Slip de nuit

Grunichou a égaré son slip*.

Je le regarde s’agiter frénétiquement dans tous les sens, soulevant tout ce qui peut l’être, des oreillers aux magazines. Il inspecte même le sapin, ouvre le clic-clac, soulève les coussins des fauteuils. Il tourne, rugit, s’agace, se frappe les tempes visiblement outré. Apparemment placide, j’assiste à son catwalk. Dans peu de temps, les tranchées qu’il creuse à force d’allers et retours cèderont. Il atterrira alors probablement chez la voisine du dessous, mais je ne m’inquiète pas. Le voir tourner ainsi est trop drôle, alors je savoure.

J’ai caché son slip de nuit.

Grunichou, nerveux - Mais je viens de le voir pourtant ! Gnnnnnn ! Il était là !
Eulalie, calmement
- Il était « là », où ?
Grunichou, agité - Je ne sais plus où c’est, « là », je sais juste que je l’ai vu, il y a peu de temps.

C’que c’est dur de garder son calme. Je suis plutôt du genre à toujours me faire griller avant le début, ne réussissant jamais à refreiner ce rictus coupablo-satisfait.

Eulalie, se mordant les joues – Bon, mais vous avez fait quoi, quand vous l’avez vu ?
Grunichou, agacé - Ben rien ! Je n’allais pas lui faire la bise, je l’avais quitté ce matin. Je me suis juste dit « mon slip ».
Eulalie, moqueuse
- C’est peut-être pour ça qu’il s’est barré, votre slipoboxer. Il doit trouver que vous ne lui accordez pas assez d’attention. Peut-être qu’il aimerait être traité avec enthousiasme.

J’imagine bien le petit boxer filer vers la porte sur ses petits ourlets. Avec un petit baluchon en chaussettes, celles qui disparaissent sur le trajet appart – laverie – appart. Sauf qu’en fait, je l’ai juste lancé derrière son portant.

Eulalie, fausse-derche - ça fait combien de temps que vous l’avez vu « là » ?

Il s’arrête et détourne son regard de l’armoire à chaussures. Je pense qu’il a envisagé la possibilité de la désolidariser du mur pour regarder derrière.

Grunichou, crispé - Je dirai… 20 minutes ?
Eulalie, espiègle - Hmm. Il est seul, à priori non motorisé, plus bien jeune, ça m’étonnerait qu’il soit allé bien loin. Vous avez tenté la cage d’escalier ?
Grunichou, rieur - De quoi allons-nous avoir l’air, lorsque la police viendra nous le rapporter ? Je l’imagine bien, fier comme il est, se débattre dans la main de l’agent. Pouvons-nous être poursuivi pour les morsures qu’il ne manquera pas d’infliger au policier ?

Sa tirade finie, il se plante soudain devant moi.

Grunichou, inquisiteur - Mais vous ne l’avez pas vu, vous ?! Vous savez toujours où est chaque chose dans cet appartement, vous devez bien avoir une piste, non ?!

Oula, va falloir la jouer fine. Mon rictus coupable a trouvé des petites massues et s’applique à fissurer mon faciès impassible pour apparaître au grand jour. Gardons une contenance, scotchons un polaroid dans le moleskine.

Eulalie, le bon dieu sans confession - Ah non, pas cette fois, désolée.

Il recommence son trajet. Soulève la couette, m’extorquant un grognement, soulève les oreillers, m’extorquant un râle, regarde sous les meubles, m'extorquant un rire, soulève ce qui est par terre, file dans le salon, fait les cent pas, retourne la salle de bain, ouvre le frigidaire (pour boire un coup, le trajet déshydrate) et revient, angoissé.
Mais vraiment, angoissé.

Grunichou, angoissé, donc - Vous ne savez vraiment pas où il est ?

Nous en sommes à dix bonnes minutes. J’aimerais tenir plus longtemps, pour voir s’il peut renoncer à son slip de nuit. Mais il est déjà au bord des larmes, inquiet à l’idée que son slip de nuit soit parti à jamais.

Eulalie, souriante - Si.
Grunichou, tombe des nus - Non ?!
Eulalie, rayonnante - Si.
Grunichou, incrédule - Nooon ?!!!
Eulalie, satisfaite - Ben si.
Grunichou, impatient - Mais ! Où ?!!!!

J’ai donc désigné le portant. Grunichou a enfilé son slip de nuit dans un soupir de plaisir.
Et maintenant j’ai peur. J’espère que lorsque je rentrerai, demain soir, le sapin sera juste derrière mon portant. Et non trois étages plus bas…


/edit : ---
(*) Pour maintenir le décadent level « sexy » au plus haut, je tiens à préciser que pour Monsieur de la Muche, tout ce qui est un sous-vêtement est un slip, et que Monsieur de la Muche ne porte que des petits boxers moulants wahou high level. Le slip de nuit est une variété à part, un chouia moins moulant. Il est au nombre de trois afin d'assurer un turn over** optimal.
(**) Oui, je sais, les mots anglais, c'est moche dans un texte français, mais là, tout de suite, maintenant, IMPOSSIBLE de trouver le mot français. Et comme on est gentil, on me pardonne, hop, sinon je ne mets que des verbes en "re-".


Schouik schouik

La semaine dernière, je voulais écrire une note sur les soldes afin d’annoncer à la terre entière les raisons pour lesquelles on ne m’y verrait jamais traîner mes guêtres. Mais le temps m’oblige à revoir ma position initiale et à réaliser, sous vos yeux ébahis, après avoir enfilé mon harnais et ma combi rembourrée, une périlleuse pirouette cacahuète arrière.

Je suis allée faire les soldes. Voui.

Mes adorées bottines noires à talons aiguilles ayant développé avec l’âge une fâcheuse tendance à la perméabilité, je souhaitais, afin de leur accorder leur repos durement mérité, trouver une paire de simples bottes cavalières plates, en cuir lisse noir et imperméables.

Malheureusement, partir shopper avec une idée en tête est le plus sûr moyen de ne jamais trouver ce que l’on souhaite, surtout si le modèle initial est siglé Hermès.

C’est ainsi que, motivée par ce besoin d’étancher ma soif de cavalières, je me suis retrouvée avec des escarpins noirs d’un talon de 9.99 cm.

Bien entendu, je plaide la lucidité passagère.

Depuis avril 2000, date à laquelle mon esprit s’est ouvert à ces considérations qui jusque là échappaient à l’ânesse que j’étais, les semelles rouges agissent comme un aimant sur ma carte bleue. Cette attirance a depuis été renforcée par la récente acquisition d’un trench rouge. Ajoutez à cela une doublure en cuir clair, et je fais fi du confort. Qu’on ne me parle pas de confort, c’est injurieux !
Qui oserait demander si Guernica ou l’enlèvement de Proserpine sont confortables ? Les œuvres d’art ne sont pas faites pour être confortables, mais pour provoquer une émotion !

Et pourtant, ce matin, la pluie s’abattant sur un Paris venteux, je me suis retrouvée à porter mes mourantes bottines noires. Parce que dans mon euphorie, je n’ai pas pensé que des chaussures ajourées et légèrement ouvertes au bout ne pouvaient pas faire rempart à l’eau.

Voilà pourquoi, depuis que je suis rentrée, je me ballade en talons.
Alors je vous prierais, Madame la Voisine d’en Dessous, de cesser vos jérémiades. Je ne suis pas en train de faire du bruit en faisant les cent pas ; j’étudie le comportement de l’œuvre artistique en milieu non hostile.


Eulalie, blonde fourbue et patraque, tente de communiquer

Intérieur, nuit, à ce cher Monsieur Muche :

"Non, il faut que tu* te mettes sur le devant de toi*"


Pas compris ? Lui non plus.
Et à la réflexion, ayant oublié ce que je voulais au moment précis où ces mots sont sortis, je ne me comprends pas non plus.


...


Dodo.


*Une dérogation spéciale pour le tutoiement s'applique en cas d'urgence ou d'extrême fatigue.


Epineux, problème de couple.

M. Muche, sur des oeufs - Il faut qu'on parle.
Melle Truc, intraitable - Non. C'est hors de question. Après le soin que nous avons mis dans son achat, ce samedi pluvieux de décembre, après le temps que nous avons passé à choisir quelques décorations délicates au Bon Marché, celles pour lesquelles nous avons dû vendre nos soeurs respectives, après le soin que nous avons mis dans sa décoration, et surtout, après avoir vécu avec lui pendant tout ce temps, il est impensable, inenvisageable, i-ni-ma-gi-na-ble que nous nous séparions de notre adorable petit sapin de Noël. Je ne remonterai sur ses frêles et touchantes branches le sac à sapin qu'une fois sa dernière aiguille tombée, pas avant, jamais. Il faudra me passer sur le corps. Et pas de la façon dont vous semblez en ce moment même l'envisager. J'ai dit.
M. Muche, embêté - Mais c'est juste qu'il est dans le passage, si jamais il y a le feu, ça va nous gêner ! Les règles élémentaires de précaution incendie ne sont pas respectées ! Imaginez que l'appartement soit en flamme, si on doit s'échapper, on peut trébucher sur le sapin et atterir dans la cuisine au lieu de rejoindre la sortie !
Melle Truc, sceptique - M'enfin faut quand même trébucher vachement loin pour atterrir dans la cuisine !
M. Muche, moqueur - J'en connais qui en sont capable... Hum hum.

Prise au dépourvu, j'abattais donc ma dernière carte, celle avec laquelle je clos toujours les négociations sur les choses que je souhaite conserver intactes (les lapins de Pâques dorés Sidonie et Eloi, coiffés pour Noël d'un petit bonnet de laine et délicatement posés sous le sapin, les petits pots de confiture Bonne Maman, l'emballage de mon parfum qui a un gros noeud rose en satin, etc...) :

Eulalie, yeux de personnage de manga - Mais il est tellement choupi !

"Trop choupi", c'est L'Argument ultime. Sa seule réponse a jusqu'ici été "Grml, grml, j't'en foutrais moi du choupi nianiania, la prochaine fois j'achète des dosettes de d'adoucissant rondes / des lapins moches / des grands pots de confiture/ etc", répartie qui ne fait jamais le poids, d'autant plus qu'il capitule en tournant les talons et en greumeulant dans sa barbe.

Choupi : 53682 points - M. Muche : 0 point.


Huggy de la SNCF

A cause d'un incident à la station Miromesnil, j'ai raté mon train. Je me rends donc au guichet pour connaître les horaires suivants et m'assurer que mon titre de transport ne m'attirera pas d'ennui lors du contrôle.
Le train suivant est le dernier (ouf!) et le guichetier m'indique :
- Par contre, votre réservation a sauté. Si ce train est rempli vous devrez donc voyager debout.
- Oui.

Et sur le ton de la confidence, à la Huggy les bons tuyaux, hep hep poulette viens là que j'te dise :
- Par contre, s'il reste des places, vous pouvez vous asseoir si vous voulez.
- Ah ben merci, ça c'est gentil, si le contrôleur me demande ce que je fais là je pourrais dire que vous m'avez autorisée *clin d'oeil*.