Que peut-on faire lorsqu’on est ophtalmico-surmenée et qu’on est lassée de répéter les mêmes gestes matin, midi et soir afin de rééduquer des yeux qui font leur crise d’adolescence et ont virés goths ?

Prendre rendez-vous chez Docteur Roulette, pardi ! Voilà des heures d’amusement en perspective au son d’une fantastique musique conceptuelle, Zrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr, vriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, bzzzrrriiiizzzriiiiiiibzzzzriiiiiiiiii !
Chaque séance permet également de peaufiner ses insultes à base de fille de joie à l’hygiène douteuse, de personne peu recommandable à la lignée diabolique, d’amuseuse de famille royale coiffée d’un ravissant bonnet à clochettes et aux mœurs sexuelles communément qualifiées de déviantes.

Mais il arrive un moment où maudire formellement sa dentiste et lui souhaiter les pires maladies devient ennuyeux, surtout le jour où la séance commence par cinq piqûres (dont deux, délicieuses, furent directement injectées dans le palais) et se finit par la prononciation du mot « inlay » accompagné d’un montant qui fait s’évaporer le rêve d’une semaine à la montagne.

Quitte à faire une croix sur des vacances au ski, je me suis dit, autant en faire une belle, une costaude, une indélébile, tracée à l’encre bien rouge, avec un large pinceau à poils durs.

Pour cela, je recommande du traditionnel, du sûr, aka « une bonne grosse entorse des familles ». Peu importe le moyen pourvu qu’on ait la cheville tellement gonflée et bleuie qu’il est même impossible d’enfiler une chaussette sans mordre dans une pièce de cuir.

Ah ! La perspective de mettre trente minutes à accomplir la descente dite de « l’escalier » de mon immeuble afin de me traîner pitoyablement dans un taxi afin de connaître la réponse à la question « to plâtre or not to plâtre ? » n’est-elle pas terriblement plus excitante que celle de mettre trois heures à descendre une piste verte sur les fesses ?