Sado-Minoush

SMS reçu ce soir :
"Ventes Privées Minoush du 21 au 24/11 dans nos boutiques et jusqu'au 25/11 boutique xxxxxxxxxx. Nocturne le jeudi 22 jusqu'à 21h."

La tuile.
Elle veut me voir revenir, en... hum, hum... "privé".
Je voyais à sa façon de roucouler à mes remarques que je ne lui étais pas indifférente, mais j'étais à mille lieues de me douter que je lui faisais cet effet. Je comprends désormais son insistance à m'aider à passer les robes, sa façon de soulever mes cheveux pour atteindre la fermeture, ses allusions à mes jambes interminables.

Ah ! C'était donc cela, le coup de l'avoir ! Elle me voulait sienne, venant, revenant, essayant, réessayant, puis lui quémandant un délai, tout ça pour voir la possibilité de fantasmer sur moi pendant un mois !

Je ne me suis pas démontée.

"Cessez tout de suite vos avances, espèce de déviante ! Je ne suis pas celle que vous croyez ! Ce n'est pas parce que je passe mon temps à porter des chaussures douloureuses qui me provoquent des tendinites que je ne parviens pas à guérir parce que je refuse de marcher avec des béquilles et que finalement je fais du Vélib et me plante lourdement avant de prendre la sérieuse décision de faire tous mes trajets en rollers que je suis sado-masochiste ! N'essayez plus jamais de me revoir !"


Non mais. Ho.


Triple patte à deux roues

J'avais pris mes précautions : pas d'escarpins échassiers, ni de santiags à pointes déviantes, cheveux attachés sans mèche volante, des moufles qui adhérent aux poignées, pas le moindre gramme d'alcool dans le sang, un manteau au lieu du long trench à ceinture qui volette, un jean slim et même mes lunettes de vue.

Et pourtant, je me suis étalée comme une crêpe en Vélib', place des Invalides.

Là, j'aimerais bien vous raconter un truc super impressionnant ; je descendais à toute berzingue un petit chemin boueux et caillouteux quand une grosse buse puis deux ont doublé la personne qui venait en face, m'obligeant à me déporter sur la droite pour ne pas les percuter de front. C'est alors que ma roue avant a heurté un gros caillou et que j'ai fait un soleil par dessus mon guidon, me déboîtant les deux épaules en simultanée et me cassant un doigt.

Mais y'a bien que mon beau-frère Bixente pour faire des choses pareilles.

Non, moi, mon lacet s'est enroulé autour de ma pédale et a coincé mon pied. Etant à partir de là freinée dans ma progression, j'ai essayé de pédaler à l'envers pour récupérer l'usage de mon pied gauche, et une fois à l'arrêt, trop concentrée sur la gymnastique mentale que représente le fait de pédaler en arrière, j'ai … oublié de poser le pied par terre.

Alors je suis tombée.
A l'arrêt.
Sur le côté gauche.
Les pieds encore sur les pédales.
Ben oui, je pouvais plus bouger, mon pied gauche était coincé.
Les mains encore sur les poignées.
Ben oui, j'étais trop surprise pour avoir le moindre réflexe.

Le guidon m'a laissé une belle empreinte bleutée dans le dos et la route a joliment égratigné et bleui mon genou.

Une fois l'hilarité passée, le Gru, magnifique d'héroïsme, est venu libérer mon lacet de la pédale.
Puis nous nous avons pleuré de rire ensemble devant le ridicule de la situation, avant de constater avec admiration que le vélib n'avait pas la moindre égratignure.

Sur ce, j'ai été obligée de ranger mon avis du côté du sien.

- Vous aviez raison, le vélib', c'est dangereux. Nous devrions aller les rapporter à leur borne tout de suite et continuer à pied.
- En fait, je viens de comprendre à l’instant grâce à votre chute. Jusque là, je pensais que le monde matériel était le danger. Mais je viens de réaliser que le danger ne provient pas d'eux, mais de vous. Quel que soit le moyen de locomotion, vous êtes incapable de vous mouvoir en évitant les obstacles, et quand il n'y en a pas, vous en créez toute seule ! Avec une verve indéniable, hein, je dis pas !
- Je me demande si beaucoup de personnes ont déjà chuté de vélo à cause de leur lacet ?
- Vous voulez dire, ont réussi à enrouler leur lacet autour de leur pédale avant d’oublier de poser le pied à terre une fois à l’arrêt ? Je suis sûr que vous êtes la première.

J'ai bien été obligée de ranger mon avis du côté du Gru une fois encore.


A la place, demain, je reprends mes rollers.
Vous serez tous les bienvenus dans ma chambre d'hôpital si vous m'apportez des chocolats noirs et des clémentines.


Triple patte

Ninite la tendinite réveillée en période de grève, une béquille « de confort » m’a été conseillée.

Assise, j'adore cette troisième patte. Je peux allumer ou éteindre la lumière à volonté sans me lever et faire tomber ou frapper mes rustres de collègues dès qu’ils répondent « non. »* à mes demandes pourtant bien légitimes (Me rapporter un bouteille d'eau de l'étage, me servir un café, m'apporter mon écharpe restée sur le portemanteau, récupérer les feuilles sur l'imprimante, rapporter mon écharpe sur le portemanteau, du légitime, vous dis-je !)

Debout, c'est plus complexe ; comment on marche avec c'te tabernacl' de chose ? Je veux dire, hors de la garder à la main et de s'en servir de bâton de majorette pour faire place devant soi en boitillant comme d'hab' ? A quel moment dois-je lancer la béquille et mon pied gauche ? C’est des coups à se retrouver par terre ça.
Sans compter que tout temps de trajet est à multiplier par deux ou trois selon l’état des trottoirs. Ah, parlons-en, des trottoirs ! En pente, bossus, mouillés, voire, et c’est une honte, tapissés de feuilles mortes, empêchant toute possibilité d’évaluation de l'irrégularité du terrain. C’est simple, si je chope un gars de la DDE ou de la voierie, je lui refais le portrait façon pelleteuse.

Oui, le port d’une arme réveille mes instincts vengeurs et guerriers : le mouliné mawashigeri et autres crocs en jambe rotatif me démangent fortement l’extension du bras droit.
PLACE BORDEL, J’AI UNE TENDINITE TAS DE NEZ DE VEAUX !

La béquille a donc été déclarée œuvre de décoration contemporaine dans le salon.
Si, c’est très utile. Je n’atterrirai ainsi ni à l’hôpital suite à une chute sur terrain piégé et humide, ni au poste de police suite à la déconstruction rotulaire d’une pintade à low-boots qui m’a grillé la priorité et coupée dans mon élan.

A la place, demain, j'essaie le Vélib'. Qui a dit "Ouille !" ??!

* Mes airs de petit lapinou kawai n’ont aucun effet sur ces cœurs de pierre, la seule personne à encore se laisser avoir c’est le Gru, dans son infinie gentillesse


Tendinita Dolorosa, el retourno

A deux jours de la reprise des grèves pour une durée indéterminée et reconductible, Ninite la Tendinite s’impose à mon bon souvenir.

Vous me direz, quelle idée aussi d’avoir couru comme une dératée entre le pont d’Austerlitz et la voie A de la gare de Lyon !

Je répondrai que, oui, mais le chauffeur du 91 avait de toute évidence décidé de plomber les statistiques de temps de trajet de la ligne, évitant avec une précision chirurgicale tous les feux verts, l’heure tournait ma pauvre Lucette !

Vous me direz, Ringo, il pouvait bien s’en passer de son Vaio. Après tout, il était bien parti à 14h20, pensant prendre un train à 15h (qu’il avait raté car étant en fait à 14h), et ce, sans son précieux.

Je vous répondrai que, oui, mais là il était 15h25, le train partait pour de vrai à 16h, 20 minutes de bus, c’était faisable.

Vous me direz, certes, essayer était déjà fort louable, courir sur une tendinite était stupide.

Je vous répondrai, oui, mais Ringo sans son Vaio, c’était un peu comme si il allait à ce colloc’ de Maître du Monde en devenir sans son pantalon. Je m’investis dans mon travail, j’ai dépassé la douleur physique pour réaliser ce sprint, arriver avant le bus et remettre le Vaio à 15h58.

C’est d’ailleurs ce même investissement qui m’a fait refuser l’arrêt de travail de 5 jours pour que le pied se repose.

Comment ? Vous me dites que je suis un petit peu conne ?
Je vous répondrai… Oui.


2

Je cherche ta présence.

Comme perdue parmi une foule d'étrangers dans une pièce close et sans fenêtre,
je tapote des yeux les épaules voûtées des dames âgées pour capter leur attention
puis leurs visages, leurs yeux et leurs regards, leurs bouches et leurs sourires.
Je te cherche parmi ces inconnues, et quand je reconnais un détail familier,
je pousse le vice jusqu'à demander à porter mon aide à des personnes qui de
toute évidence n’en ont pas besoin.

Le sentent-elles, que c’est moi qui leur demande de l’aide ?

Je n’ai plus senti ta présence depuis le 15 juillet 2006, quand, remontant l’escalier,
j’ai frissonné puis senti le muguet de ton parfum. J’avais pris ça pour un cadeau.
Etait-ce un cadeau d’adieu ?