Claquettes zou

Oyez, oyez gentes Dames et beaux Damoiseaux, la complainte de la blonde qui voulait faire des claquettes. Des rires, des larmes, du sang et une petite vieille hargneuse sont au programme. Alors oyez. S’il vous plaît. Faites pas les putes.


En l’an de grâce 2004, dans notre fière capitale parisienne, évoluait une pimpante jeune femme pleine de bonnes résolutions. Elle avait en effet décidé de se mouvoir un tantinet le séant.

Et les mois passèrent. Que les esprits chagrins se rassurent ; non, elle n’avait pas mis son mouchoir sur sa détermination, simplement, il y avait toujours quelque chose de plus urgent à entreprendre (se laver les cheveux, regarder les épisodes de Ranma ½, essayer d’accorder le Yuk’, percer les secrets de la cuisine au micro-ondes, comparer les vertus nutritives de la Taillefine Fiz Agrumes (qui n’est pas amer) et du Coca-Cola light, buter Bowser…)

Or, un magnifique jour de septembre, le 28 pour être précise, alors qu’elle rentrait d’une dure journée de labeur, Dieu lui fit signe. Dieu avait incité un innocent décorateur d’essuie-glaces à enjoliver les pare-brises de la rue avec de petits flyers pour une école de claquettes américaines.

Oui, Dieu. Parfaitement. Petit abrégé des croyances Eulalienne : Dieu est la somme d’exceptions fantastiques. En l’occurrence, cet après-midi, c’est la partie Fred Astaire – Ginger Rogers de Dieu qui a fait un signe.

Ragaillardie par cette bonne nouvelle (chouette chouette, des cours du soir de claquettes à proximité du bureau), elle délesta la voiture du céleste papillon et continua à marcher tout en lisant le prospectus.

Au loin, une vieille manante fit le tour de sa charrette en maugréant, pris le tract et, sans se douter qu’il avait été posé là selon la Toute Puissante volonté de Fred et Ginger, le froissa avant de le jeter dans le caniveau.

Quand l’antique bonne femme vit qu’Eulalie tenait dans sa main un papillon identique à celui qu’elle venait de détruire, elle rentra dans une rage folle :

« - AaAAaAaAaah diabolique vermine colleuse de tracts sataniques sur les voitures ! Vous n’avez pas le droit de faire ça ! Je vais vous poursuivre ! Je vais vous dénoncer ! Vous irez en prison ! »

Eulalie se dit alors à cet instant que si elle avait été noire, l’ancêtre aurait probablement crié qu’on la renverrait dans son pays. Abasourdie par le flot de paroles et la puissance des décibels, elle attendit que le dinosaure termine son couplet puis dit doucement en souriant :

« Non madame, il s’agit d’une méprise, je ne dépose pas ces papiers sous les essuie-glaces, j’ai simplement pris celui là sur une voiture parce que je suis intéressée par l’offre. »

Le vieux dinosaure eut alors un mouvement de recul, le silence se fit cinq secondes environ, et elle ouvrit la bouche :

« - HAN ! Et de quel droit ?! Ce prospectus n’est pas à vous ! Pourquoi osez-vous prendre ce qui n’est pas à vous ?! Si vous voulez des prospectus, ACHETEZ VOUS UNE VOITURE ! Non mais c’est pas possible hein franchement, après faut pas s’étonner non plus si gnagnagnagnagnignagna… »

Eulalie n’attendit pas la fin du couplet de la mère de Lucy. Elle reprit son chemin, serrant le tract dans sa main.

Et elle pensa : « Le chemin vers les claquettes semble périlleux, ne m’en voulez pas, Fred et Ginger, je pense que je vais plutôt me tourner vers le yoga »


Docteur Eulalie et Miss Eilalue

« C’est quoi ce sac Zara, Eilalue ? »

Les apparences sont souvent trompeuses, Eulalie, il ne faut pas s’y fier. Ce sont ces publicitaires qui tentent de faire passer des messages pour éduquer les masses cocaphiles à boire du Schweppes agrumes-qui-n’est-pas-amer qui le disent. Libère ton esprit des préjugés ! Envole-toi vers un monde sans idées préconçues, telle la plume qui danse au fil du vent !

« C’est QUOI, ce sac Zara ? »

Hé, oh, mollo, hein. Ce n’est pas parce que je suis rentrée avec un sac Zara que je reviens de la boutique. Ce sac pourrait très bien être mon centre vital, le nerf de ma guerre quotidienne, la chose sans laquelle je ne suis rien qu’un gargouillis bruyant suppliant qu’on le ravitaille enfin, ce sac pourrait être l’écrin de mon déjeuner quotidien !

« Tu n’as pas besoin d’apporter ta nourriture au travail, ton chef prend en charge tous tes déjeuners. »

... Ce n’est pas parce que je suis encore rentrée avec un sac Zara que je reviens de la boutique. Tu tires tes conclusions bien trop vite ; il pourrait très bien ne pas contenir de fringues, il pourrait être un symbole, le symbole du fardeau que chacun se traîne chaque jour, le fardeau un peu encombrant auquel on s’habitue, le fardeau qui ne contient rien, qui n’est rien, mais qu’on continue à promener avec soi parce que sa seule présence est finalement plus rassurante. Le sac est une parabole, pas très utile pour recevoir Canal+, mais le sac est une parabole !

« On voit un panaché de tissus noir, blanc et rose dépasser. »

OK, mais ce n’est pas parce que je suis encore rentrée avec un sac Zara plein de fringues que je reviens de la boutique. Qu’est ce qui prouve que ces habits sont neufs ? Je pourrais très bien les avoir prêtés à une collègue de bureau qui souhaitait se déguiser en moi pour une soirée costumée en « fille qui ronronne devant Robbie Williams ».

« Tes collègues sont bien trop chargés en testostérone pour porter des jupes ou pour ronronner devant Robbie Williams »


Ouais, mais ce n’est pas parce que je suis encore rentrée avec un sac Zara plein de fringues que cela veut dire que c’est moi qui les ai achetées. Si ça se trouve, je rentrais tranquillement lorsque je me suis souvenue que j’avais laissé des habits dans une consigne à Gare de Lyon, et je suis partie les chercher avant que mon temps de consigne n’expire.

« Les étiquettes sont toujours accrochées aux habits, et sur le ticket de caisse qui dépasse, on peut lire la date du jour. »


La belle affaire ! Comme si ça prouvait que c’était ma carte bleue qui avait réglé tous ces achats ! C’est incroyable que tu n’envisages même pas que c’est peut-être une jeune femme qui, se sentant suivie, à souhaité se délester de ses achats pou fuir plus vite et m’a donné son sac en me remerciant, les larmes aux yeux, de lui sauver la vie en acceptant de la décharger !

« Au Franprix, ce soir, ta carte bleue a été refusée parce que tu as dépensé plus que ta banque ne t’autorise en une semaine, et Monsieur Muche a dû régler tes courses. »


Ça te dit un Schweppes agrumes ?

« Non, le Schweppes agrumes c’est amer »

Bon, ça fait deux semaines que, tous les soirs, en sortant du bureau, je vais faire du shopping. Mais c’est thérapeutique, tu vois, l’exutoire par l’achat, tu vois, faut que je décompresse de mes dures journées, tu vois, parfois mon chef se moque de mon éternuement, tu vois, c’est super sadique comme torture mentale, tu vois, comme si ça remettait tout mon être le plus profond en cause, tu vois, je souffre, tu vois.

« Le Schweppes agrumes, c’est vraiment très amer »

OK, je me lève tous les matins à 7h, et j’estime que lorsqu’on se lève à 7h, le shopping est un DROIT inaliénable. Et si toutes les personnes qui se lèvent à 7 heures du matin allaient faire du shopp… Euh, non, finalement pas, après je n’accèderais plus aux cabines... si toutes les personnes qui se lèvent à 7 heures du matin se donnaient la main pendant que j’accède à leurs portefeuilles, je serais achtement heureuse.


La pique du dimanche

Intérieur, nuit. Monsieur Muche et Mademoiselle Truc sont assis sur le canapé. Monsieur Muche est très concentré sur L'épique du Dimanche, tandis que Mademoiselle s'hydrate les ripatons. Soudain, une douce voix avec un très léger accent ravit les oreilles de Mademoiselle Truc. Souriante, frétillante et heureuse, elle lève les yeux vers la télévision en poussant un petit soupir de satisfaction. Monsieur Muche soupire bruyamment.

M. Muche, irrité – Mademoiselle Chou, cet état second dans lequel vous vous mettez à chaque fois que vous le voyez, en plus d'être outrageant pour moi, est tout à fait indigne de vous.
Melle Truc, distraite – Shhhhh, shhhh ! C'est Bixente !
M. Muche, agacé – BON JE VAIS ALLER ME CHERCHER UN TRUC A BOIRE DANS LA CUISINE, J'AI UN PEU SOIF ! ALLEZ JE ME LEVE DU CANAPE, JE M'APPRÊTE A MARCHER VERS LA CUISIN...
Melle Truc, sévère – Allez vous la fermer ! Il parle !
M. Muche, outré – Ah ! Bisseinté ne parle pas, Mademoiselle Truc, il jargonne vaguement, tout au plus !