Ma chère maman, désespérée de voir ma vie dépourvue de virilité cajolante, a décidé, suite à une conversation avec Mado l’obsédée du mariage, sinon de me trouver un mari, au moins de faire de moi une jeune fille « bonne à marier ». Protester qu’être « bonne tout court était déjà une prouesse » ne servit qu’à provoquer un long soupir couplé à un mouvement de tête latéral profondément désolé, mais sûrement pas à la faire renoncer.

Ne reculant devant aucun cliché, elle décida donc de me coller un tablier, des œufs, un saladier et une recette de gâteau, me demandant de préparer le dessert de ce soir.

Je sais. A priori, rien de bien compliqué dans la préparation d’un banal gâteau au chocolat. Et pourtant. Il fût un temps où l’on apprenait la cuisine au collège et au lycée. Ma sœur tient de cette époque les recettes de ses fabuleux biscuits à la cannelle et de sa sublime mousse aérienne au chocolat. Neuf ans plus tard, on nous apprenait à souder des circuits imprimés de pin’s lumineux et à utiliser des fraiseuses pour faire des alarmes. C’est de ma faute, à moi, si les diodes et les vis ne se mangent pas ?! Si on m’a appris à faire de jolis soudures en forme de petites montagnes et pas à remplir les cratères de farine avec des jaunes d’œufs ?! C’est de ma faute, peut-être, la démission de l’Education Nationale ?!! (Je vais trop loin ? Aah ?)



La préparation en elle-même ne me pose pas trop de soucis, même si j’ai butté sur des choses au vocabulaire technique (« battre les jaunes d’œufs et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse » : un peu d’eau de javel ?) et le dégoût de poignasser le beurre pour le moule et le blanc d’œuf pour séparer les jaunes des blancs.

J’avoue avoir mangé la moitié du chocolat fondu, avoir dû en refaire fondre et ne plus savoir combien j’en avais en tout. J’avoue aussi avoir allègrement léché le plat, m’en être mis sur le bout du nez et avoir trouvé cela rigolo. J’avoue avoir baissé les yeux avec sadisme vers le chat quand il est venu se frotter à moi alors que je battais les œufs, et avoir brandi le batteur en poussant un rire démoniaque. (Avant de vite le remettre dans le saladier parce que l’œuf battu, quand il va dans ton œil, il se venge) Et j’avoue enfin avoir soufflé dans la farine pour faire tomber à l’intérieur la neige qu’il n’y a pas dehors. J’avoue, je suis une sale gamine. Mais comme c’est moi qui nettoie sèche range, je décrète que ce n’est pas grave.

Non, ce qui a posé problème, c’est la cuisson. D’abord, trouver comment faire la conversion d’un thermostat en degré (thermostat 6 ≠ 6 C°, sinon je pourrais mettre mon gâteau à cuire sur le rebord de la fenêtre)(Héhé, y’a du Einstein en moi)(Un peu). Et ensuite… Faire cuire ce satané gâteau. J’ai réalisé la technique dite de « la pointe sèche » neuf fois, et le temps de cuisson a été multiplié par 2,5.

Résultat, dans mon moule à manqué (prémonitoire), j’ai un gâteau neuf fois troué franchement pas présentable. Décidée à cacher la misère, je m’attèle au démoulage de la bête au chocolat qui, alors que tout s’annonçait parfaitement, décide de se casser en deux avant de s’émietter.

Je ne peux plus compter sur la note artistique pour rattraper la technique. Mais le pire, c’est que je risque bien d’avoir droit à une seconde chance. Va falloir trouver un plan de repli.