Suicide Blonde

Mam, passionnée - (…) et en fait, donc, Joe Dassin continue, même après sa mort, à vendre énormément de disques. C’est fou, non ?
Lilli, moqueuse - C’est tout simplement hallucinant, en effet.
Mam, passionnée - Non, mais Joe Dassin ! Vendre encore après son suicide autant de disques que Dalida !
Lilli, réfléchie - Alors, tu penses que c’est dû à quoi ? Au suicide ou au strabisme ?
Mam, catégorique - A la formidable conjugaison du strabisme et du suicide, cela ne fait aucun doute.%% Lilli, réfléchissant - On parle encore beaucoup de Marylin Monroe, elle ne louchait pas.
Mam, assurée - Elle a été assassinée.
Lilli, cherchant - Hmmm… Kurt Cobain, il doit vendre encore pas mal de disque, il est repris et encore diffusé à la radio, et pas sur Nostalgie, et à part peut-être quand il avait les cheveux devant les yeux, il ne louchait pas.
Mam, sûre d’elle - Kurt Cobain ne s’est pas suicidé.
Lilli, sûre d’elle - Si, il a même laissé une lettre.
Mam, balayant l’idée - Ça ne prouve rien.
Lilli, agacée - Je te dis qu’il s’est suicidé !
Mam, autoritaire - De toute façon, ça ne compte pas, ça fait pas assez longtemps qu’il est mort.
Lilli, réfléchissant - Claude François ne louchait pas.
Mam, catégorique - Il ne s’est pas suicidé.
Lilli, rieuse - Prendre son bain avec un séchoir branché ça n’est pas du suicide peut-être ?!
Mama, outrée - Ce que tu peux être de mauvaise foi !
Lilli, « je l’aurais un jour » - Bon, Mike Brant, il ne louchait pas.
Mam, péremptoire - Il ne s’est pas suicidé Mike Brant !
Lilli, railleuse - Ah ? Se jeter du 6ème étage d’un immeuble c’est pas un suicide ? Il avait juste raté une marche peut-être ?
Mam, triste - C’est moche de se moquer d’un mort maladroit.
Lilli, fatiguée - Bon, Nino Ferrer, il louchait pas.
Mam, tranchante - C’est parce qu’il s’était fait opérer.

Plus tard.

Melle Truc, l’air de rien - Il s’est suicidé comment Joe Dassin ?
M. Muche, occupé - Joe Dassin ne s’est pas suicidé.
Melle Truc, étonnée - Comment ça Joe Dassin ne s’est pas suicidé ??
M. Muche, doux - Non, il est mort d’une crise cardiaque à sa descente d’avion.
Melle Truc, catégorique - Mais si il s’est suicidé !
M. Muche, calme - Promis que non.
Melle Truc, catégorique - Mais si !!
M. Muche, documenté - Joe Dassin est mort d’un arrêt cardiaque le 20 août 1980 à Tahiti.
Melle Truc, catégorique - Mais non enfin ! Je vous dis qu’il s’est suicidé ! Ah mais alors !
M. Muche, sûr de lui - JE VOUS DIS QUE NON !
Melle Truc, agacée - JE VOUS DIS QUE SI !
M. Muche, paisible - D’où vous vient cette idée farfelue ?
Melle Truc, perdant pied - Mais ! Mais ! Allez-vous cesser cela ! Joe Dassin s’est suicidé. D’une crise cardiaque, peut-être, mais il s’est suicidé.
M. Truc, pacifique à rictus - Si cela vous arrange…

Famille Eulalie, mauvaise foi de mère en fille depuis 1911.

Deuxième rideau sur la gauche

Melle Truc, cherchant à se faire plaindre - Depuis que je me le suis foulé, mon gros orteil gauche ne peut plus plier comme le droit, vous voyez ?
M. Muche, absorbé par sa lecture - Vous devriez peut-être essayer de le forcer, faire de la rééducation, c’est souvent se faire un peu mal.

Je ne vois pas l’intérêt de rééduquer un gros orteil. A quoi cela peut-il bien me servir de pouvoir le plier comme avant ? Ce n’est pas comme si je montais régulièrement aux arbres, ou bien comme si je projetais de le faire. Quoique…

Melle Truc, coquine - Pourquoi dites-vous cela ? Vous projetez de me faire grimper aux… arbres dans un futur proche ?
M. Muche, moins absorbé par sa lecture - Cela se pourrait, en effet.

Et voilà comment je me suis retrouvée à tenir des grands drapés en velours rouge à deux mètres du sol. Sans les orteils de pieds. CQFD.

En guise d'introduction

« Hello les amis !! »

Non, ce n’est pas bon. Si ce genre d’entrée en matière convient parfaitement au rustre franchissant la porte de sa taverne favorite pour se vautrer en ribaudes alcooliques avec ses camarades de beuverie, elle ne convient que modérément au gentleman s’adressant à d’honorables visiteurs en quête d’élégance teintée de bon goût.

« Bienvenue dans mon humble demeure »

Oncques goûte sûrement avec bonheur ce genre de phrase quand il franchit fourbu la porte du logis de son hôte après une harassante chevauchée ; mais à vos yeux elle ne siérait en aucun cas car, si la bienvenue est certes ardemment souhaitée au voyageur de passage, cet espace, aussi confortable soit-il, ne saurait être qualifié de demeure. Quant à l’humilité, cela m’étonnerait fort qu’elle accepte d’être vue à mes côtés.

« Entre ici Jean Moulin ! »

L’allusion est cocasse et me fait pouffer sur ma chaise. Mais Melle Truc me fait remarquer à juste titre que mes propos ont beau être souvent décousus, cet endroit ne ressemblera certainement pas au Panthéon.

- Mais alors dites-moi Truchinette, vous qui avez dans votre besace une solide expérience diariste, auriez-vous la bonté de prendre le néophyte que je suis par la main afin de le guider vers la voie de la première note réussie ?
- Soyez simple Muchigrou, soyez sobre et surtout soyez élégant. Mais il vous faudra aussi être drôle, bouillant, passionné, enjoué mais sans trivialité, pétillant sans être saoulant, léger et grave à la fois. Il faudra aussi que l’on sente votre horreur de l’injustice, votre droiture et que vous aimez bien les chaussettes bleues. Et ce dès le premier mot bien entendu.
- …
- Sécheriez-vous Greugrugrigrougrouchou ?
- Non, non, ça devrait aller.

« Youpi ! »

Get 27 lag

L’ennui, quand on s’acoquine avec un vieux, c’est que le vieux a une petite santé. Ce week-end, par exemple, il m’a préféré son lit, sa couette et son médecin. Alors, portant le deuil de son absence, solitaire larmoyante et désespérée, (ah ? j’en fais trop ?) j’ai décidé de garder la chambre et de regarder de plus prêt Google Earth.

Première étape, comme tout le monde, j’essaie, sceptique, de trouver ma maison. Et sous mes yeux ébahis, son toit bleu et le jardin autour apparaissent. Séquence émotion, j’entends déjà la voix de Jacques Pradel dans ma tête quand je décide de chercher l’ancienne maison de Mado. Lorsque je l’aperçois, avec le vieux tilleul à la balançoire et le champ des moutons, Jacques Pradel est rejoint par une tripotée de Bisounours.

Il y a du Michael Jackson dans Google Earth. Vus du ciel, we are the children, we are the one. Toutes les villes se ressemblent, tous les hommes, toutes les voitures, tous les arbres, tous les fleuves ! Si seulement les petits rachitiques pouvaient arrêter de faire des croche-pieds aux grands herculéens, si l’Amazonie pouvait laisser un peu plus de places aux humains, si les voitures pouvaient arrêter de ronger leurs plaquettes de freins, si les bonzaï pouvaient cesser de se moquer des chênes hautains, et si les chênes pouvaient avoir plus de sympathie pour ces enfoirés de roseaux suburbains (si, si, les roseaux suburbains), que le Monde serait beau !

OK, ce n’est pas vraiment vrai. Du ciel, toutes les villes ne se ressemblent pas. Saluons d’ailleurs à ce sujet l’ordre quasi militaire qui règne dans les villes américaines. C’est tellement bien rangé que cela pourrait presque atténuer une épouvantable déception : la statue de la Liberté, c’est trop une naine.

Par contre, il paraît que de l’espace, on est censé apercevoir la Muraille de Chine ; je ne l’ai pas du tout vue. Peut-être le cliché a-t-il été pris pendant ses vacances. Peut-être que la muraille de Chine passe ses vacances en Irak, et que c’est pour ça qu’on pense voir des missiles. A moins que cela ne soit des lanternes.

Dans le doute, faudrait peut-être aller bombarder tout ça. Par précaution. Dieu sait ce que des Irakiens sont capables de faire avec des lanternes !

Le monde à ma portée, j’ai décidé de réaliser un de mes rêves : aller à Reykjavik. Mais Reykjavik n’est pas référencé dans les villes. C’est le coeur gros que je suis donc allée visiter le pôle nord, à la recherche d’ours blancs. Bien entendu, je n’en ai pas trouvé. C’est logique. Paraît qu’ils crèchent dans des îles perdues du Pacifique, maintenant. Et qu’ils se font décimer par des rescapés bibliques. C’est cher payé du bronzage de la truffe. Quels snobs.

Après tout ce blanc, direction l’Amérique du sud, à la recherche de la forêt amazonienne. Super décevante, la forêt amazonienne. Tu t’attends à des perroquets, des crocodiles, des mygales géantes, mais comme ces fourbasses de chez Google n’ont informé personne quand ils ont fait leur photo, les autochtones n’ont rien préparé. S’ils avaient prévenu, nous aurions très certainement fait faire une banderole avec des « merde à çui qui lira » écrit en 12 langues. Histoire de représenter un peu le digne humour normand. Bref, la forêt amazonienne, c’est vert. Juste vert. Parfois, tu crois apercevoir un mouton, mais ce ne sont que des nuages en forme de mouton de l’espace. Ça, ça aurait plu au petit prince. C’est peut-être ça que saint Ex cherchait, quand il pilotait. A dominer tous les moutons du ciel. (C’que je peux être poète, des fois)

Tout ça pour vous dire : le get 27, ça fait des dire conneries. Et aussi, désolée pour la vague de vomis d’hier soir ; c’est moi qui ai retourné la planète dans tous les sens.

Rombière, robe, air, roberts, rots, bière (1)

M. Muche, attentionné - Je vais vous acheter votre pack de despé, pour que vous puissiez vous rafraîchir tout en rotant peinarde.
Melle Truc, effarée - Quelle image ! Il se prend un coup, là, le petit être délicat !
M. Muche, étonné - Ah ? Vous frappez un otage à chaque fois que je dis un truc qui ne vous plaît pas ?
Melle Truc, estomaquée - HAN !
M. Muche, mielleux - Pardon, c’est le mot « petit » qui m’a induit en erreur, vous êtes tellement grande, Mademoiselle Truc de mon cœur !
Melle Truc, boudeuse - Mouais.
M. Muche, romantique - Bon, c'est vrai que c'est pas exactement une image pleine de poésie et de raffinement, mais je ne veux que votre bonheur, même si cela doit sentir le houblon et la tequila.
Melle Truc, après réflexion - Non, en fait, c'est le mot « peinarde » qui doit clocher : « je vais vous acheter votre pack de despé, pour que vous puissiez vous rafraîchir tout en rotant avec la distinction qui vous caractérise », c'est mieux.
M. Muche, intrigué - Vous levez le petit doigt en rotant ?
Melle Truc, songeuse - Je pourrais.
M. Muche, pragmatique - Ce serait un plus au niveau de l'élégance. Surtout si les murs tremblent, ça aide à garder une contenance.

Demain après-midi, donc, ce ne sera pas ni tremblement de terre, ni une attaque extra-terrestre, ni même l’offensive de Gozilla. Juste Lilli, sur un canap’, avec sa bouteille. Je précise, parce que je ne pense pas que tout le monde verra mon petit doigt levé.

  • © DPC, Le Franc Titreur de l’Impossible