Au moment de Noël, il y a deux types de personnes. Les prévoyants et les nullasses de la prévoyance.

Les prévoyants vont faire leurs courses de nappes, serviettes, marrons, petits fours, champagne, saumon, foie gras et vont réserver la dinde et commander la bûche la semaine précédent Noël. Parce qu’ils sont prévoyants.

Les nullasses de la prévoyance, eux, font un conseil de guerre pendant la pause déj du 24. Les nullasses géniteurs annoncent lors de ce conseil à nullasse-fille qu’elle ira courir tous les Champion, Leclerc, Super U, Picard, Auchan, Monoprix, Intermarché de la région jusqu’à obtention de l’intégrale totalité entière des produits qu’ils vont lui dicter si elle veut dormir au chaud ce soir, prends donc une copie double à petits carreaux ma fille.

Je n’étais jamais allée faire des courses l’après midi du 24. Un genre d’instinct de survie me retenait de mettre un bout de nez dehors à cette date. Survie. Absolument. Non, je n’exagère pas.

Me voilà donc la liste comparable à un parchemin d’aboyeur public dans le sac, pas vraiment encore consciente de ce qui m’attend. Aux abords des parkings, j’ai compris que la tâche serait périlleuse. Après avoir tourné trois fois dans les allées et avoir vu quatre places me passer sous le nez, j’ai eu envie de jouer aux auto-tamponneuses. Lorsque je suis entrée dans le magasin et que j’ai vu la queue aux caisses, j’ai eu envie de pleurer. Quand j’ai vu ces couples de petites vieilles déambulant telles des zombies, et quand un de ces couples m’a fusillé de ses quatre yeux grossis par des loupes car j’avais eu l’audace de refermer la porte des surgelés, j’ai pris peur. Lorsque la même mère de famille camouflée sous une montagne de mouflets morveux et criards m’a roulé sur le pied avec son caddie rempli à ras-bord pour la quatrième fois, j’ai souhaité qu’elle tombe enceinte de sextuplés. Et lorsque j’ai vu qu’il ne restait qu’une boîte de marrons de la-marque-qu’il-faut-absolument, j’ai eu envie de piétiner le couple à côté en songeant que tout était à recommencer ailleurs : approcher la grande surface, trouver une place, contrer les vieilles, trébucher sur les kiki-à-leurs-mémères, éviter les caddies, faire la queue aux caisses.

L’esprit de Noël, c’est magique. On se fait marcher et rouler sur les pieds avec magie, on se fait bousculer avec magie, on se fait piquer le saumon dans la main avec magie, les priorités à droite deviennent des priorités à gauche comme par magie, les deux personnes devant nous aux caisses deviennent trois par magie et c’est pure magie si la carte bleue continue à passer après les quatre différents magasins qu’on vient de faire pour pouvoir cocher tous les éléments de la liste.

Noël prochain, si c’est encore à moi de faire les courses, c’est aussi moi qui ferai le menu. Un menu magique avec tout ce qui sera déjà dans les placards. Joyeux Noël.