Non mais sans rire, entre nous, tu y as vraiment cru ? Tu n’as pas vu que ses avances n’étaient motivées que par son manque de discernement ? Tu n’as pas compris que si elle revenait sur son enthousiasme, c’était bel et bien parce que tout cela n’en valait pas la peine ? Que si elle ne te l’a pas dit, ce n’était pas par manque de cran ou de professionnalisme, seulement parce que tu n’en valais pas la peine ?

Et tu croyais que c’était la peur de l’échec qui t’empêchait d’avancer. Alors que depuis tout ce temps, l’évidence était devant tes yeux, et même au fond de toi, sauf que tu refusais de le voir. Ton frein, c’est le manque, non, le manque sous-entendrait que tu en as un peu, l’absence, voilà, l’absence totale de talent. Tu es une bouffonne, attachante peut-être, sympathique parfois, tu fais dans le grand guignol, tu t’enorgueillis d’arracher des sentiments aux bonnes âmes qui s’attardent chez toi, mais tout ça n’est rien, tout ça ne sert à rien, tout ça ne construira rien.
Et les 225 pages, les quelques 80.614 mots n’y changent rien, ni queue, ni tête, ni substance, ni rien, sûrement pas de quoi être fière.

Personne ne se rendra jamais compte de l’énergie que tu as mis là-dedans, personne ne te dira jamais que c’était bien, personne ne comprendra pourquoi tu as passé des nuits blanches, pourquoi tu as annulé des dîners, parce que ce n’est même pas bon à noircir les pages sortant d’une imprimante familiale.
Arrête de tergiverser. Delete et reviens dans la vraie vie. Tu as perdu suffisamment de temps.