Une fois de plus ne sera pas coutume. Le billet d’aujourd’hui sera teinté d’une plus grande gravité que d’habitude.
Hier soir, j’ai frôlé la mort.
Hier soir, j’ai failli mourir.
Noyée à cause d’un belliqueux échantillon de Skip liquide.*
Monsieur Muche et moi entretenions une conversation agitée dans la rue alors que nous allions porter notre linge à la laverie. Le motif du haussement de ton était dû à mon irrésistible envie d’essayer les vélib’, ce que le Gru refusait en bloc, invoquant la raison qu’à deux semaines de ses vacances, il ne voulait pas risquer de se faire « ouyouyouille bobo Gérard ». Ce à quoi, avec toute l’acidité dont je suis capable, je répondis sèchement (car contrariée) que le fait même de vivre était un danger terrible.
Le principe fondateur de sa religion étant d’éviter toute forme de conflit, il n’ouvrit la bouche à nouveau que pour une question cruciale : « 7 ou 8 kg ? ». Nous décidâmes finalement de répartir le linge en deux tas et alors que je m’apprêtais à verser la lessive liquide, le destin s’empara de l’échantillon promotionnel afin de me jouer un tour que lui seul sait jouer. Ouh le vilain.
Comment aurais-je pu me douter un seul instant que la lessive Skip était réalisée avec des extrait de kangourous agressifs et que le liquide allait m’asséner un puissant direct en plein dans mon œil droit ?! Alors que je brisais le haut de la pipette comme indiqué, l’impensable se réalisa. Je laissais en plan la machine, le linge, le skip et le Gru et courus à m’en déchirer les poumons** vers l’appartement afin de me rincer l’œil droit sous l’eau.
Greuneurguibidou arriva en trombes quelques minutes plus tard. Il fila comme l’éclair dans la chambre afin de revêtir ses plus beaux habits noirs, puis revint s’enquérir de mon état. Mon œil rouge lui arracha un cri de désespoir, et je dus le menacer de l’émasculer afin qu’il abandonne l’idée d’appeler le SAMU, les pompiers, le GIGN et la PAF. Il se contenta donc d’un appel au (très efficace) centre anti-poison.
La jeune femme me demanda mes nom, prénom et âge*** et posa cette question déstabilisante :
« Pas d’antécédents ? »
Hmm, antécédents de lessive dans l’œil ? Une fois par mois environ, mais j’essaie d’arrêter.
Elle me rassura (non, vous n’allez pas devenir aveugle, non, le liquide ne risque pas d’endommager votre cerveau en passant par le nerf optique, NON, on ne va pas vous enfoncer une aiguille dans la pupille comme dans Docteur House, non, il n’y a aucun cas recensé de pertes de cheveux suite à un accident de lessive dans l’œil, bref, les réponses d’usage), me conseilla de me passer l’œil ouvert sous l’eau pendant 10 minutes puis m’invita à la rappeler si les larmoiements et douleurs vives persistaient.
Face à ma perplexité concernant la mise en place d’un tel traitement, Gruñiño eu donc une idée de génie ; « Mettez-vous donc sous la douche ! »
Dont acte.
Quelqu’un a déjà essayé de rester l’œil ouvert sous l’eau courante pendant 10 minutes ?
Une de mes particularités physique est que, dès que mon nez ou que ma bouche sont au contact d’un liquide, ils les aspirent. C’est la raison pour laquelle je me bouche le nez quand je saute dans l’eau et que je suis incapable d’apprendre à plonger.
Une autre est que je n’ai que deux bras et que je suis dépourvue de branchies. Et qu’en l’occurrence, il aurait fallu trois bras et une demie douzaine de branchies. Un pour appuyer sur l’œil gauche, un pour boucher le nez, un pour boucher la bouche et les branchies pour respirer. Comment ? Fermer la bouche sans avoir besoin de ma main ? Non. Pas faute d’avoir essayé, mais je ne sais pas pourquoi ; la tête sous la douche, j’ouvre la bouche.
Je me suis donc étouffée par le nez, puis par la bouche, je me suis cognée l’œil dans la pomme de douche, puis me suis fait mal à la cornée avec le jet trop puissant, ai toussé, pleurniché, éteint l’eau. Monsieur Muche a crié que ça ne faisait pas 10 minutes, j’ai objecté que j’avais la gorge en feu après m’être noyée 20 fois, il a menacé d’appeler le centre anti poison pour cafter que je faisais mine de me noyer pour ne pas avoir à me rincer l’œil, alors j’ai rallumé, et rebelote. Et rebelote encore.
Remis de ses émotions et constatant avec une joie toute enfantine que je pouvais compter ses doigts et voir les couleurs, Monsieur Muche me gronda de toujours en faire trop pour prouver qu’il a tort. Oui, le simple fait de vivre est un danger. Mais à l’interdiction d’approcher un vélib’ à moins de deux mètres, il ajouta l’interdiction formelle de l’accompagner faire les lessives. Et ça, ça me va.
Aujourd’hui, tout va bien. Je souris à la vie. J’ai mes deux yeux. Les choses ne prennent de la valeur que lorsqu’on est à deux doigts de les perdre, n’est ce pas ?
Alors oui, ma vie et ma vue ont de la valeur. La preuve ; pour rien au monde je n’aurais voulu rater la mine déconfite de Ringo lorsqu’il s’est coincé une couille dans son étui à lunettes après avoir essayé de faire croire que la muscu n’avait pas agit que sur ses épaule bodybuildées.
* « ouf » ?! Comment ça « ouf » ?!! Qui vous a permis de ouffer ?!
** je vous ai dit que j’avais 76 ans en sport ?
*** 76 ans ?! 27 ?? 24 ?? Je ne sais plus !
Notez Bien : Les
centres anti-poison sont joignables par téléphone, il s’agit de n° non surtaxés, la prise en charge est instantanée et les personnes sont compétentes et rassurantes. Ce type de n° doit être en évidence à un lieu stratégique afin de les retrouver rapidement en cas de problème.
Si vous devez appeler, surtout, pensez à vous munir de l’étiquette ou de l’emballage du produit en question.