Kalinka (Un peu d’humour noir)

L’amour filial, c’est beau comme un accordéon.

Intérieur jour dans la télé de mon intérieur nuit.
Monsieur et Madame X sont à l’aéroport. Ils sont très excités ; l’avion en provenance de Roumanie doit leur apporter le jouet qu’ils ont commandé sur un catalogue d’occasion : un enfant de neuf ans atteint de troubles neurologiques qui l’empêchent de marcher convenablement et qui lui imposent à vie un traitement médical quotidien.

Adrien arrive. Les larmes de bonheur perlent et ruissellent, l’enfant conscient qu’il aura accès à des soins qu’il n’aurait jamais eu dans son pays rit de bon cœur, on immortalise l’instant avec une belle photo souvenir et hop, direction la maison.

Il est accueilli par un comité composé d’enfants (sept, il me semble) également malades (myopathe, trisomique…). Après un léger temps de flottement, il trouve ses repères grâce à une fillette du même âge que lui qui le prend par la main pour l’aider.

Et là, c’est le drame.

Dans la salle de jeux, on colle dans ses mains… Un accordéon.
Si.
Comme j’vous l’dis.
On y a collé un accordéon au p’tio roumain.

Masse téléphage naïve, nous pensions jusqu’alors que les petits roumains accordéonistes arrivaient en France à cause d’une mafia qui les forçait à travailler ensuite pour elle.
Alors qu’en fait, ils sont recueillis et formés très tôt par des familles d’accueil françaises et catholiques qui les réparent pour accomplir leur sombre et machiavélique dessein : casser les oreilles et taper sur les nerfs de tous les usagers du métro jusqu’à ce qu’ils hantent les rues comme des zombies en marmonnant Kalinka.

Alors je me demande quelle sera la première phrase qu’on lui apprendra en français : « bonjour et bon voyage ! », « excuse moi de vous dérange » ou « pour la musique. ».

Je me demande aussi si on peut rendre l’enfant à l’orphelinat et récupérer les sommes engagées (plus dommages et intérêts) s’il finit par guérir.

Et j'éteins la télé.


Le Serbe, brun bouclé aimant trancher des têtes du film "Layer Cake"

"Ne pisse pas dans ma poche en prétendant qu'il pleut."

En même temps, j'avoue que cela ne me serait pas vraiment venu à l'idée, Monsieur le Serbe.

Cake-amity Girl

La ferme envie de bien faire, aussi concentrée soit-elle, qu’on la prenne au saut du lit ou qu’on la fasse mariner avec un quelconque élément permettant de l’épaissir avant de la consommer, ne réussira jamais un cake à votre place.
Cette phrase a comme un goût de déjà lu ? C’est normal. Quand je fais la cuisine, c’est toujours peu ou prou la même histoire. J’ai beau me plonger dans des livres de recettes pour débutants, acheter de bons produits, y passer du temps, y mettre de l’énergie et beaucoup de soin, le résultat est toujours à la hauteur de la poubelle. Et encore. Parfois je peine à la viser.

Cette fois, j’ai testé le cake aux pépites de chocolat. D’où vient cet amour du cake ? Du fait que Monsieur Muche a chez lui un seul et unique moule, et qu’il s’agit d’un moule à cake. S’il avait des ramequins, je louperai des panacotta à la fleur d’oranger. S’il avait un plat carré, je raterai un tiramisu. Mais matériellement, je ne peux m’occuper que du cas cake.

La conception, ponctuée de moult vérifications de proportions, s’est déroulée sans accrocs. Le moule n’a pas rechigné à se faire beurrer, le beurre et le sucre ont adoré se faire fouetter, la farine et la levure n’ont pas formé de grumeaux, et le four a accepté sans broncher ni me brûler d’accueillir le gâteau.

Les ennuis ont attendu quarante minutes que j’insère une lame dans le cake.

- Rodjeur Rodjeur, elle s’approche du cake !
- Confirmez Tango Alpha ! Elle a la lame ?
- Affirmatif Rodjeur !
- OK. Restons calme. Dès que la lame effleure le dessus, on déclenche l’opération.
- OK.
- …
- …
- …
- DESSUS EFFLEURÉ !!
- GO GO GO GOOOO !!!!

Alors assailli par le couteau, le cake a réagi de la façon la plus violente dont peut réagir un gâteau.

« Pschiiiiiiiii ».

« Bloob ».

Le centre est retombé comme un soufflet dans un odieux bruit de dégonflement de ballon de baudruche, creusant un fossé de cinq bons centimètres de profondeur. La lame du couteau, pourtant, est ressortie sèche.

Dépitée, j’ai failli pleurer à l’idée que je ne pourrais jamais recycler cet affreux cake en centre de table s’il s’avérait immangeable.

J’ai profité du temps de refroidissement pour reprendre mes esprits et dédramatiser la situation.

Sauf que la situation a repris seule le cours de la dramatisation et que mon dramatique cake a décidé de soigner sa sortie. C’est ainsi qu’il s’est soigneusement brisé en deux à mi hauteur, exactement à la jointure du chocolat et de l’infâme pâte à base de beurre.

Parce que les pépites n’ont pas souhaité se désolidariser et ont profité des quarante minutes de cuisson pour méticuleusement glisser le long du beurre et brûler au fond du moule, formant une épaisse couche noirâtre qui, à l’heure à laquelle j’écris ces lignes, a déjà découragé deux pics à glace et trois gratounettes.

Et là, ça tremble dans les chaumières. Ai-je tout de même réussi à recycler, tendanciser ou customiser mon cake raté ?
Hin hin.
Hé bien sachez qu’un cake aux pépites de chocolat dont les pépites sont tombées au fond ne laissant plus qu’une pâte gorgée de beurre est parfait pour beurrer la crêpière de la chandeleur (Bing. Hihihi.)

Etonnant, non ?