La semaine dernière, je voulais écrire une note sur les soldes afin d’annoncer à la terre entière les raisons pour lesquelles on ne m’y verrait jamais traîner mes guêtres. Mais le temps m’oblige à revoir ma position initiale et à réaliser, sous vos yeux ébahis, après avoir enfilé mon harnais et ma combi rembourrée, une périlleuse pirouette cacahuète arrière.

Je suis allée faire les soldes. Voui.

Mes adorées bottines noires à talons aiguilles ayant développé avec l’âge une fâcheuse tendance à la perméabilité, je souhaitais, afin de leur accorder leur repos durement mérité, trouver une paire de simples bottes cavalières plates, en cuir lisse noir et imperméables.

Malheureusement, partir shopper avec une idée en tête est le plus sûr moyen de ne jamais trouver ce que l’on souhaite, surtout si le modèle initial est siglé Hermès.

C’est ainsi que, motivée par ce besoin d’étancher ma soif de cavalières, je me suis retrouvée avec des escarpins noirs d’un talon de 9.99 cm.

Bien entendu, je plaide la lucidité passagère.

Depuis avril 2000, date à laquelle mon esprit s’est ouvert à ces considérations qui jusque là échappaient à l’ânesse que j’étais, les semelles rouges agissent comme un aimant sur ma carte bleue. Cette attirance a depuis été renforcée par la récente acquisition d’un trench rouge. Ajoutez à cela une doublure en cuir clair, et je fais fi du confort. Qu’on ne me parle pas de confort, c’est injurieux !
Qui oserait demander si Guernica ou l’enlèvement de Proserpine sont confortables ? Les œuvres d’art ne sont pas faites pour être confortables, mais pour provoquer une émotion !

Et pourtant, ce matin, la pluie s’abattant sur un Paris venteux, je me suis retrouvée à porter mes mourantes bottines noires. Parce que dans mon euphorie, je n’ai pas pensé que des chaussures ajourées et légèrement ouvertes au bout ne pouvaient pas faire rempart à l’eau.

Voilà pourquoi, depuis que je suis rentrée, je me ballade en talons.
Alors je vous prierais, Madame la Voisine d’en Dessous, de cesser vos jérémiades. Je ne suis pas en train de faire du bruit en faisant les cent pas ; j’étudie le comportement de l’œuvre artistique en milieu non hostile.