Eulalie la Niaise

Trois semaines que le nouvel ordi doit revenir dans 48 heures.
- Mademoiselle Eulalie, cette phrase est incorrecte et ne veut strictement rien dire.
- Je sais, Madame, je sais, mais pour les réclamations, il faudra que vous voyiez le SAV Compaq.


100 fois sur le cadran j’ai composé le numéro, et j’ai enfin accédé à l’Atelier des Dieux de la Réparation Informatique.

Le Saint Homme m’a expliqué que le modèle était très récent et que mon exemplaire avait été le premier à être rappelé à sa droite.
Bon, OK. C’est possible. J’étais hors délai pour suspendre mon abonnement à Murphy Inc, et je suis repartie pour un an.

Il a ajouté que comme c’était le tout premier retour, ils avaient préféré identifier le problème au lieu de m’en envoyer un autre qui aurait pu avoir le même défaut.
Bon, OK, un SAV consciencieux, cela paraît antinomique, mais pourquoi pas.

Il m’a ensuite dit qu’ils avaient même bloqué les chaînes de productions parce qu’ils ne voulaient pas qu’il y ait d’autres retours.
Bon, OK, je suis responsable du chômage technique de quelques employés qui, sur ce, vont s’arsouiller sévère en jouant au baby foot au café du coin et qui rentrent bourrés trop tard pour embrasser leurs babys choux à eux. On peut aussi me reprocher les licenciements sans indemnités de chefs de projet qui vont bientôt perdre famille, maison et 307 CC.

Il m’a également confié qu’ils avaient interdit aux revendeurs de les commercialiser, et que par conséquent, le V4147EA n’était plus en vente sur terre.
OK, je suis la cause de la baisse du chiffre d’affaire de HP, dans un mois ils déposent le bilan et licencient à tour de bras. J’espère juste que ce n’est pas Acer qui récupère les clients, parce que chez Acer, c’est vraiment des buses. (Et je ne parle pas des imprimantes)

Il m’a enfin assuré que l’erreur avait été identifiée, qu’un nouveau modèle partait l’après-midi même via UPS (Union des Perfides Siphons) et que je l’aurais le lendemain, ou, au-pire-du-pire-je-vous-le-promets, le surlendemain, allez-en-paix-ma-sœur.

Quand j’ai raccroché, je débordais d’amour pour cette fantastique entreprise, pour ce merveilleux homme si rassurant, (en tout bien tout honneur, n’est-ce pas) et, par extension, pour toute cette sublime chaîne de compétences qui allait me rendre mon petit bijou et son écran 15’4.

Le hic, c’est que cela fait 9 jours aujourd’hui, et que ma ferveur a pris une toute autre dimension.

Il y a 9 jours, je me sentais exceptionnelle d’être à l’origine d’une telle chaîne de catastrophe et d’avoir pu accéder à la parole d’un Saint Ingénieur Informaticien.
Aujourd’hui, lorsque je repense à tout ce baratin en bois qu’on m’a servi et auquel j’ai adhéré avec l’application d’une ménagère de moins de 50 ans devant les émissions pédagogiques de M6, j’ai surtout envie de mettre ma tête sur le clavier du portable et de plier l’écran très fort.

Manque

Mes yeux ne dégonflent pas depuis qu’il a cessé de respirer.
Les images et les sensations non plus, ne me quittent pas. La mollesse de son corps dans la couverture, l’impression qu’il dort dans la boîte en bois, et cette puissante envie de le secouer pour le réveiller. L’image de Papou qui cloue le couvercle puis décloue avant de poser le marteau, de soulever la planche et de s’effondrer.

J’ai attendu que le chagrin passe. « Bêtes à chagrin », on sait bien qu’on leur survit, pourtant, au fond, mais bêtement, le temps passant, on a tendance à l’oublier.

Je laisse les jours passer, et je sens juste la sensation de manque s’amplifier. Tout le quotidien se trouve altéré, mais je garde mes habitudes, automatismes inconscients.

J’attends en vain d’être bercée par ses ronronnements.
Je me réveille en passant mes jambes dans mon lit parce que je ne sens pas le poids de son corps.
Je range mes baskets dans le placard.
Je secoue ma couette dehors.
Je jette un coup d’œil aux fenêtres pour regarder s’il ne miaule pas pour rentrer.
Je regarde par la fenêtre de la cuisine pour regarder s’il dort dans son panier.

Mais il n’y a plus de panier dehors, comme il n’y a pas d’eau à verser dans sa gamelle, comme il n’y aura plus de pain beurre à partager, ni de jambon à filer en douce sous la table.

Je prends jour après jour conscience qu’il ne sera plus là.

Nouveau carnet, et c’est moiii qui l’ai fait !

Attention, c’est tout neuf et tout propre, alors n’oubliez pas les patins, ne mettez pas vos sales pattes sur les murs et ne tirez pas la queue du zèbre.

Bête à chagrin

Hier, à 12h, le Roux est tombé sur le flanc gauche. Il ne respirait plus. L'envelopper dans une couverture et courir chez le vétérinaire n'a servi à rien. Il était déjà mort.
Nous l'avons enterré dans le jardin, sous les pins, aujourd'hui, à 12h.

Eulalie, blonde à lunettes en pleine geekisation

"Han le pied ! Le template.php gère le html, je vais pouvoir faire des target=_aboutblank dans le footer !"