« Comment ? Faire un Mappy ? Oh oh, douce Glibichoune, pas besoin. Je sais e-xa-cte-ment comment aller à Bandol ! »

Je sais qu’avec cette seule phrase vous vous doutez de la tournure des évènements. Les personnes nous connaissant un peu s’inquiètent probablement de l’issue de cette histoire, car il est de notoriété publique que si le Gru est agréablement pourvu en quantité plus que suffisante d’une foultitude d’options, il a toujours échoué lamentablement à son brevet de co-pilote car il est incapable d’anticiper un déplacement dans l’espace et de discerner sa gauche de sa droite. (et vice et versaaaa)

Je vous invite à suivre la progression <ici> (sauf Kch qui saura à priori bien se repérer)
Le voyage s’est gâté après l’arrivée à Toulon. Alors que j’avais remis entre les mains de Gruñiño notre voyage, ce dernier a ordonné :
- Là, nous allons prendre la sortie suivante sur la gauche.
- La gauche ?? Il n’y a pas de sortie sur la gauche sur l’autoroute !
- Ah, oui, pardon, à droite ! A DROITE !


J’avais à peine atteint le 50km / h réglementaire avant d’aborder le rond point qu’il chuchota :

- Tiens, tiens, on dirait que je me suis trompé !
A mon attention, il ajouta :
- Ahaha, mais ce n’est pas grave ! Car Glibidou toujours retombe sur ses pattes ! Sortez donc là ! , annonça-t-il avec entrain.
- Où ça, « là » ?! , répliquai-je alors que je décrochais le pompon pour un second tour de rond point.
- A gauche, pardi !
Je pris donc la première sortie à droite, présageant qu’il ne pouvait pas avoir finalement réussi à faire le distinguo quatre minutes après sa dernière gourrade. Malheureusement, le Gru ne confond de toute évidence pas gauche et droite, il prononce simplement les mots comme ils viennent. Ainsi, grâce aux 50% de chance de se tromper, il s’avérait qu’il avait raison. Il fallu retourner au rond point et en refaire trois fois le circuit avant de se mettre d’accord sur une sortie.

Nous n’étions qu’à 18 km sur la trentaine annoncée, et j’avais déjà des crampes dans les doigts à force de serrer le volant. Nous avons vu passer la Beaucaire « AHAH, la Beaucaire, parfait, la Beaucaire ! », puis Ollioules « hmm ah. Hmm. Hum hum. Je sais où nous sommes, parfait, tout droit. Hum. », puis Evenos « C’est dans le coin, c’est sûr, c’est dans le coin. Ah, quel fort joli coin, d’ailleurs ! J’ai bien fait de nous faire sortir de l’autoroute prématurément, n’est ce pas Glibounette, appréciez donc ce merveilleux paysage ! C’est magnifique !! Comment ça vous êtes obligée de regarder la route ? Vous mettez vraiment de la mauvaise volonté à apprécier cette escapade.», puis Ste Anne d’Evenos « Hum. Bandol approche, je le sens, des vignes ! », et lorsque nous sommes arrivé au Beausset, j’avais l’intérieur des joues en sang à force de les mordre pour ne pas insulter le plus mauvais co-pilote de la terre.

C’est quand il a cru bon d’ajouter d’un ton très sûr « Oh c’est bon maintenant : le Beausset - Bandol c’est une promenade de santé » que j’ai su que l’après-midi serait long.

Nous avons donc commencé par visiter la ville en voiture avant de nous perdre dans un dédale de voies à sens unique, et alors que je perdais tout espoir non seulement de voir Bandol mais aussi de savoir rentrer à Carqueiranne, nous sommes finalement arrivés à un rond point indiquant « Toulon ». J’étais prête à rentrer lorsqu’il lança « A votre place, je ne prendrais pas la direction de Toulon, je prendrais à droite au rond point, la route qui monte. J’en suis sûr, je le sens, je le sais, de l’autre côté de cette rue, Bandol nous attend. »

Est-ce l’aveuglement de la femme amoureuse qui veut donner raison à son homme, dusse-t-elle tomber en panne sèche dans la pampa varoise, est-ce simplement parce que j’aime le goût du sang de mes joues dans ma bouche, j’ai tourné à droite pour emprunter la petite route qui montait. Si. Et finalement, j’ai trouvé le goût du sang de mes joues assez écoeurant. Alors j’ai juste dit « ta gueule ».

La route a serpenté sur des kilomètres. Des pentes à 90%, des chemins caillouteux, des nids de poule, que dis-je, de pélicans, débouchant sur un chemin de la largeur EXACTE de la voiture, tournant à 90° dans une côte à 80%, j’ai cru à maintes reprises que nous allions reculer et devoir affronter notre jugement dernier. Auquel cas le Gru ne serait pas arrivé dans les meilleurs conditions, moi j’dis.

Nous avons finalement trouvé un chemin qui redescendait tout ça, et après avoir dû faire une marche arrière face à un petit camion dans une pente qui tournait, nous sommes redescendus dans une agglomération.
Que Gruñiño a qualifié de « Hourra ! Bandol ! »
Son enthousiasme devenait communicatif, quand nous avons vu le panneau. Le Beausset.

A ce stade là, cela fait déjà 1h15 que nous sommes partis de Carqueiranne. Et je rappelle que Bandol est à 30 mn.

J’ai failli le tuer sur place. Il s’est de son côté muré dans un mutisme bienvenu ; lassé lui-même de ses « Forcément, à un moment ou un autre, on y sera bien, à Bandol ! ». Nous avons repris la route dans une direction inconnue et alors que nous allions franchir notre énième rond point (le varois est friand de manèges), alors que nous ne l’avions jusqu’à présent lu que précédé de « domaine de » sur des pancartes jouxtant de grandes propriétés vinicoles, c’était là, matérialisé, inévitable : une pancarte indiquant la direction de Bandol.
Bien entendu, cela ragaillardit instantanément mon mauvais co-pilote qui rompit son vœu de silence et chantonna « Voilà ! Vous n’avez pas foi en moi ! C’est e-xac-te-ment LÀ que je voulais nous mener ! J’attends maintenant vos excuses. »

Je lui ai claqué vigoureusement la cuisse et ai montré mes incisives en grognant « ta gueule ».
Il a dû prendre ça pour des excuses, car son souhait n’est pas revenu sur le tapis.

Et Bandol c’est comment ?
Exactement comme Sanary sur mer. La ville qu’on a traversé quatre fois quand on s’est perdu au retour. Mais je vous épargne celle là.


Ajout nécessaire mais en fait inutile de Monsieur Muche : Tout ça parce que je me suis trompé d’UNE sortie.