J’ai essayé de me raisonner afin de penser de façon naturelle que chacun avait des réactions et une sensibilité différentes face à la mort, et qu’on ne pouvait pas juger le comportement des autres. Je suis consciente qu’on ne se sent pas toujours capable de trouver les mots qu’il faut, que certains pensent parfois que tout a été dit et qu’il ne sert à rien de répéter, je suis consciente qu’il y a une part culturelle ou éducationnelle (?) à nos actes, mais.

Mais je déborde de peurs, de larmes, de douleur. Cela se sait, cela se voit, et au-delà de ces « cela », c’est évident.

Et sans vouloir être psychanalysée ou tenue à bouts de bras, il y a des baisers que j’aurais aimé recevoir, des signatures que j’aurais aimé lire, des présences que j’aurais aimé sentir. Il y a un service, important à mes yeux, que j’aurais aimé voir rendu.

Qu’on ne me parle pas de respect de ma douleur. Le respect, c’est de s’effacer si la personne le demande. Pas de l’isoler malgré elle. Il n’y a pas de respect dans ce type d’absence. Il y a de la flemme, du manque d’envie, du manque d’affection, peut-être un gap d’éducation. Mais sûrement pas de respect. Ce n’est pas du respect de ne pas faire « l’effort » d’envoyer un mail, un message, une carte.

Il y a des dizaines de formules toutes faites. Et lorsqu’on reçoit quelque chose, les mots importent peu. Mais les sentiments qui ont été mis dedans, le fait qu’une personne qu’on aime se soit unie à notre chagrin, comptent.

Il paraît que dans les coups durs, on reconnaît ses amis. Alors ça, c’est fait ; j’ai trop d’une main pour compter ceux que ma peine peut toucher, ceux qui tiennent à moi.

Pourtant, il y aura eu de belles découvertes.

Certains lecteurs qui ont pris le temps de me témoigner leur sympathie et leur affection. Ceux qui ont souhaité partager avec moi leurs deuils et leurs histoires. Ceux qui m’ont donné de la lecture. Ceux qui ont cherché à répondre à mes angoisses avec des phrases bibliques ou des citations de prophète.

Certaines certitudes auront aussi été confortées. Ma cousine est décidément bien lumineuse, et son moustachu de mari, décidément bien formidable.

Et mon amoureux est vraiment un être extraordinaire.

Passée l’aigreur de cette solitude imposée, c’est cela que j’essaierai de garder, les belles découvertes. Histoire de bien utiliser mon énergie.