La galeriste et les Sécuriglands ™
Par Eulalie, lundi 11 juillet 2005 à 00:00 :: Journal :: #177 :: rss
En ce moment, je suis, comme dirait Monsieur Muche, « blonde à tout faire dans une galerie d’art ». Je réponds au téléphone, je renseigne les personnes, je dis « Bonjour Madame », « Bonjour Monsieur », « Bonjour Mesdames » ou « Bonjour Messieurs dames », je mets à jour des fichiers pour des vernissages, j’encaisse des petites sommes, et je me frite avec des buses sécuritaires : « Sécuriglands » comme les appelle Monsieur Muche, qui est définitivement très doué pour les petits noms.
Je ne supporte pas qu’un type ou une typesse reste planté(e) devant moi, les bras ballants, les épaules rentrées, l’œil bovin et morne et réponde à chaque question que je peux poser « c’est pas mon boulot. »
Lilli, polie et débordée - Vous pouvez aller fermer la porte du fond avec votre clé, s’il vous plaît ? Il y a du monde dans la salle et je ne peux pas aller fermer (coup d’œil aux personnes qui jouent à la grue à l’accueil)
SG, bovin monocorde - C’est pas mon boulot.
Lilli, envie pressente - Vous pouvez me remplacer une minute, le temps que j’aille aux toilettes, s'il vous plaît ?
SG, bovin monocorde - C’est pas mon boulot.
Lilli, ça urge !!! - Non, mais juste faire patienter une minute si des gens arrivent ?
SG, bovin monocorde - C’est pas mon boulot.
Lilli, affiches plein les bras - Vous voulez bien m’en prendre un peu, s'il vous plaît ? J’ai vu un peu large sur la capacité d’accueil de mes bras, je vais tout renverser.
SG, bovin monocorde - C’est pas mon boulot.
OK. Ton boulot, c’est quoi, espèce de sale armoire normande mitée ? Je veux dire, à part rester assis en roulant d’avance pour être toujours sûr de fumer des cigarettes parfaitement lisses ? Sourire, protéger, surveiller, fermer les portes, accueillir, aider, rendre service, parler, repasser tes fringues, te laver les dents, (Monsieur Muche, sort de mon corps !), tout cela, manifestement, ce n’est pas ton boulot. Alors c’est QUOI, bordel, (je peux t’appeler bordel ?) ton boulot ?
Lilli, ressaisis-toi. Peut-être que ces pauvres personnes sont des clones fabriqués pour rouler des cigarettes mécaniques et les mettre dans des petites pochettes plastiques, assis sur un siège d’une galerie. Peut-être qu’elles ne savent pas dire autre chose que « C’est pas mon boulot ». (Bonjour, s’il te plaît, merci, au revoir, tout cela n’est pas dans leur vocabulaire, j’ai testé) Mais peut-être que si je m’affûte l’oreille, je découvrirai que cela ne veut pas forcément dire non.
Plus que neuf semaines. Misère...
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