Le procès

Intérieur, soirée. Le rideau se lève sur la 66ème minute du match de football qui oppose Monaco à Toulouse. Titou sors de la cuisine en trombe et fixe la télévision. Il frappe violemment le dossier du canapé. Eulalie, assise, était à ses recherches de FAI.

Titou, agacé - Enfer et damnation ! C’est infernal ! Cela fait 1h15 que je suis dans le salon avec le match de foot, je n’ai pas bougé une seule fois, le match est ennuyeux, le score reste 0-0, et il a suffit que je sorte de la pièce 20 SECONDES pour qu’il y ait but !
Lilli, habituée - C’est toi qui es infernal ; tu connais parfaitement cette loi, et tu t’obstines tout de même à sortir de la pièce.
Titou, grave – Parfois, un homme doit sortir de la pièce.
Lilli, dure – Cette excuse n’est pas recevable. Si tu étais au stade, tu ne serais pas sorti. Tu serais resté assis.
Titou, accablé – Non, mais là, j’ai faim.
Lilli, blasée – Cela fait 5 ans que tu me répètes cette loi en t’indignant, il faut désormais que tu tires des enseignements de tout ça et que tu prennes tes dispositions, mon grand. Quand on connaît les conséquences que peuvent avoir nos actions, on agit de façon à ce que nos actions n’aient pas les conséquences que l’on redoute.
Titou, se justifiant – Non, mais c’est pénible, mais pas aussi pénible que de rester bloqué 1h30 dans son salon, donc c’est pénible, mais ça serait plus pénible de l’éviter.
Lilli, déduisant – Alors arrête de râler, René.
Titou, agacé – Non, je râle parce que c’est une situation pénible et j’ai le doit de râler quand même !!!!!
Lilli, expliquant – Si tu n’es pas disposé à l’éviter, c’est donc que tu l’acceptes, donc tu ne peux pas râler.
Titou, crispé – Mais si je peux râler ! Je râle comme lorsque je suis confronté à n’importe quelle situation pénible !
Lilli, développant – Mais non ! Tu es confronté à une situation pénible > tu râles > tu essaies de trouver une solution pour ne pas avoir à revivre cette situation > il y a une solution > tu n’es pas disposé à l’appliquer > tu connais les conséquences de sa non application > tu le fais quand même > tu te tais. Tu peux râler si tu es confronté à une situation que tu n’as jamais rencontrée auparavant et que tu ne sais pas comment contrer, là, oui. Mais sinon, non.
Titou, râleur – Tu es pénible à toujours m’empêcher de râler.
Lilli, pragmatique – Je ne suis pas pénible, je suis pragmatique.
Titou, contestataire – Tu es pragmatique, mais tu as tort.
Lilli, humble – non, j’ai raison, et c’est parce que tu sais que j’ai raison que tu me trouves pénible et que tu penses que j’ai tort.
Titou, péremptoire – Non.
Lilli, bornée – Si. Juste que tu es trop borné pour le reconnaître.
Titou, se défendant – Non. D’ailleurs, tu fais parfois la même chose que ce que je viens de faire, et je ne te dis pas de te taire. Ça prouve qu’on a le droit de râler.
Lilli, insurgée – Je m’insurge. Ne regardant jamais le foot, je ne sors jamais de la pièce alors que l’attaquant finit par monter aux buts, donc je ne rate jamais de but, donc je ne râle pas, donc il est logique que tu ne me dises jamais de me taire, puisque je ne le fais jamais. Va falloir trouver mieux mon petit bonhomme.
Titou, mauvaise foi – Si tu le fais ! J’ai la preuve !
Lilli, charitable – Le jury demande à voir la preuve, et consentira à l’ajouter au dossier et à en débattre si elle s’avère pertinente et recevable. Ce qui est une faveur étant donné qu’elle n’a pas été annoncée au préalable.
Titou, développant – Quand tu me dis « J’en ai marre, je suis un tas », ce qui est ENTIEREMENT faux, tu fais EXACTEMENT la même chose.
Lilli, décisionnaire – Le jury étudie la preuve. Le jury refuse la preuve : il serait trop long de débattre sur ce sujet. Il faudrait pour cela définir la conception du « tas », conception qui peut varier selon les individus. Nous aurions en plus besoin d’un nombre impair d’experts et de psychologues, et nous ne les avons pas ce soir.
Titou, révolté – Objection ! L’accusation essaie de noyer le poisson !
Lilli, autoritaire – Cela suffit, Maître, l’accusation ne noie rien du tout, c’est le jury qui a décidé en son âme et conscience ! Si vous continuez à proférer des calomnies, je demande un ajournement d’audience !
Titou, arguant – La défense tient à faire remarquer que le terme « tas » n’est pas systématiquement celui employé, on a aussi entendu « trop grosse », « j’aime pas mon bide » ou encore « mes pantalons ont encore rétréci », ce qui ne laisse pas de doute quand à l’idée que la plaignante tient à faire passer.
Lilli, solennelle – Ces termes ne pourront faire l’objet d’un débat en l’absence d’expertise. C’est bien trop conceptuel alors que nous traitons un sujet concret.
En l’absence de preuve digne de ce nom, donc, le juge va rendre son verdict.
« Monsieur Titou *** *** est sommé d’arrêter de râler lorsqu’un but est marqué alors qu’il a quitté la pièce parce qu’il n’avait pas pris de dispositions élémentaires pour ne pas avoir à le faire. Séance levée. »
Titou, indigné – C’est une parodie de justice ! Si c’est comme ça je vais manger ! Dictatrice !
Lilli, paisible – Justice a été rendue.
Titou, à la charge – Tu sais ce qui est pénible ?
Lilli, dans un soupir – Oui. Toi.
Titou, joueur – Nan.
Lilli, assurée – Ah, si.
Titou, vif – Nan. C’est qu’il y a toujours un but quand je sors de la pièce. C’est relouuuuuuu !!

Titou part en courant.
Eulalie soupire.
Le rideau se ferme.



L’escroquerie à la Télé2

Temps de préparation : 4 mois
Difficulté :
Ingrédients : 10 g de poudre d’accalmie, 10 g de gentillesse moulue, 200 g d’agacement concassé, une cuillère à café de naïveté, trois gouttes d’essence de médiocrité, une cuillère à café de gentillesse et de compassion pour les hotliners, 0,1 g de professionnalisme, trois louches d’incompétence aggravée, trois litres de j’men foutisme, deux louches de mauvaise foi, trois bolées de toupet, trois brins d’herbe d’apathie, 50g de graines de mensonge éhonté, 80 g de poudre de modem dysfonctionnant sous garantie, de la poudre de modem dysfonctionnant à 0% de garantie, une Eulalie, une poignée de techniciens, un chargé de relation clientèle, un superchargé de relation clientèle, du film plastique de nouvelle excuse en toc, un rouleau d'alu d'espoir.

Recette :
Début septembre
- Dans un grand fourre-tout, portez à ébullition l’incompétence aggravée. Incorporez les trois litres de j’m’en foutisme. Laissez macérer la poignée de techniciens et le superchargé de relation clientèle dans le mélange avec l’herbe d’apathie, les graines de mensonge éhonté et les bolées de toupet.
- Pendant ce temps, montez l'Eulalie en neige. Incorporez délicatement les cuillères de naïveté et de compassion pour les hotliners. Saupoudrez la gentillesse et 10 g d’agacement. (De légères étincelles peuvent apparaître à ce moment précis ; ne pas s’en inquiéter) Remisez le tout au frais.

Première semaine de septembre
- Saupoudrez l'Eulalie de 10 g poudre de modem dysfonctionnant sous garantie.
- Remisez la au frais.

Mi septembre
- Dans une cocotte, faites revenir les deux louches de mauvaise foi. En fin de cuisson, rajoutez les trois gouttes d’essence de médiocrité. Une terrible puanteur va alors émaner de la cocotte ; pas d’inquiètude, c’est normal.
- Sortez le superchargé de relation clientèle du grand fourre-tout, émincez le et faites le macérer dans la cocotte. Remisez dans un endroit sans lumière.
- Saupoudrez l'Eulalie de 10 g de poudre de modem dysfonctionnant. Attendez la réaction. (L'Eulalie doit rougir un peu)
- Plongez l'Eulalie dans le grand fourre-tout. Sortez la au bout de 30 minutes. Attendez qu’elle redevienne blanche (cela peut prendre de 10 minutes à 2 heures), enveloppez la de film plastique de nouvelle excuse en toc, puis remisez la au frais.

Octobre et novembre
Répétez les deux dernières opérations de fin septembre tous les 10 jours environ. Fin novembre, il se peut que l'Eulalie ne dérougisse plus totalement.

Mi décembre
- Saupoudrez l'Eulalie de 10 g de poudre de modem dysfonctionnant à 0% de garantie.
- Plongez l'Eulalie dans le grand fourre-tout. Sortez la au bout de 30 minutes. Attendez qu’elle redevienne blanche (cela peut prendre de 2 à 6 heures, en fonction de la façon dont elle a réussi à négocier l’envoi d’un nouveau modem sans avoir à le payer), puis remisez la au frais.

Troisième semaine de décembre
- Sortez l'Eulalie et laissez la se mettre à température ambiante. Incorporez très tendrement les 10 g de poudre d’accalmie. Elle deviendra aérienne. Laissez la à température ambiante.

Première semaine de janvier
- Une fois les effets de la poudre d’accalmie dissipés, plongez l'Eulalie une nouvelle fois dans le grand fourre-tout. Saupoudrez le tout de 10 g de poudre de modem dysfonctionnant à 0% de garantie et de 20 g d’agacement concassé. Remuez le tout.
- Sortez l'Eulalie et enveloppez la dans un film plastique de nouvelle excuse en toc.
Recommencez l’opération la deuxième semaine de janvier en l'enveloppant d'une double couche de film plastique de nouvelle excuse en toc.

Début de la troisième semaine de janvier
- Saupoudrez l'Eulalie de 20g d’agacement concassé.
- Plongez la dans le grand fourre-tout. Battez vigoureusement le mélange pendant environ 3 minutes, puis sortez l'Eulalie.
- Faites bouillir le chargé de relations clientèle dans un récipient contenant deux fois son volume d’eau mélangé à 0,1 g de professionnalisme.
- Plongez l'Eulalie avec le chargé de relations clientèle pendant environ 10 minutes, puis sortez la après l'avoir enveloppée dans de l'alu d'espoir.
- Un quart d’heure plus tard, plongez la dans la cocotte dans laquelle macère le superchargé de relation clientèle. Au bout de 10 minutes, saupoudrez la de 130 g d’agacement, puis sortez la de la cocotte.

Il est possible qu'elle soit tellement écarlate qu’elle ne puisse pas redevenir blanche, mais pas d'inquiétude : plus la couleur est écarlate, meilleure est l’escroquerie.


Voila comment la troisième semaine de janvier, Eulalie apprendra qu’elle attend en vain le nouveau modem. C’est ballot, mais ils ne peuvent pas faire d’échange parce que au moment de la demande du technicien, le vieux modem n’était plus sous garantie. Et si les soucis ont commencé avant, et si à cette époque il était encore sous garantie, ce n'est pas de leur faute.
Quand est-ce qu’ils lui auraient dit, qu'elle attendait en vain, si elle n'avait pas fini par appeler le service résiliation ? Ah ben jamais, ils n’allaient pas prévenir, enfin, ils n’ont pas que ça à faire, ils ont plein de modems à ne pas livrer, tout de même.
Et non, ce n’est pas de la faute des techniciens s’ils ont fait traîner le dossier trois mois. C’est la pro-cé-du-re. Les garanties, chez Télé2, sont comme les passeports pour aller dans certains pays. Pour que cela soit valable, il ne faut pas que cela expire six mois plus tard.
Mais la bonne nouvelle, c’est qu’elle pourra leur louer un modem qu'elle paiera tous les mois. Alors, le coeur léger, elle ne dira pas que les individus travaillant pour Télé2 sont effarants d'incompétence, parce qu'ils ne sont pas médiocres ; ils sont même très doués en escroquerie organisée, et ils cartonnent quand il s'agit de ne pas trouver de solution.



Et Eulalie de chercher un nouveau fournisseur d’accès. (Dès qu'elle sera ressucitée)

La fibre paternelle

Je n’ai rien vu venir. Tels de vaillants bandits mexicains avides d’or, les choses suivaient leur train qui roulait paisiblement.
Mais hélas, mes yeux n’étaient pas ouverts sur la dure réalité, embués qu’ils étaient par un halo rosé de bonheur béat.
Un soir, alors que les aléas du travail m’avaient ramené au bercail après une longue semaine à Bangkok, je tombai sur une Mademoiselle Truc en larmes. Je lui demandai la raison de cette lacrymatoire attitude. Pour toute réponse, elle posa sur ma misérable personne son grand regard bleu alourdi de tristesse. Quiconque a déjà vu ce regard là sait qu’il est impossible de le fixer sans avoir l’impression d’avoir commis un crime atroce. Mes habitudes ne sont pas de fuir mes responsabilités mais ce n’est pas sans un tremblement certain dans ma petite voix que je quémandai une explication.

Elle me dit « Muche, quand nous avons décidé de partager les beaux moments de notre vie, vous m’avez abreuvée de belles paroles. Vous m’avez promis de me soutenir dans les moments difficiles et d’alléger un peu ma charge. J’avais été honnête avec vous, je vous avais prévenu que le fardeau était lourd. En riant comme s’il n’en était rien, vous m’aviez assuré que vous seriez là, contre vents et marées et que je pouvais compter sur vous. Oh oui, il est vrai qu’au début vous avez été présent, vous n’avez pas ménagé vos effort. Mais avec le temps, votre travail vous a accaparé, vous m’avez délaissée et maintenant je me retrouve seule à m’occuper du petit. Pourtant, vous savez à quel point il exige dévouement et attention. J’en suis venu à croire que vous ne l’aimez pas. »

Je le confesse, chacun des mots prononcés était l’expression de la vérité nue. Des flots acides de remords inondaient mes entrailles et mon cœur blessé n’était plus qu’une piteuse loque dévorée de honte. Je n’avais pas écrit de texte pour nourrir le blog depuis deux mois, laissant à ma pauvre dulcinée le soin éreintant d’assouvir sa faim gargantuesque.

Mais Truchidouce n’est pas la bonté personnifiée par hasard. Elle m’a laissé une nouvelle chance.

Malheureusement, je n’ai rien à dire.

Lycéenne brune croisée dans la rue

A son amie :
"Han la prof de physiques ! Vas-y on la suit ! La vie d'ma mère je la suis moi !"

Les jeunes d'aujourd'hui, c'est trop des guedins.

Les mots clés



* Sa Majesté Princesse Capiton
** Sa Sublimissime PrincessH
*** Lisa Mandel, voir notes 60 et 61
**** Mnémo
***** Tonton5
****** Mamawasa