Voilà quatre jours que tu tentes d’éclore à la surface de mon menton. Quatre jours que je te regarde en biais dans chaque miroir te reflétant, que je te menace, que je t’implore, que je t’explique que non, vraiment, je te vois venir, tu vas éclore samedi, et samedi, il est inconcevable que j’arrive avec bouton sur le visage à mon entretien.

Hier, tu semblais enfin avoir entendu la voix de la raison (avec Moi dans le rôle de la raison, oui oui), tu me faisais même moins mal. Mais tu as profité de la noirceur de ma nuit (et de ce fabuleux rêve pendant lequel je réussissais à démanteler un important trafic d’armes avec un seul petit flacon de gloss à la pastèque du Body Shop) pour appeler un renfort, Satan, un renfort qui s’est positionné exactement de l’autre côté de mon menton, formant une symétrie parfaite.

Et sur ce coup, Boubou, (je peux t’appeler Boubou ?) je ne te trouve pas très sport.

D’une, appeler des petits camarades pour me faire peur et être en surnombre, je trouve ça mesquin.
De deux, même si je dois saluer la précision d’orfèvre dont vous avez fait preuve, vous placer en parfaite symétrie pour que j’aie l’air encore plus crétin et qu’on ne puisse que vous remarquer, je trouve ça plutôt minable.
De trois, décider de la double éclosion, parce que je sais bien que c’est votre plan, justement SAMEDI MATIN, pour mon entretien numéro deux, afin que je ne puisse pas être à 100% de mes capacités d’embauche, je trouve ça lamentable.

Ton ami et toi êtes donc officiellement congédiés, ainsi que tous vos semblables futurs et à venir. Cette mesure est applicable de suite et non négociable. Merci de débarrasser le plancher avant demain matin 9h.

Fait à Versailles en double exemplaire.

Eulalie.