa sœur quand il avait 8 ans, il est seul avec sa grand-mère parce que sa mère s’est barrée avec un producteur de films X. Le soir, il vend des patates qu’il chaparde à l’école pour acheter de l’alcool à sa grand-mère alcoolique.
Bill, spécialiste des effets spéciaux qui s’ennuie ferme - Et les effets spéciaux ?



Tous, en chœur - « UNE BOMBE ATOMIQUE ! »