Chansons au poil

My baby don’t care for shows, my baby don’t care, for clothes

1, relever les cheveux en dégageant le front, rincer la peau à l’eau claire. Sécher en tamponnant avec douceur, appliquer le masque en couche semi épaisse. « Semi épaisse ». La moitié d’une couche épaisse, donc. Question : à combien estime-t-on l’épaisseur standard d’une couche épaisse ? Un centimètre ? Deux centimètres ? Douze centimètres ?

My baby just cares, for meee

2, après moult calculs savants à base de carré de l’hypoténuse en rapport avec le théorème de Brad Pittagore, décider qu’une couche épaisse mesure quatre millimètres.

My baby don’t care for cars and races, my baby don’t care for high-tone places

3, ne pas oublier le cou.

Liz Taylor is not his style and even Lana Turner's smile is somethin' he can't see, my baby don't care who knows, my baby just cares for me

4, chanter un peu avec Nina en prenant des positions à la Rita Hayworth

Liz Taylor is not his style, and even Liberace's smile is something he can't see, is something he can't see ! I wonder what's wrong with baaaby, my baby just cares for, my baby just cares for, my baby just cares...

5. dernière oeillade au miroir

…for me ! (palapalapalapalapalapaaa !)

6, mettre la cire dans le micro-onde, attendre 15 secondes.

I’ve got you under my skin, I’ve got you deep in the heart of meee, so deep in my heart, that you’re really a part of me

7, s’ébouillanter le mollet avec l’affreuse pâte collante. Serrer les dents, garder le sourire, continuer à se faire mal, mais avec application, en tenant l’engin bien perpendiculaire.

I’ve got you under my skin

8, moui, under my skin, c’est cela, oui. Renverser le roll-con sur la moquette. Se lever en se collant les jambes partout. Hurler lorsque le chat vient se frotter contre moi pour faire un remake plumes contre goudron avec ses poils roux.

I’ve tried so not to give in, I’ve said to myself this affair never will go so well.

9, ouaip, this affair will never go so well, t’as raison, Franckie. C’est normal que ça brule comme ça ? Punaise, mais ça fait super mal. Déclenchement du plan d’urgence.

But why should I try to resist, when baby will I know so well, I’ve got you under my skin

10, rincer les jambes, tant pis pour les bandelettes, de toute façon ça fait trop mal. Essayer de choper le chat et de le coller dans le lavabo pour retirer la cire. Lire la haine dans le regard du roux.

I’d sacrifice anything come what might for the sake of having you near, in spite of a warning voice that comes in the night and repeats, repeats in my ear...

11, CON DE CHAT !!! Devoir faire un choix entre laver le chat et garder des avant bras et des épaules sans plaies ouvertes. Lâcher le roux qui part comme une fusée dans le couloir en laissant de la flotte partout. Punaise, j’ai vachement mal à la peau des jambes, quand même.

Don’t you know fool, you never can win

12, oh, ça va, si tu savais que je ne gagnerai jamais face à la cire chaude, fallait me le dire au lieu de me le chanter maintenant, Franckie.

Use your mentality, wake up to reality

13, ta gueuuuuuule !!

14, regarder l’étendue du désastre sur les jambes, sur la moquette, autour du lavabo et dans le couloir.

15, soupirer.

16, voir sa tronche avec le masque craquelé et trop sec. Mettre 20 minutes à tout retirer.

17, punaise, je suis fatiguée, mais fatiguée…

18, prendre une décision : demain soir, je saute sur Monsieur Muche, mais je mets des bas opaques.

19, et QUAND, QUAND, trouve-je le temps pour aller acheter des bas opaques ?!!

20, maman… *sanglots*

Allo maman, bobo…

2

J’ai un peu de mal à comprendre pourquoi cela les plonges dans cet état presque psychotique. Après tout, j’en ai à longueur de journée sur moi, des poils, c’est de notoriété publique, et cela n’a rien de satanique. Un mystère de plus à ranger dans les dossiers des particularités énigmatiques de la race humaine. Lorsqu’ils parlaient de me tricoter un manteau avec en tête des idées stylistiques, de me laquer avec des produits cosmétiques toxiques ou de m’épiler sans antiseptique, je préférais rester, aristocratique, à scruter l’horizon.

Mais maintenant, plus jamais rien ne sera comme avant. Hier soir, l’hystérique énergique, suivant un de ses authentiques élans sadiques, a monté un plan diabolique.

Alors que je montais, euphorique, à l’idée de lui faire un câlin de jambe afin qu’elle remplisse ma gamelle de mets caloriques et calorifiques, l’excentrique se badigeonnait les mollets. Lorsque je me suis frotté à elle, nullement intrigué par les effluves aromatiques puisqu’elle s’enduit en permanence de crème aux odeurs variées, mon flamboyant pelage tigré s’est recouvert d’une dramatique substance collante. De la cire dépilatoire. Oh, la bougresse maléfique ! L’infâme moustique ! La traîtresse pathologique ! Me voilà au centre d’une machination machiavélique ! Moi qui ai accordé ma confiance alors que je n’étais qu’un microscopique chaton ! A l’aide ! Qu’on m’emmène à la clinique !

Courageux et héroïque, je suis vite allé me camoufler sous son bureau en attendant qu’elle cesse de scander son lyrique cri de guerre. C’est alors qu’elle m’a saisi par le cou, m’a porté jusqu’à sa salle de bain, et m’a aspergé d’eau les flancs et la queue.

Parfois, j’aimerais être Hobbes, pour être plus grand qu’elle et élaborer des tactiques pour la martyriser. Pour l’instant, je vais me contenter d’essayer de faire repousser les poils qu’elle a dû couper et qui forment un trou inesthétique. Et longer les murs de mon flanc droit. En gardant à l’œil la blonde bique.

Congé surprise

Non, non, je n’ai pas été remerciée à cause du si tu vas à Rio n’oublie pas de monter là-haut dans un petit village caché sous les fleurs sauvages sur le versant d’un coteau (1) de mon grand ami Dario Moreno. Un simple changement de planning.

Jour de congé providentiel, j’ai décidé d’aller rendre visite à ma Sainte Madeleine à moi, lui offrir des fleurs pour sa fête (Le 22 juillet, également date d’anniversaire de cette charmante personne) et lui rendre son linge recousu.

Je suis sortie de la boutique du fleuriste avec un bouquet dans un petit pot rempli de mousse imbibée d’eau. Arrivée face à la voiture avec mon énorme trousseau de clés pendu à mon petit doigt, ma monnaie serrée dans ma main gauche, et le paquet encombrant dans la main droite, je me suis rendue compte que pour passer le paquet derrière mon siège, je devais décaler le cintre suspendu à la poignée. J’ai donc posé les fleurs sur le toit de la voiture. Alors que je luttais avec le crochet du cintre, le paquet est tombé à cause du vent. Je l’ai rattrapé avec le dos (2), j’ai pesté, j’ai fait tomber le cintre et le chemisier sur le macadam, j’ai râlé, j’ai collé ma monnaie dans ma poche de jean dans un geste rageur, j’ai récupéré le paquet avant qu’il ne tombe, et je l’ai posé sur le siège conducteur. Et je me suis aperçue avec horreur que l’agrafe du papier ne pouvait retenir l’eau renversée dans le paquet et était en train de tremper le tissu du siège. Conducteur. Là où j’étais censée m’asseoir. Pour conduire. Pour aller voir ma grand-mère.

J’ai viré le bouquet en l’insultant, et cherché n’importe quoi qui puisse m’éviter de me tremper les fesses. Pas de kleenex, pas de chiffon, même pas de sac à surgelés dans le coffre ; pour éponger l’eau de mon siège je ne disposais que du linge de ma grand-mère.

Les coups de klaxons d’un débile profond en 4X4 avec pare-buffle m’ont rappelée à la réalité : j’étais toujours en pleine rue, et je dérangeais. J’ai grogné, rougis, puis je me suis assise. C’est à ce moment que mes fesses et moi-même avons pris conscience de l’extraordinaire contenance en eau du petit pot de fleurs.

Arrivée chez Mado, j’ai longé les murs et marché en crabe. Les traces explicitement humides sur mon postérieur étaient déjà trop embarrassantes à porter pour ajouter à cela des réflexions à caractère humoristique ou indigné. Je ne me suis pas assise de peur de laisser l’emprunte de mes fesses sur les coussins.

Une fois rentrée à la maison, j’ai retiré le jean et décidé de balancer les preuves à la machine. Histoire de laver l’indigne affront de m’être baladée une heure le cul trempé. Ce n’est qu’en vidant le tambour que je me suis souvenue du billet de 10 euros que j’avais enfoncé dans ma poche. Grâce aux confettis mouillés serrés collés dans les mailles du linge.

Ma prochaine journée de congé surprise, je la passe à admirer les œuvres exposées.

(1)lalalaaaaa Dario Forever
(2)oui, je ne sais pas non plus comment j’ai réussi à faire ça

La galeriste et les Sécuriglands ™, deuxième épisode

Rappel des épisodes précédents : Lilli est perdue en territoire hostile, une galerie d’art normande tombée aux mains d’une organisation dont on ne connaît pas très bien la fonction : les Sécuriglands™.

Dans l’épisode du jour, Lilli, prenant son courage à deux mains, essaie de communiquer avec les Sécuriglands™.

Djobi djoba, cada dio yo te quiero mas, djobi djobiii, djobi djobaaaa

Sécurigland™ n°1 s’approche et se saisit le front avec la main droite. Lilli, sentant le poisson ferré, (non, elle ne s’est pas parfumé au poisson, mais intuitive et perspicace, elle comprend juste que Sécurigland™ n°1 est intrigué, t’vois) décide d’engager la conversation.

Lilli, douce et enjouée - Hé bien, hé bien ? Que vois-je ? Vous semblez ne pas apprécier l’incontournable groupe que sont les Gipsy Kings ?
Sécurigland™ n°1, atterré - Non, pas vraiment, non.
Lilli, déçue - Ah bon ? Quelle déception ! Nous aurions pu djober ensemble pendant nos temps morts !
Sécurigland™ n°1, effrayé - Je n’ai pas le droit.

Sécurigland™ n°1, tremblant, retourne s’asseoir près de la porte. Lilli, dans un sursaut de mélomane altruiste, hausse le son, se lève, et lance alors, allègre, avec un large sourire :

Lilli, allègre, avec un large sourire (1) - Bon, demain, je ramène les paroles et nous chanterons, à défaut de djober ensemble !

Dans le prochain épisode, Lilli, forte de la nouvelle information acquise grâce à la ruse (la fonction des Sécurigland™ n’est pas de djober), essaiera de trouver une ruse pour ne plus travailler les week-ends. Pour sa santé mentale.

(1) comment ça je l'ai déjà dit ?

Un an de plus...

Un anniversaire appelle au bilan.

La question n'est pas réellement de savoir ce que j'ai pu faire, d'où je (re)viens, comment je me suis construite. J'ai fait comme tout le monde, avec les cartes qu'on m'avait mises en main, j'ai essayé d'en acquérir d'autres, à tort, à raison, et finalement, j'ai dû me déconstruire totalement pour me reconstruire complètement. Je suis contente d’être devenue ce que je suis aujourd’hui, car il y a quelques années, il y avait tellement peu d’avenir que je pensais qu’il n’y aurait jamais plus de lendemain. Si je regarde en arrière, je pense pouvoir être fière du chemin parcouru, parce que cela n’a pas été évident, malgré l'amour illimité et inconditionnel de mes proches. Il a fallu sauter parfois, ramper beaucoup et mordre les mains qui me maintenaient la tête sous l'eau. Il a fallu qu’une personne me donne un jour l’envie et la possibilité de donner l’impulsion pour ne plus rester au fond de la piscine. Cette phrase, je ne l’oublierai jamais ; « la souffrance n’est jamais inutile ».

La question est de savoir ce que j’ai construit. Parce que j’ai la tenace conviction qu’à 25 ans, on doit avoir construit quelque chose de pérenne, et cela m’angoisse. J’ai l’impression que je devrais habiter chez moi -pas chez mes parents, avoir un CDI -pas bidouiller à droite à gauche avec des CDD sans avenir, et/ou vivre une relation stable. Mon présent n’est pas « conforme ».

Et puis je pose ma joue sur mon épaule et je sens son odeur. C’est purement psychologique, juste que la dernière fois, après l’avoir vu, elle y était. L’odeur de Monsieur Muche, et ses larges épaules qui font de mon mètre soixante douze une taille de lilliputienne. Et si… ?

Et si j’arrêtais de réfléchir, d’intellectualiser mes sensations, de peser les « pour » et les « contre », d’anticiper les évènements, et si je me laissais vivre au fil de mes émotions ? Et si j’arrêtais les bilans ?