Ça tombe sous le sens.

- T’as une sale tête, Lilli.
- Merci.
- Non, mais c’est juste que tu as l’air très fatigué.
- Je dors très mal.
- Ça, c’est parce que tu dors trop.
- Non, c’est parce que j’enchaîne les cauchemars.
- Ben oui, c’est ce que je dis. Si tu dormais moins, tu ferais moins de cauchemars.
- Ça tombe sous le sens.

Million dollar movie

Je ne sais pas ce qui m’a le plus dérangé dans ce film.

La violence des coups portés sur les visages ? Le sang qui gicle, les hématomes qui gonflent, la souffrance physique ressentie ? (J’en ai mal au nez.)

Le vieux rogaton sourd à ma gauche qui a ronflé éveillé pendant tout le film et commenté les phrases très philosophiques sur la boxe « AAAAAH C’EST BIEN VRAI, ÇA !!! », pour finalement dire à la toute fin « Aaah ? C’était sa fille ? » ? (Rien compris, vieux rogaton, essaie encore.)

La vieille peau avec le vieux rogaton qui avait dissimulé Mirabelle, son petit yorkshire, dans son sac, et qui le félicitait tous les quarts d’heure d’être aussi sage « Oooh ma mimi !! T’es BIEN BIEN sage ma mimi *smouatch* » ?

Les pintades pouffantes et remuantes (Et vlaaan, un coup de pied dans le siège, un !) du rang de derrière, accompagnatrices baveuses de Kévin (OooOOoOOOOoOO Kéééééééviiiiiiiiin !) ?

Statlerette et Waldorfa (1), devant, qui, comme le Professeur Rollin, ont toujours quelque chose à dire ?

Avoir eu le nez dans l’écran pendant 2h15 ? (Ah, cela expliquerait peut-être mon mal au nez, finalement)

Par contre, j’avais pris soin d’envelopper mes cils de mascara revigorant allongissime extra volumissiant à l’huile d’onagre bio waterproofisée, mais ce n’était pas la peine, ce n’est pas si triste. (Mnémounette, tu es trop sensible.)

(1) Statler et Waldorf, les deux vieux au balcon dans le Muppets Show.

Nervosité bancaire

Que penser lorsque Madame Agios, conseillère de la banque n°1, banque hébergeant mon compte sautillant, envoie un courrier avec entête et me tient précisément ce langage :

« Mademoiselle,
J’ai vainement cherché à vous joindre.
Je vous remercie de bien vouloir me communiquer votre numéro exact afin que je puisse actualiser vos coordonnées téléphoniques.
Dans l’attente de votre prochain contact, je vous prie d’agréer, Mademoiselle, l’expression de mes salutations distinguées »

Si j’étais raisonnable et détendue, je me dirais qu’elle souhaite simplement jouer à Monsieur Noisette et Madame Noix, qu’elle veut me parler de placements, d’assurance vie et de plan retraite, parce que je ne sais pas ce qui s’est passé, mais en ce moment il semble que tout le monde en veuille à mes bougies.

Mais je ne suis ni raisonnable, ni détendue, et je ne peux donc pas croire qu’elle souhaite m’informer que mon offre spéciale « La Jeune » qui me permettait d’avoir des places de ciné avec 0,05 % et des réducs sur les T. Shirts Com-8 arrive à expiration à cause de mon prochain anniv, et qu’à la place, elle me propose l’offre « Vieux Chnoques » avec des cours de chachacha et des réducs sur les attaché-cases.

J’ai ce don inné qu’est le monté de bourrichon en solitaire. Madame Agios a cherché à me joindre. Qu’ai je fait de mal ? N’avais-je pas le droit de partir à la neige, conformément à un quelconque alinéa de l’assurance comprise dans ma carte bleue dont j’ignorais l’existence ? Vais-je donc devoir payer une somme exorbitante que me feront cracher mois après mois des avocats et des huissiers véreux jusqu’à la fin de ma misérable vie ? Mon assurance dégâts corporels, suite à mes moult accidents, exige-t-elle que je porte un casque en toutes circonstances pour freiner les dépenses engendrées par les différents scanners que j’ai dû passer récemment ? Le casque sera-t-il choisi par une styliste bancaire, recalé du rayon « Deschiens » de H&M ? Ai-je utilisé sans m’en rendre compte un chéquier qui ne m’appartenait pas et que la jeune fille du guichet m’a remis par mégarde ? Ai-je donc à rembourser à Mademoiselle Eilalue la somme de 1.785 euros majorée d’un taux d’intérêt légal de 3,75 % ?

Les scénarii, plus extravagants les uns que les autres, s’enchaînent dans ma tête depuis que j’ai reçu cette lettre… il y a maintenant une semaine. Aujourd’hui, je suis persuadée que les services spéciaux, alertés par Madame Agios, sont à ma recherche. J’essaierai de demander un ordinateur avec connexion, quand je serai dans le couloir de la mort, pour délit de fuite de conseillère bancaire.

Trou noir

Nous avons fini les cours à 6, soit 50% de pertes humaines, et 6 étoiles ont été distribuées. Dont deux à Lukas. Portant donc mon nombre d’étoile à zéro.
Je m’en fiche. Rapporter des étoiles Valloirinches aurait été un crime astronomique. Je ne serai pas pareille à tous ces vacanciers stagiaires qui pillent les lumières nocturnes célestes pour agrafer des étoiles mortes à leurs polaires bon marché.

Cherche étoile bon état. M’envoyer un mail. Merci.
Tant que j’y suis, cherche aussi un nouveau genou droit. M’envoyer un mail aussi, merci aussi.

Quelques conseils

L’hiver, petite marmotte à poils doux, tu as les pattounes qui te démangent de trop dormir. Au lieu de faire fondre en hibernant les kilos que tu as pris en été, et de te retrouver avec la chair qui pendouille, tu as envie de te faire des cuisses en béton et des fessiers d’acier tout en prenant le bon air. Comme tu as raison !
Tu as envie de découvrir ta montagne sous la neige et de manger des Mars pour polluer toute seule comme une grande ton habitat naturel et faire râler Hector le castor. Grand bien te fasse ! (Mais prends garde à ce qu’Hector jamais ne le découvre, Hector le castor mord très fort).
Pour toi, donc, petite marmotte à poils doux qui veut chausser des skis, spécialement de la part d’une Eulalie requinquée et partiellement débleuie, quelques conseils, fruits d’une expérience personnelle enrichissante comme tu ne manqueras pas de le remarquer. Allez, on s’assied sur ses papattes de derrière et on ouvre les oreilles.

- Ne pas paniquer
Par exemple, lorsqu’un écureuil traverse la piste, cela ne sert à rien de paniquer : tu vas faire n’importe quoi et tomber. Sache que, selon mes sources, on n’a dénombré à ce jour aucun écureuil écrasé par des skis.

Extérieur - jour - paysage enneigé. Chute de Lilli avec belle projection de neige, arrivée du moniteur, première *CLAP* :
- C’est quoi, cette fois ?
- Il y a un écureuil qui a traversé la piste.
- Et alors ?
- J’ai eu peur de lui rentrer dedans, je ne voulais pas l’écraser !
- *soupir* Relève-toi.
(Oui, à 350 km/h, j’ai peur d’écraser les écureuils. Riez, riez, vous qui vous déplacez à 7km/h sans rencontrer d’écureuil.)

- Apprendre à s’arrêter Se laisser tomber n’est pas un bon moyen de s’arrêter, même si cela fonctionne. Tu peux noter que ce conseil s’applique aussi à la vie « quotidienne ».

- Savoir quand s’arrêter Admirer le paysage lorsqu’on se laisse descendre skis parallèles avec une seconde et demie de schuss (soit une demie seconde de courage –ou d’inconscience), oui ; lever le nez et regarder les deux aigles qui tournent dans le ciel, il est préférable d’essayer de s’arrêter avant. Les gonzesses cramées par le soleil n’apprécient pas de se faire rentrer dans la combi Gucci.

- Garder son calme Il ne faut pas hurler dans les oreilles de Monitor lorsqu’il essaie de te faire descendre une piste en tenant les bouts de tes bâtons pour que tu fasses les mêmes mouvements que lui, sinon il risque de mettre ses menaces à exécution et de lâcher les bâtons, auquel cas tu files tout droit dans le décor. C’est joli ces reliefs de taille humaine dans la neige, je me demande comment ils font ça…

- Apprendre à ramper Si tu tombes dans une descente, et que tu es suivie de près par une hollandaise à peu près aussi douée que toi, pense à vite ramper sur le côté pour éviter de te la prendre sur l’épaule. Parce qu’on ne croirait pas, comme ça, jolie comme un cœur, avec ses belles lèvres charnues, mais en fait, elle pèse son poids, la garce.

- Ne pas élever la voix Si on dénombre beaucoup de propriétés positives au hurlement, force est de constater que cela ne change pas la glace en poudreuse ni n’aplanit la descente. Cela expulse simplement l’air des poumons. Air dont tu pourras avoir besoin une fois la tête enfoncée dans la neige.

- Etre organisé Si tu veux prendre en photo la piste rouge que tu as réussi à descendre, il faut la prendre d’en haut. Parce que d’en bas, elle est ridicule, et il se peut que tu aies un peu trop morflé pour la remonter, la prendre en photo et la redescendre. D’ailleurs : penser à photographier toutes les pistes, même celles que tu n’auras pas descendues, en s’assurant qu’il n’y a pas de témoin qui puisse te confondre.

- Faire passer le ridicule Quand tu tombes à l’arrêt, sur du plat, sans raison, (ni écureuil suicidaire, ni couple d’aigles qui tourne en attendant que tu meurs, ni plaque de glace…) alors que le petit groupe est réuni autour de Monitor, prends un air dégagé et n’oublie pas de sourire. Cela vaut pour la première fois, mais aussi pour toutes les suivantes. A l'occasion, fais semblant de regarder un caillou qui a une drôle de forme sous la neige. Pour plus de crédibilité, tu peux prendre une hollandaise à témoin. (Je conseille Wendy, qui, en plus d’être très jolie, est très compatissante)

- N’oublie pas la biafine, les pansements, l’hydratant pour les cheveux, le baume pour les lèvres, le Ketum, l’Arnica, et pense à louer un chalet avec un jacuzzi pour pouvoir te détendre et te faire masser les parties endolories par les bulles et les jets.

Boum. (Oui, c’est ma chute. Il faut dire que j’en ai tellement fait sur les pistes, des chutes, que je n’ai plus de stock. Et aussi nulle soit-elle, elle aura au moins l’avantage de ne causer aucun bleu.)