Tuer demain n'est jamais éternel - Dangereusement vôtre

Je vois bien les sourires provoqués par l’évocation des Services Secrets Bas-Normands. Les simples citoyens, comme les citoyens compliqués, pensent « vache », « bocage » (Mais si ! Non ?), « camembert », « pluie » (mauvaises langues), voire « débarquement », et ne s’imaginent pas qu’il puisse y avoir, en ce moment même, des savants fous qui projettent de dominer le monde en mettant au point des stratagèmes démoniaques. Et qu’une organisation secrète normande puisse lutter contre le mal. Et pourtant.

Les Services Secret Bas-Normands, en liaison directe et quotidienne avec ceux de Sa Majesté, sont parmi les plus performants au monde. Avec une équipe d’élite composée d’une agente exceptionnelle de pugnacité et de réactivité, Moi. Oui, moi toute seule. Mais avec la combativité et l’énergie de douze hommes. Donc une équipe. A moi toute seule. Oui.

Au péril de ma vie, armée de mon permis de râler, je lutte avec acharnement contre des ennemis sanguinaires et impitoyables comme Goldenmam (rien à voir avec le menu macdal hein), Moonrookmoot et essaie d’amadouer l’Homme au porte-monnaie d’or (aka R.I.T. Fer&Ro).

Bond. Eulalie Bond.

Tuer demain n'est jamais éternel - Voix off, immatérielle très embrouillée, très enfumée ou très alcoolisée

Il est plus fort que la vie face à des milliers de morts dans On ne vit que deux fois, et deux fois est la seule façon de vivre.

Bande annonce française de On ne vit que deux fois, 1967

Je parie que c'est le même auteur qui a trouvé le titre Demain ne meurt jamais.

Avril, brune cultivée dopée à la théine

"Je suis hyper forte en courtisanes bavaroises"

Le Monde devait le savoir.

Li-Li

A plus de deux ans, la Bulle ne sait toujours pas dire mon nom. Autant avant cela me paraissait normal, autant maintenant, je me demande si cette enfant n’a pas un problème de vue.

Voyez plutôt (Oui, vous, vous pouvez, non ?) : il y a quelques mois, au lieu de prononcer un ravissant et chantant « Lilli », elle ne savait que babiller d’agaçants « Mami ».

Et depuis peu, il semble que mes rides, par une opération du Saint Esprit Bullien, se soient transformées en long museau et que ma permanente mauve soit devenue de rondes oreilles noires hautes-perchées sur le sommet de mon crâne de vieille souris gentillette.

Le surnom « Mami » a été remplacé par « Minnie ».

Deux possibilités : soit elle est sous l’influence de produits psychodysleptiques puissants, soit elle a de gros soucis de vue. Accordant toute ma confiance à ma sœur, et ce même si elle a épousé un chti passionné de vélo, j’opte pour la seconde solution. Ou alors c’est un sale coup du beau-frère. A creuser.

Le gateau au chocolat

Ma chère maman, désespérée de voir ma vie dépourvue de virilité cajolante, a décidé, suite à une conversation avec Mado l’obsédée du mariage, sinon de me trouver un mari, au moins de faire de moi une jeune fille « bonne à marier ». Protester qu’être « bonne tout court était déjà une prouesse » ne servit qu’à provoquer un long soupir couplé à un mouvement de tête latéral profondément désolé, mais sûrement pas à la faire renoncer.

Ne reculant devant aucun cliché, elle décida donc de me coller un tablier, des œufs, un saladier et une recette de gâteau, me demandant de préparer le dessert de ce soir.

Je sais. A priori, rien de bien compliqué dans la préparation d’un banal gâteau au chocolat. Et pourtant. Il fût un temps où l’on apprenait la cuisine au collège et au lycée. Ma sœur tient de cette époque les recettes de ses fabuleux biscuits à la cannelle et de sa sublime mousse aérienne au chocolat. Neuf ans plus tard, on nous apprenait à souder des circuits imprimés de pin’s lumineux et à utiliser des fraiseuses pour faire des alarmes. C’est de ma faute, à moi, si les diodes et les vis ne se mangent pas ?! Si on m’a appris à faire de jolis soudures en forme de petites montagnes et pas à remplir les cratères de farine avec des jaunes d’œufs ?! C’est de ma faute, peut-être, la démission de l’Education Nationale ?!! (Je vais trop loin ? Aah ?)



La préparation en elle-même ne me pose pas trop de soucis, même si j’ai butté sur des choses au vocabulaire technique (« battre les jaunes d’œufs et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse » : un peu d’eau de javel ?) et le dégoût de poignasser le beurre pour le moule et le blanc d’œuf pour séparer les jaunes des blancs.

J’avoue avoir mangé la moitié du chocolat fondu, avoir dû en refaire fondre et ne plus savoir combien j’en avais en tout. J’avoue aussi avoir allègrement léché le plat, m’en être mis sur le bout du nez et avoir trouvé cela rigolo. J’avoue avoir baissé les yeux avec sadisme vers le chat quand il est venu se frotter à moi alors que je battais les œufs, et avoir brandi le batteur en poussant un rire démoniaque. (Avant de vite le remettre dans le saladier parce que l’œuf battu, quand il va dans ton œil, il se venge) Et j’avoue enfin avoir soufflé dans la farine pour faire tomber à l’intérieur la neige qu’il n’y a pas dehors. J’avoue, je suis une sale gamine. Mais comme c’est moi qui nettoie sèche range, je décrète que ce n’est pas grave.

Non, ce qui a posé problème, c’est la cuisson. D’abord, trouver comment faire la conversion d’un thermostat en degré (thermostat 6 ≠ 6 C°, sinon je pourrais mettre mon gâteau à cuire sur le rebord de la fenêtre)(Héhé, y’a du Einstein en moi)(Un peu). Et ensuite… Faire cuire ce satané gâteau. J’ai réalisé la technique dite de « la pointe sèche » neuf fois, et le temps de cuisson a été multiplié par 2,5.

Résultat, dans mon moule à manqué (prémonitoire), j’ai un gâteau neuf fois troué franchement pas présentable. Décidée à cacher la misère, je m’attèle au démoulage de la bête au chocolat qui, alors que tout s’annonçait parfaitement, décide de se casser en deux avant de s’émietter.

Je ne peux plus compter sur la note artistique pour rattraper la technique. Mais le pire, c’est que je risque bien d’avoir droit à une seconde chance. Va falloir trouver un plan de repli.