Tuer demain n'est jamais éternel - Non ! Docteur ! Non !
Par Eulalie, samedi 26 février 2005 à 00:00 :: Journal :: #287 :: rss
Les agents secrets ont pour particularité d’avoir un sommeil très agité. Affronter des méduses à électricité statique, des pieuvres aux tentacules baladeuses, des choses avec des doigts en or, et d’autres ennemis aux intentions effrayantes, c’est terriblement traumatisant. Ce n’est pas tout de savoir que l’homme est capable des pires atrocités ; le vivre au quotidien, encaisser les pichenettes, résister aux brûlures indiennes, affronter les trahisons, supporter la violence d’un baiser rouge à lèvre, c’est connaître l’âme humaine dans tout ce qu’elle a de plus abject.
Alors nous, les agents secrets, la nuit, souvent, nous faisons des cauchemars. Internement en hôpital psychiatrique pour trolls, sévices corporels par insertion dans les lobes d’oreille de créoles en plastique épais vert fluo… Il arrive, lorsque les visions sont trop insoutenables, que nous nous réveillions en sursaut.
Et se réveiller en sursaut, c’est terriblement douloureux. Surtout lorsque, le corps se raidissant brutalement sous la violence du cauchemar, la tête vient s’encastrer avec force dans le mur. Et que cela fait « crac ». Oui, « crac ». Juste « crac ». C’est un peu bête, comme son, cela pourrait faire « tchickitcha-padabloum ». Mais les cervicales, quand ça craque, ça fait juste « crac ». Cela ne tchickitcha-padabloume pas. Je sais, c’est décevant, on pourrait s’attendre à quelque chose de plus artistique de la part de mes cervicales. Dès que c’est possible, j’en change contre des musicales.
Bref, cervicales musicales ou pas, le docteur me prescrit des médicaments et un collier… -Je me vois déjà avec un beau collier, élégant, bien ajusté, avec, disons, quelques diamants éternels et deux trois rubis, le tout monté sur or jaune très fin. J’imagine jouer avec les micros et les caméras dissimulés dans les pierreries, faire des photos infrarouges, voire me propulser dans les airs- un collier … cervical.
Madame la pharmacienne n’avait qu’un seul modèle. Un blanc, très laid, rigide avec de la mousse et un gros scratch pour serrer le tout. Bien entendu, elle a essayé de m’étrangler en serrant au maximum, prétextant qu’il fallait que cela se maintienne bien. « Tuer n’est pas jouer ! Jamais plus jamais vous ne me reverrez dans votre affreuse pharmacie ! » lui ai-je répliqué, après l’avoir écartée violemment.
Une fois assise dans l’Aston Martin, j’ai regardé Bras Doux.
- On passe au QG, Quiou va me customiser cette horreur, et puis on part à Deauville pour le week-end. Mer, Restaurant, Casino, Royal. Ne nous laissons pas abattre.
- Oooooooh Eulaliiie ! Hihi ! OK, faudra juste que je passe chercher ma jupe au pressing, alors. Hihi.
- Bras Doux, Canaillou !
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