Décadence capillaire

Tous les trois mois, ça recommence. Alors qu’aucune action ou changement rapide et radical n’a eu lieu, il passe un jour devant un miroir et ressent l’irrépressible envie de filer dans la salle de bain en quête de son peigne.

Et c’est parti pour des heures. D’un côté, de l’autre, en arrière, en avant avec une petite frange, bien plaqué avec de l’eau, en l’air, avec une crête, bien collé sur les côtés, et ce, jusqu’à finir par sécher le tout la tête à l’envers pour se faire la coupe de Sting dans Dune de David Lynch.



Ce qui est passablement inquiétant. Notamment slipairement parlant.



Et là, ravi, il traverse le salon en paradant avec son air de piaf ébouriffé à peine tombé du nid et réclame un baiser.
Que je lui refuse, bien entendu.
Je suis une femme de principe, moi. Je n’embrasse pas les mal coiffés. Jamais. Oh que non. Oulala. Ho. Même quand ils ont le bon goût de porter des sous-vêtements sérieux.

Tous les trois mois, il invente une nouvelle motivation à la conservation de ses longueurs et, pire, à leur culture. Il avait déjà prétendu vouloir se laisser pousser les cheveux en soutien à mon désastre coloristo-capillaire de l’an passé, aimer la sensation de se peigner les longueurs et vouloir retrouver son âme de surfeur alors qu'il n'a jamais abordé la moindre vague avec la moindre planche, malgré ce qu'il vous dira sur ses prétendus surnoms de Biarritz à Hossegor.

Cette fois, la raison invoquée de sa déviance capillaire dépasse l’entendement :

« Mais laissez-moi ! Je veux me laisser pousser l’épi ! Je VEUX me laisser pousser l'épi !! »

Mais je n'ai pas dit mon dernier mot. Sans me départir de mon légendaire sang froid, je réplique :

« Chou, calmez vous et arrêtez de me menacer avec votre peigne à petites dents. Vous laisser pousser les pis ! Êtes-vous fou ? Ce serait désastreux pour votre image ! Un fier et puissant taureau comme vous ! Reconnu de Biarritz à Hossegor, en passant par le Beausset ! Des pis ! Ah ! Quel dépit ! »

Je veux

Un Nabaztag. Un iPhone. Une bibliothèque rouge. Une Nespresso rose. Un immmmmmense lit. Une penderie avec de la lumière dedans. Une nouvelle paire de chaussures. La moitié de l’expo Tokyo au Bon Marché. Une machine à laver le linge. Un sac 24 heures de Darel. Aller voir Tosca à l’Opéra Garnier. Un robot aspirateur. Que Philippe Demougeot m’aide à aménager l’espace de l’appartement. (Et SURTOUT PAS Valérie D. et ses stickers cheapos) Aller au concert de Hey Hey My My à la Maroquinerie. Des nouvelles boucles d’oreilles.
Et que les impôts et la propriétaire m’oublient, donc.

Mais surtout, surtout, je veux et j’exige que Monsieur Muche rentre de vacances fissa fissa parce que ça devient indécent, là, tant de repos, de grasses matinées et de farniente.


La rubrique Courrier

- Et voici, chers lecteurs, le moment que vous attendez tous. Nous avons pêché au hasard un e-mail dans le torrent reçu cette semaine. Ecourtons vite ce suspense insoutenable ! Dites-moi, Gai-Muchon, qui est donc l’heureux lecteur auquel nous allons répondre ?
- Hé bien Lilibe, il s’agit du jeune Jean-Pierre Liégeois, jeune lecteur du Var ! Voici sa lettre :

« Chers Lilibe et Gai Muchon,
Passant mes après-midi à caraméliser sur les plages varoises, j’aimerais avoir une réponse à la question suivante : comment savoir si mes voisins de serviettes sont Eulalie et Monsieur Muche ? »

Question fort amusante et instructive s’il en est ! Voici donc, cher Jean-Pierre, des éléments de réponse :

- L’élément féminin porte un chapeau de cow-boy.

- Vos voisins de serviette, à peine arrivés, retirent leurs vêtements puis courent à toute berzingue vers l’eau. Une fois le prémisse du début de la naissance du gros orteil immergé, leurs ventres se creusent, leurs visages se figent dans une expression d’effroi. 25 minutes sont nécessaires pour rentrer dans l'eau ; atteints de la forme aquatique du syndrôme de Tourette, ils prononcent en boucle la version familière et peu convenable de « fille de joie peut-être, mais aussi un peu de petite vertu, oh ».

- Vos voisins de serviette se chamaillent pour décider lequel aura le masque et le tuba en premier ; elle gagne toujours au charme.

- Une fois dans l’eau, l’élément mâle de vos voisins de serviette ne peut s’empêcher de saisir l’élément féminin par la taille, le pied ou les cheveux afin de la serrer dans ses bras. Cette position ne tient que les trente secondes servant à la rassurer ; il s’échine alors à bien la mouiller en entier soit en la jetant par dessus son épaule, soit en la basculant vers l’arrière, soit en lui sautant dessus, soit en lui faisant une prise de catch, soit en la prenant sur ses épaules avant de se laisser tomber. Quand elle n’a pas eu le temps de se pincer le nez, elle réapparaît avec une coiffure de poulpe et gagne un répit de deux minutes le temps de vider son nez avant la prochaine tentative de noyade.

- Lorsque l’élément féminin commence à sortir de l’eau, l’élément masculin lui court derrière en levant les bras au ciel et en criant « ooooooh » ; deux issues possibles :
(A) Il parvient à la rejoindre, saute et la plaque violemment dans 20 cm d’eau,
(B) Cherchant à le fuir, elle commence à courir,
Dans les deux cas, elle s’incruste des cailloux dans les genoux lorsqu’elle chute.

- Une fois sortis de l’eau, vos voisins de serviette sortent de leurs paniers respectifs pléthore de magazines ; « Voilà », « Auditoire » et autres « Plus proche » ; l’élément masculin examine alors rigoureusement les publications puis râle devant la péremption et/ou la redite des informations.

- L’élément féminin chantonne sans cesse qu’elle voit des poulpes, sur tous les airs, de Petit Papa Noël à Justin Timberlake. Mais elle est la seule à les voir.

- Lorsque vos voisins de serviettes décident de ne plus se baigner pour laisser sécher les maillots avant de rentrer, ils entament dans les 5 minutes suivantes une guerre Contrex contre Perrier, trempent leurs affaires et vont finalement se rincer dans la mer.

- L’élément féminin éructe sans crier gare, de façon tout à fait décomplexée puis part dans un grand éclat de rire lorsque mille regards désapprobateurs de mères de famille se posent sur elle.

- Lorsque l’élément masculin se baigne seul, il saute dans tous les sens et adresse de grands « cou-COUUUUU !! » à l’élément féminin. Les mères, peu rassurées, rappellent leurs enfants.

- Vos voisins de serviette viennent de se contorsionner pour prendre un polaroid de leurs pieds.

- Au moment de partir, l’élément masculin se livre à une gymnastique émouvante dans laquelle tous ses muscles sont en mouvement. Malheureusement, la serviette cache le tout et personne ne peut donc le voir retirer son short de bain au profit de son slip. (*rappel)


Voilà Jean-Pierre, si toutes ces conditions sont réunies, vous étiez bien malheureusement le voisin de serviettes de ces deux cyclones. Nous vous souhaitons par conséquent un prompt rétablissement !


Et nous terminerons sur la citation du jour :
M. Muche, inquiet- Où avez-vous mis mon slip ?
Melle Truc, comme une évidence- Dans mon chapeau !


(*rappel) : nous précisons que pour Monsieur de la Muche, tout ce qui est un sous-vêtement est un slip, et que Monsieur de la Muche ne porte que des petits boxers moulants wahou high level.