Le train de l'angoisse
Par Eulalie , lundi 26 février 2007 à 16:30 :: Journal
Mais qu'est ce qu'ils ont ces deux là ? Ils s'embrassent comme si c'était la dernière fois. Ou bien, à en juger par les filets de bave qui brillent sur leurs mentons, pour la première fois. Non pas que j'aie quoique cela soit contre les baisers passionnés. Quoique. Si, en fait. Les baisers passionnés sont un échange intime qui, selon moi, devrait rester intime, mais c'est sûrement mon côté mémère qui veut ça.
Enfin quoi ! Dix minutes en face d'eux, je ne connais pas leurs prénoms mais je sais déjà la longueur et la couleur de leurs langues, qu'ils sont probablement passés au Macdal avant de prendre le train, et je peux, d'après la bosse du jean, assurer qu'il la porte à droite et qu'elle est d'une taille respectable sans être exceptionnelle.
Je change de place.
Ce wagon semble calme ; pas de jeune rôti ni de petit mouflet hurlant, pas de touriste voulant rapporter chez eux un échantillon de culture fromagère normande.
Une place de choix pour une mémère.
C'est probablement ce qu'elle a dû se dire quand elle s'est assise à côté de moi avec son gros chien baveux.
"Ca vous dérangerait de vous asseoir à côté de la fenêtre ?"
Oui, plutôt, oui, coincée entre la clim' glaciale et ton haleine de phoque fumé à la gitane froide ajoutée à l'odeur de chien mouillé, un peu que ça me dérangerait, grognasse.
"Je suis enrhumée, je préfère rester côté couloir, la climatisation est si glaciale."
Zoé, a-t-on idée d'appeler un chien aussi laid comme ça, me regarde bizarrement. Y'a pas grand chose que j'aime moins qu'un chien, surtout quand il est grand, odorant, qu'il s'appelle Zoé et qu'il s'assoit sur mes bottes bolchoï rouges vintages.
"Zoé vous a adoptée !" s'exclame la vieille fumaillonne en découvrant ses chicots mal lavés.
Ah ouais, super, mais, même si je salue la coordination, faudra pas compter sur moi pour reconnaître cette puanteur à pattes qui vient de s'essuyer le cul sur mes bottes et sa bave sur mon jean en un seul mouvement.
Je me lève. "Zoé sera plus à l'aise."
Je trouve une place aux côtés d'une jeune femme lisant son bouquin.
De l'autre côté de l'allée, un jeune couple regarde un stab movie sans, manifestement, connaître ni le principe des écouteurs, ni celui du respect des autres. Les voyageurs augmentent donc leurs bruits respectifs ; la fille à droite parle plus fort dans son téléphone pour expliquer à Babou l'indignââââtion qu'elle a ressenti chez Chantââââl ce week-end, l'homme derrière huuuuurle qu'il approche, le minet hausse le son de son effroyable musique boum boum boum boumboumboum tîîîîîîîîîîîîî boumboumbou boum techno, l'informaticien crie à Isa de se calmer "FORMATER UN PC NE VA PAS FAIRE DISJONCTER PUTAIIIN !!". Sans compter la merveilleuse odeur de kebab depuis notre passage à Evreux.
Deux heures dans ce train, j'ai l'impression d'avoir traversé la Foire du Trône en long en large et en travers pendant 30 jours tellement je suis fatiguée et agacée.
Et pendant ce temps, mon odieux chef me refuse pour la 10ème fois Fringuant, mon poney de fonction.
Enfin quoi ! Dix minutes en face d'eux, je ne connais pas leurs prénoms mais je sais déjà la longueur et la couleur de leurs langues, qu'ils sont probablement passés au Macdal avant de prendre le train, et je peux, d'après la bosse du jean, assurer qu'il la porte à droite et qu'elle est d'une taille respectable sans être exceptionnelle.
Je change de place.
Ce wagon semble calme ; pas de jeune rôti ni de petit mouflet hurlant, pas de touriste voulant rapporter chez eux un échantillon de culture fromagère normande.
Une place de choix pour une mémère.
C'est probablement ce qu'elle a dû se dire quand elle s'est assise à côté de moi avec son gros chien baveux.
"Ca vous dérangerait de vous asseoir à côté de la fenêtre ?"
Oui, plutôt, oui, coincée entre la clim' glaciale et ton haleine de phoque fumé à la gitane froide ajoutée à l'odeur de chien mouillé, un peu que ça me dérangerait, grognasse.
"Je suis enrhumée, je préfère rester côté couloir, la climatisation est si glaciale."
Zoé, a-t-on idée d'appeler un chien aussi laid comme ça, me regarde bizarrement. Y'a pas grand chose que j'aime moins qu'un chien, surtout quand il est grand, odorant, qu'il s'appelle Zoé et qu'il s'assoit sur mes bottes bolchoï rouges vintages.
"Zoé vous a adoptée !" s'exclame la vieille fumaillonne en découvrant ses chicots mal lavés.
Ah ouais, super, mais, même si je salue la coordination, faudra pas compter sur moi pour reconnaître cette puanteur à pattes qui vient de s'essuyer le cul sur mes bottes et sa bave sur mon jean en un seul mouvement.
Je me lève. "Zoé sera plus à l'aise."
Je trouve une place aux côtés d'une jeune femme lisant son bouquin.
De l'autre côté de l'allée, un jeune couple regarde un stab movie sans, manifestement, connaître ni le principe des écouteurs, ni celui du respect des autres. Les voyageurs augmentent donc leurs bruits respectifs ; la fille à droite parle plus fort dans son téléphone pour expliquer à Babou l'indignââââtion qu'elle a ressenti chez Chantââââl ce week-end, l'homme derrière huuuuurle qu'il approche, le minet hausse le son de son effroyable musique boum boum boum boumboumboum tîîîîîîîîîîîîî boumboumbou boum techno, l'informaticien crie à Isa de se calmer "FORMATER UN PC NE VA PAS FAIRE DISJONCTER PUTAIIIN !!". Sans compter la merveilleuse odeur de kebab depuis notre passage à Evreux.
Deux heures dans ce train, j'ai l'impression d'avoir traversé la Foire du Trône en long en large et en travers pendant 30 jours tellement je suis fatiguée et agacée.
Et pendant ce temps, mon odieux chef me refuse pour la 10ème fois Fringuant, mon poney de fonction.
