Oubli

Cette semaine, je me suis demandée ce que je pourrais lui offrir pour son anniversaire.
Et puis je me suis souvenue que je ne la reverrai plus jamais.

Il y a des moments d’oubli comme lorsque je décide de prendre le bus le matin parce que j’ai un peu froid et non pas pour éviter de passer devant les pompes funèbres. La vie suit juste son cours, normale. Et puis un élément finit par revenir en tête.

Et je me rends compte que j’ai failli oublier.

Pour le regard, j’ai les photos que je prenais d’elle.
Pour l’odeur, il me suffit de sentir le muguet et le rouge à lèvres, mais pour la douceur de sa peau ? Pour la sensation de ses baisers ?
J’ai noté les expressions, mais pour le son de sa voix ? Pour ses intonations ? Je peine déjà à m’en souvenir.

Je suis mortifiée à l’idée d’oublier ces détails, parce que c’est l’effacer peu à peu.

Et nous sommes le 11 novembre, et je n’arrive pas à décider si elle a 95 ans ou si elle en aura toujours 94. Dans l’absolu, ça n’a pas peut-être pas d’importance. Mais ça a du sens, pour moi.



[Edit] Censure de commentaire
Si je blogue, c’est avant tout pour moi. Je souhaite garder des traces des évènements, mais surtout des sensations, des sentiments, des pensées un peu fugaces et assez futiles, de ce que je suis au moment où j’écris.

Je ne revendique aucun talent littéraire. J’essaie juste de trouver les mots précis et je tente de jouer un peu avec ceux que je connais.

Ensuite, si je mets (presque) tout en ligne, c’est pour partager. Parce qu’il paraît que je suis drôle, parce que j’aime faire sourire et parce que j’aime cette interaction.

Parfois, en de très rares occasions, je publie quelque chose d’un peu plus intime. Aujourd’hui, c’était pour trouver du réconfort parce que je suis bloquée dans un mode de pensée, parce que je me sens prisonnière d’une peur et que j’ai besoin qu’on me donne un avis, un conseil, une pensée.

Ce n’est pas du "racolage".

Ne ris pas de ma peine. Ne nie pas son existence.


Capillisculpture

Elle m’a regardée avec ses deux grands yeux –parce que c’est comme ça qu’elle fait généralement, un peu comme le commun des mortels- et elle m’a dit, dans un sourire franc, avec sa voix teintée d’admiration :
« On dirait une Princesse ».
Alors je n’ai pas réfléchi. J’ai porté la main à mon cœur, en écarquillant les yeux et tremblante d’émotion, j’ai agi. Sans tergiverser. J’ai pris les ciseaux, j’ai fait glisser mes cheveux entre mes doigts et j’ai coupé. La Bulle regardait, incrédule, les mèches tomber dans le lavabo. Quand j’ai eu fini, j’ai lissé le tout avec une grosse brosse ronde et j’ai su à son simple regard que c’était parfait.

Et là, vous vous doutez que ce n’est pas la fin du texte. D’une, on ne vous la fait pas, à vous, quand vous avez commencé à lire ce texte, vous avez bien vu qu’il était long et lorsque vous vérifiez, juste par acquis de conscience, vous remarquez bien qu’il y a d’autres lignes après celles là. Et de deux, vous avez quelques sous de jugeotte (bon, pas tous, y’en a deux-trois, là, je les soupçonne d’être à court) et vous vous doutez que la perfection capillaire n’est pas la même pour une enfant de 4 ans et une adulte.

En même temps, vous n’avez pas vu comme elle était porteuse d’une évidente vérité quand elle m’a dit que je ressemblais à une princesse. Alors mollo les railleries.

Il aura suffit que je me réveille le lendemain avec mon hideuse frange pour que je me souvienne pourquoi la dernière tentative, alors que je devais avoir dans les 8 ans, fût un cuisant échec.
C’est en regardant le reflet bouffi de sommeil de mon minois dans la glace que je me suis donc souvenue que, d’une, j’ai un épi, là, juste devant et de deux, j’ai les cheveux bien trop fins.
Vous voyez la coiffure de Cameron Diaz, dans There’s something about Mary, lors de sa sortie avec Ben Stiller ? Bon, l’armée de potentiels petits Muches ou Petites Muchettes en moins. Mais c’est à peu près le résultat au réveil.

Alors armée de gel (de gel capillaire coiffant en pot, non, je précise pour les rigolos d’humeur un tantinet graveleuse –comment ça c’est moi qui ai commencé ?!), d’un séchoir et d’une grosse brosse ronde, je tire sur le tout, dans un sens puis dans l’autre, je laque lourdement et plutôt satisfaite du résultat, je finis par me dire que ce ne sera pas si fastidieux de répéter ces gestes tous les matins.

Sauf qu’il faudrait les répéter non pas tous les matins, mais toutes les heures pour discipliner l’épi. Toutes les deux minutes en cas de temps humide. Mes cheveux sont en effet d’un tempérament vraiment rebelle et pour peu qu’un peu d’humidité soit de la fête, ils se lancent dans la fidèle reconstitution historique des cheveux de la vipère Nelly Olsen de la Petite maison dans la Prairie s’ils sont de bonne humeur, dans la reconstitution du pelage d’un caniche à poils longs s’ils sont d’une humeur de chien.

Alors si vous voyez une jeune femme avec deux ridicules anglaises ou queues de cochons sur le front, par pitié, attendez d’avoir fini de me croiser avant de sourire.
Et moi, je vais aller apprendre à la Bulle à regarder avec le cœur. Parce que ses yeux sont plutôt mauvais et les serial-ciseaux ont besoin d’une nouvelle victime.


Et après, je réponds aux comms, si, si.