Les amis de Monsieur Muche ne sont pas évidents à rencontrer ; ils habitent très loin, et le voyage n’est pas des plus reposant, tant physiquement que moralement. Plus loin que de l’autre côté du périph, plus loin que la grande banlieue, plus loin même que la province ; les amis de Monsieur Muche habitent dans une sombre contrée surpeuplée : la planète mariés-avec-enfants-avec-amis-mariés-avec-enfants-qui-ont-des-amis-mariés-avec-enfants-aussi.

Un monde bizarre qui a été ravagé par un virus pire que la gastro : la grossesse galopante.

Dans le monde normal fait de sorties, de cinémas, de courses au Franprix et de soirée pub entre [mes] potes à boire des binouzes, la grossesse est un phénomène biologique principalement situé dans le ventre du spécimen féminin qui débouche généralement sur la naissance d’un petit gigot geignard.

Dans leur monde à eux, la grossesse est un phénomène biologique qui semble attaquer l’ensemble du corps, cerveau compris, et qui, une fois le mouflet expulsé, continue à leur attaquer le bulbe jusqu’à ce que toute réflexion ne puisse plus tourner qu’autour d’un seul centre d’intérêt : les minots.

Et les jeunes femmes de conter leurs accouchements respectifs, leurs expériences de la péridurale, l’allaitement, les nuits, les dents, l’école, les premiers pas, les hésitations sur les prénoms, les problèmes de nounou, les dispositions légales à connaître pour embaucher une aide à domicile, et puis les séances de kiné, et puis les otites, et puis rhahahahaaaaaa !!

Et les maris d’intervenir de temps en temps pour apporter un éclairage un peu cynique ou bien simplement scientifique couvés du regard par le bloc de guimauve épanouie souriant à leurs côtés. Rhahahaaaaa !

Et Monsieur Muche de tenter de faire dévier le débat vers des cimes un peu moins mater/paternelles, de façon trop subtile malheureusement pour que les procréateurs obsédés comprennent qu’une gamine de 25 ans, moitié féminine de leur grand-ami-bien-en-âge-de-connnaître-les-joies-de-la-paternité est dans l’assistance.

Et Eulalie de s’enfoncer chaque seconde un peu plus dans le canapé, de tenter vainement de se noyer dans son verre, et de finir par cracher son cidre par le nez lorsque mari n°2 lui proposera de lui prêter leur Bible de prénoms.


Un livre de prénoms ?!
Moui, à la réflexion, cela pourrait être utile. La playstation n’a pas encore de prénom.


«- Monsieur Muche ! Aglaé réclame son jeu !
- J’ai préparé un Tekken, ne reste plus qu’à le lancer. J’arrive tout de suite.
- Gouzi gouzi gouzi ! N’avait des très jolies petites leds mon Aglaé d’amour. Doubidoubidou ! Croi- croix carré rond carré et tri-anngleu, lalalalaaa !
- Et puis ces petites manettes, ouuuuh ces petites manettes d’amouuur ! Je fonds quand elles vibrent dans mes mains ! »