Comment bien commencer une journée.

A la caisse d’une grande surface. Dès qu’il me remarque, un immense sourire ravi barre son visage. Il arrive en face de moi en un éclair, me pétrit les épaules, m’embrasse comme du bon pain malgré mes airs de religieuse (1).

Fils du boulanger, enjoué et souriant
- Lilliiiiiiiii !! Mais quel plaisir de te voir !! Comment tu vas !?

(Shcreugneugneu et creubleuzut, comment s’appelle-t-il ?!)

Lilli, enjouée comme Raikkonen qui vient de gagner un grand prix (2) mais bonne pâte
- Ahah, très bien, et toi, euuh, blondinet ?

(Ahaha, je suis vraiment douée, « blondinet », ahaha, je l’ai roulé dans la farine, il ne peut pas savoir que je ne me souviens absolument plus de son prénom.)

Fils du boulanger, enchanté et jovial
- Très bien !! Dis donc, tu n’as pas changé !! Alors, dis-moi, qu’est ce que tu deviens ?

(Aaargh. Je HAIS cette question. Au moins autant que « Et l’amour ? » qui me rappelle toujours que je ne suis la mie de personne)



Lilli, enjouée comme Raikkonen qui vient de perdre un grand prix (3)
- Hé bien, pour l’instant, rien.

Fils du boulanger, enthousiasme douché et moue de dégoût, jette un coup d’œil à mes courses et se raidit comme un string ficelle… euuh, non, rien
- Ah ouais d’accord. Donc, tout ça, là, c’est moi qui le paie. Je paie pour toi, quoi.

(Note pour plus tard : me souvenir de continuer ma tactique dite de la tête dans le four et ne surtout pas parler aux vieilles connaissances. Ou bien se munir dorénavant d’un rouleau à pâtisserie.)

Lilli, sourire figé glacé
- Ah ? Tu comptes me donner ta carte bleue ? Non ? Tant pis. (Tournant les talons, puis se retournant vers lui) Au fait ! Tu n’as pas changé non plus. Tu es toujours aussi con. Au revoir !

(1) C’est le fils d’un boulanger, superbe, hein, l’idée du champs lexical ?! Hein ? Non ? Ah bon. (2) astérisque à destination des ignares : ça veut dire pas très beaucoup (3) encore moins que pas très beaucoup

# 27



Interprétation libre de mon ancien téléphone rouge selon Xiaojie. Maintenant, les personnes qui sont tombées sur mon répondeur pendant toutes ces années comprennent pourquoi. Mon sac à main était bien trop petit pour accueillir une remorque.

Interlude

Ce matin, alors que je m’adonnais à ma séance de remastering lyrique de Nabucco sous le dolby surround de la pomme de douche, je me suis rendue compte que j’étais cosmétiquement bilingue. Je parle couramment le NLeu cosmétique.

Houdt de huid gezond, stimuleert de huidflora, nieuwe formule, intensief regenererend masker, voedt tot in de kern, dermatologisch getest, tout cela m’est familier.

Quel intérêt ? Hé bien, si un jour je vais à NLeuland, je n’aurais aucun souci à trouver un masque reconstituant intensif qui nourrit en profondeur et qui a été testé dermatologiquement, ni à me trouver un gel douche et bain qui garde la peau saine. Suffit juste de trouver où c’est, au juste, NLeuland.

Demain, je me mets au FIN avec mon doux gommage à l’argile blanche.

Mademoiselle M

Quand Mademoiselle de S. veut se consoler d’un garçon, elle court dans les bras d’un autre garçon.

Mademoiselle M. ne se console jamais d’un garçon, alors elle ne court jamais dans les bras d’un autre garçon. De toute façon, elle a passé la moitié de ces dernières années à surtout éviter de s’attacher à qui que cela soit, et l’autre moitié du temps, à ne surtout tisser aucune relation sociale. Son téléphone ne sert pas à grand chose d’autre qu’à regarder l’heure qu’il est. Elle n’aime pas être attachée. Même à une montre.

Alors quand elle s'essaie à une relation amicale-sentimentale avec un peu d’espoir, beaucoup d’affection, et bien trop de confiance, et que cette personne, pourtant estimée "fiable" l’envoie sur les roses avec un laconique « Je vais te zapper. Point barre. », le truc au fond du ventre, qu’elle a construit brique par brique, sentiment par sentiment, fait très mal.

La beauté de l’éphémère. Construisons des choses qui peuvent être démolies au moindre orage, et quand ça s’assombrit, surtout, ne surmontons pas les choses, enfermons-nous dans nos égoïsmes, barricadons-nous dans nos égocentrismes, pensons à notre survie sans ménager les sentiments des autres, avançons contre vents et marées, mais sûrement pas avec l’aide de l’air et de l’eau, c’est tellement plus beau de dramatiser nos vies, de casser, de briser, de gâcher, puis de dire devant une bière qu’on a vécu. Il y a des fins si sombres, si connes, qu’elles retirent jusqu’au son des rires, même s’ils ne sont pas si loin. La beauté de l’éphémère ? Mon cul. Du gâchis.

Oh, mais tiens ? Pourquoi donc le frein de Mademoiselle M. est-il la peur ?

Ces féministes me gonflent.

Quand les tâches vraiment importantes ont trop d’envergure, rabaissons nos idées, et nous avec, et attaquons-nous avec hargne au bas de pantalon des réalisateurs de films.

« Padmé Amidala a un rôle inconsistant dans le dernier opus ! La femme pour Lucas, reste à la maison et attend son époux. Pourquoi ne prend-elle pas part au combat ? Parce que cela devient trop sérieux ? »
Oui, vous avez raison. Respectons les femmes qui se battent, les femmes décisionnaires, les femmes de pouvoir, et abandonnons le vieux modèle de la mère. C’est archi dépassé. Rester à la maison à attendre son homme, c’est vraiment pas glorieux. D’ailleurs, en forte femme de tête, elle aurait même dû se faire avorter tout en commandant des troupes.
Merde alors. On a quand même brûlé nos soutifs et on n’a même pas le droit d’aller casser du clone sous prétexte qu’on est enceinte jusqu’au cou de jumeaux ?! Mais pour qui il se prend, Lucas ?

Il suffit de regarder le film jusqu’au bout (c'est-à-dire jusqu’à l’épisode 6) pour se rendre compte que Leia est probablement le personnage féminin le plus guerrier et le moins inconsistant de l’histoire du cinéma.

« Des années de lutte pour changer les mœurs ; faire évoluer les choses, et on nous rebat les oreilles avec la femme cause du mal sur Terre ! »
Putaiiiin les inspirations bibliques… Les explications de films, comme les explications de texte, seront toujours aussi inintéressantes. On ne voit que ce que l’on souhaite voir. Il m’a plutôt semblé que c’était la peur, la colère et la haine qui perdaient Anakin. Rejeter la responsabilité sur Padmé, c’est comme ces cancéreux qui portent plainte contre les fabricants de tabac. Malhonnête et mal orienté. Foutons la paix à Eve, un peu !

« Dans Sin City, toutes les femmes sont des superbes putes, des guerrières, des objets sexuels en string ! »
Han, mon dieu, dans la vieille ville du vice, les femmes ne sont pas vertueuses ?! Et elles choisissent d’être ce qu’elles sont ?! Quelle infamie ! Rodriguez, Miller, Tarantino ! Au pilori !

Changer les mentalités, coûte que coûte, quitte à passer pour des chieuses, médiatiser les combats qui feront le plus parler pour la « cause », même s’ils sont ridicules, même s’ils remettent en question des idées artistiques et des créations, et se victimiser en brandissant le poing. Non, vraiment, ces féministes me gonflent.