T’as pas 100 balles ?

J’ai cherché pendant des jours –depuis mardi soir pour être précise, comment introduire mon histoire. Sous quel angle attaquer l’indicible ? Puis-je la jouer détachée, cool, relax en me peignant la mèche façon banane ?
Non, point de banane ne peut s’afficher sur mon visage.

Monsieur Muche a jeté ma carte bleue.

Oui, Monsieur Muche qui m’héberge chez lui et qu’en contrepartie j’héberge ici, Monsieur Muche, ce gentleman à la conduite irréprochable seize heures par jour (l’animal qui sommeille en lui prenant le pas sur l’homme dès qu’il sombre dans les bras de Morphée), Monsieur Muche, cet ange pur au regard si doux, Monsieur Muche, l’homme auquel j’ai sacrifié « Plus belle la vie », OUI, Monsieur Muche, apprenti cow-boy dégainant son mortel harmonica plus vite que son ombre, a jeté ma carte bleue.

Evidemment, si on me demande les détails de cette sordide affaire, je devrais admettre que ladite carte avait passé la nuit dans un sac Franprix, que je n’avais pas eu la présence d’esprit de la récupérer le lendemain matin (c’est qu’à 8h du mat’, mon esprit n’est pas présent), et que ledit sac a simplement servi à jeter les détritus de mon vacancier de con. Cubin.

Mais les esprits les plus aiguisés admettront sans peine aucune que l’agencement des circonstances est douteuse.

20h20 : Retour des courses. Le Gru range les prosions* tandis que je m’affale dans la canapé, épuisée d’avoir dû monter les 99 000 étages à pieds chargée d’un sac plein de salade et de cotons à démaquiller.
20h25 : je rappelle à l’homme auquel j’accorde encore toute ma confiance que je dîne le lendemain avec mon amie Sarah.
7h05 : je me réveille, je le bouscule, je lui colle mes boules quiès dans les trous de nez, je me lève en m’appuyant sur son ventre, je claque la porte.
7h10 : sous la douche : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
7h20 : sous le séchoir : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
7h30 : en m’habillant : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
7H40 : en me maquillant : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
7h50 : en me coiffant : « faut que je pense à récupérer ma carte bleue ».
8h00 : en partant, j’oublie de récupérer ma carte bleue.

Et là, tout s’enchaîne :
22h00, au moment de payer le restau, je me rends compte que mon porte carte n’assure plus sa fonction.
22h05, j’appelle le Gru pour lui demander de vérifier dans le sac. 22h06, il m’annonce, l’air penaud, qu’il a descendu il y a peu un sac Franprix qui a servi de poubelle.
22h07, nous sommes coupés, je n’ai presque plus de batterie.
22h09, le couperet tombe : ma carte bleue est dans la poubelle.
22h10, nous sommes coupés, ma batterie crie famine.
22h11, Le Gru depuis le local poubelle m’annonce que la poubelle est vide.

Et COMME PAR HASARD, le lendemain, les soldes commencent. Tu vois les super-bottes à paillettes roses, là, avec le bout pointu, façon santiags, celles qui auraient pu devenir abordables en soldes ? Non ? Ben tu ne les verras pas.

Jamais je ne croirai qu’il s’agissait d’un accident ; je pense qu’il s’agit d’un acte délibéré visant soit à m’empêcher de faire les soldes (pour que j’arrête d’envahir ses placards ou bien pour que j’économise pour qu’on emménage ensemble)(on vous a pas dit ?on va emménager ensemble)(dès qu’il aura réussi à dépasser son blocage psychologique concernant Mesdames Nichons et String), soit à caser sa dernière blague trop drôle :

Mademoiselle Truc, embêtée - ça va être compliqué pour avoir du liquide…
Monsieur Muche, hilare – il va vous falloir une gourde, ahahaha !

A la réflexion, c’est sans doute pour caser cette blague qu’il l’a jetée aux ordures.
Puis-je vivre avec un homme qui met en scène les situations pour sortir les blagues qu’il s’imagine dans sa tête ? La question est posée.


* les inconditionnels de Palace me comprendront, tant pis pour les autres, z’aviez qu’à être cultivés.

Note bien : Si une gentille lectrice ou un gentil lecteur travaille dans ce magasin dans lequel il y a des bottes façon santiags roses à paillettes, merci de me réserver une paire en 38-39, on trouvera une récompense, merciiii.


Direct différé

Notre vie, comme si vous y êtiez.

Monsieur Muche, dans ses pensées - J'ai connu une Raimonde un jour.
Mademoiselle Truc, épatée - C'est épatant.

...

Monsieur Muche, songeur - Comment elle s'appelait déjà ?

...

Mademoiselle Truc, réflêchie - Raimonde ?
Monsieur Muche, distrait - Ah, oui.

...

Monsieur Muche, mnésique - Ah, non. Elle s'appelait Rosemonde en fait.

...

Mademoiselle Truc, palpitée
- Ah oui ?
Monsieur Muche, songeur - Oui.

...

Monsieur Muche, songeur - Rosemonde...

...

Mademoiselle Truc, ébahie - On va se coucher ?
Monsieur Muche, songeur - Je crois que ça s'impose, là, oui.

A vous Cognacq-Jay


Chatons, chatons, mes chers chatons

Le bal des sms a commencé hier soir dès 23h30, alors que je gratouillais le bidou du Gru entre deux épisodes de Prison Break. Nous ne nous en sommes pas tout de suite rendu compte ; avec les spasmes joyeux de sa cuisse, provoqués par mes divines gratouilles, nous pensions être la cause des tremblements du quartier.

Nous avons pourtant dû nous rendre à l’évidence ; quand le Gru ronronne de plaisir, cela peut certes provoquer des tremblements, mais en aucun cas, et je suis formelle sur ce point, il ne manifeste son état de béatitude par une sonnerie polyphonique répétitive.

Vous ai-je déjà dit qu’il n’y a pas grand-chose que je déteste autant que les vœux par sms ? Avec les brocolis, Guillaume Canet, les sifflements ? Non ??

Je déteste être le 11ème ou le 27ème contact d’une liste, je déteste le message pré formaté, je déteste cette impression qu’on s’est débarrassé d’une tâche en appuyant sur un bouton. Je suis très probablement vieux jeu, mais on ne m’ôtera pas de l’idée qu’un vœu n’a de valeur que s’il est formulé personnellement et avec intérêt.

Bon, après ce laïus, « les vœux, c’était mieux avant qu’on envoie tous ces trucs dans l’espace ma bonne dame », cela va être compliqué de vous souhaiter une bonne année.


Mais moi, je ne vais pas vous souhaiter une bonne année, c’est là que c’est futé.


Je ne vous souhaite pas de rayures sur vos lunettes. Je ne vous souhaite pas de yaourts périmés. Pas de pieds de lit / de table agressifs, pas de chute de lecteur MP3, pas de mygale dans vos draps, pas de bouton sur le bout du nez, pas de spoilers sur la saison 2 de Prison Break, pas de sel dans le café, pas d’incident voyageur, pas de clous sur les routes.

A la limite, je vous souhaite Byzance de velux et pléthore de nichons. Mais vous n’êtes pas obligés de me croire.

Mon année à moi, par contre, est mal barrée ; le Gru est revenu avec un harmonica.




Edit de 22h38 : je ne vous souhaite pas non plus de caleçon du Gru sur la tête.
(Merci de me contacter si cela vous arrivait afin d'en étudier posément et calmement les circonstances.)