Juste pour me souvenir

Encartonner tout ce qui peut l’être

1. Démonter le rideau des étagères
2. Retirer chaque habit de chaque cintre, les plier, les ranger dans des valises
Arrêt ému sur la robe du mariage de Numérinator et Wild Wife TM
3. Décrocher les cintres, scotcher ensemble ceux qui ont la même forme, les mettre dans un grand sac plastique
4. Caler les ceintures, écharpes, étoles dans les valises
5. Vider les range-CD
Shhhh surtout pas de bruit !
6. Les dévisser de la barre transversale de la mezzanine
7. Réinsérer les CD, les protéger avec un papier, scotcher le tout
Où est le dernier Madonna ?
8. Rassembler tous les photophores, bougies, chauffe-plats, les protéger et les ranger dans un petit carton
Surtout, surtout, ne pas s’attarder sur cette odeur « Fin Balsam »
9. Caler les bédés dans des petits cartons, ne pas remplir, alterner avec les coussins
Lanfeust, Sky Dolls, Sillage, Robin Hood… Robin Hood
10. Retirer la guirlande sous la mezzanine, faire attention aux ailes des papillons, retirer la poussière
Mince une aile à terre
11. Retirer les feuilles et les pétales de soie des poches des rideaux, ouvrir un sac de petits riens délicats
Il va être léger celui-là, il est surtout très fragile, surtout ne laisser personne d’autre que moi le porter
12. Retirer les photos accrochées sous la mezzanine, les ranger bien serrés dans un sac fourre-tout
Ne surtout pas les regarder, c'est dangereux les photos, ça te saute à la gorge et ça te tord le ventre
13. Faire un sac de médicaments
Punaise j’ai été malade tout ça ?
14. Fourrer le contenu des fourre-tout dans le maxi pot de Nutella de 3 kg
15. Fourrer le maxi fourre-tout dans un carton ultra fourre-tout
Faudrait voir à pas dépayser les trucs habitués à être en vrac
16. Retirer les photos, les mots, les post-it, le bisou caché qui l'était bien, les petits bonheurs aimantés sur la porte d’entrée
Ne pas pleurer ne pas pleurer ne pas pleurer
17. Finir demain matin, la salle de bain, les rideaux, les luminaires, le démontage des étagères
Exténuée

Edit, lendemain matin
18. Faire un carton spécial salle de bain.
Pinaise il y aura donc toujours un truc en trop pour chaque carton ? Je suis vraiment obligée de faire un gros carton fourre-tout en plus ?
19. Démonter l’armoire à pharmacie
20. Jeter le rideau de douche
21. Retirer la glace
Pourquoi ai-je jeté le carton de la glace il y a 3 mois ?! Hein ?!
22. Faire la vaisselle et terminer le carton vaisselle
On se résigne, on se résigne et on s’énerve pas, il y aura toujours un truc en trop pour chaque carton.
23. « Toc Toc »

Taxi driveuse

Hier soir, il fait nuit noire, j’attends un taxi. Une grosse Mercedes arrive et s’arrête à la borne. J’ouvre la porte et m’assois.

- Bonsoir Monsieur !

Et une voix féminine de me répondre froidement

- Bonsoir Monsieur. Vous allez où ?

Je suis une Super Héroïne. Il y avait déjà SuperMan, Super Résistant, Super Califragilistique, Super Cucul, moi je suis Super Boulette.

Bon, je suis désolée, Madame, il faisait noir, j’ai mal regardé, je n’avais pas mes lunettes sur le nez, j’avais un rhume carabiné, les yeux entr’ouverts, et puis faut quand même avouer que c’est une drôle d’idée pour une femme d’avoir les cheveux si courts, de si grosses lunettes culs-de-bouteille, et de pas avoir de décolleté qui attire l’œil, d’être habillée en noir dans une voiture noire par une nuit noire, de pas avoir un joli rouge à lèvre rose vif. Et puis si ça avait senti Chanel n°5, aussi, dans votre puanteur à roulettes, ben ça m’aurait peut-être mis la puce à l’oreille aussi. Et puis pour répondre comme ça du tac au tac, c’est qu’on avait déjà fait preuve de manque de tact avec vous. Alors bon, hein, j’ai pas pour habitude de dire du mal des gens, mais y’a pas de fumée sans feu, hein, non mais.

Je comprends votre réaction, toutefois, me répondre ce très technique « bonsoir Monsieur », ça avait suffit à créer le malaise. Je veux dire, ce n’était pas la peine d’appuyer par à-coups sur l’accélérateur pour me donner envie de vomir, de rouler partout sauf dans la voie réservée, et de faire de la rétention de monnaie en me regardant bien droit dans les yeux.

-Veuillez avoir l’extrême obligeance de pardonner le faible niveau de cette note rédigée par une Lilli enrhumée (à tous les coups elle avait aussi branché la clim exprès) qui n’a pas les idées très claires et qui retourne se lover dans son plaid avant d’avoir froid aux pieds-

La géométrie dans l'espace selon Lilli

De vieux clichés tenaces affirment que les femmes n’ont pas le sens de l’orientation. Loin de moi l’idée de me poser en représentante des femmes, simplement je dois avouer que, me concernant, c’est plus qu’un cliché : c’est une vérité avérée.

8h45 ce matin, Montparnasse. Je marche jusqu’à la rue de Rennes pour aller faire un tour dans un magasin certifié non conforme. Ledit magasin n’ouvrant ses portes qu’à 10h (bande de feignasses), je décide finalement de rentrer chez moi. D’humeur aventurière, je décide de prendre un « raccourci évident ». Je tourne le dos à la vitrine, tends mon bras droit en direction de Montparnasse, et tends donc le gauche dans une direction opposée.

Hé bien oui, c’est d’une logique enfantine : je viens du point A (Montparnasse), je suis au point B (Rue de Rennes), je dois aller au point C (Denfert-Rochereau). Si j’ai trois points, j’ai un triangle. Si je ne situe que deux points sur le triangle, ben comme c’est un triangle, le troisième, il est forcément *par là*.

Je marche, le nez en l’air, en regardant les moulures et les balcons des jolis immeubles, l’intérieur des appartements dont les fenêtres sont ouvertes, lisant les noms des rues. Rue d’Arras, tiens, je connaissais pas… Rue de Fleurus… Rue de Fleurus ?!! 6ème arrondissement ?!! Han han, boulette.

Je suis perdue. Passée la honte de se perdre dans son propre quartier (dans lequel j’habite tout de même depuis presque trois ans), je me résous à faire ce que je fais toujours quand je me perds : je suis les passants. Il y en a toujours un qui finit par aller au métro.

Me voilà arrivée au Jardin du Luxembourg, soit le point D, soit pas du tout là où je devrais être. Mais comment ai-je fait pour arriver à ce point D ?! Alors que ma démarche était logique ?

Finalement, j’ai pris le RER. Parce que le triangle qui devenait soudainement un quadrilatère, j’avais peur de le transformer en pentagone. Et les pentagones, paraîtrait que certains leur envoient des avions sur le coin de la goule. Aventurière n’est pas kamikaze.

Les agents immobiliers sont pénibles

Mais moi je suis pénible ET teigneuse ET j’ai été une agente immobilière.

Petit rappel des faits : vente du portefeuille, licenciement économique, chômage, incapacité financière à garder l’appartement qui était déjà un peu au-dessus de mes moyens, déménagement. Détails à potentiel humoristique : l’agence qui gérait mon studio était celle dans laquelle je travaillais, donc l’agence qui gère mon congé est celle qui m’a plus ou moins mise au chômage (si si, si on fait un peu preuve de mauvaise foi).

Vendredi 3 septembre 2004 Rédaction d’une jolie lettre de congé avec toutes les pièces nécessaires pour la réduction du préavis de 3 à 1 mois. Proposition d’un rendez-vous le 13 septembre dans la journée, avec rappel de mes coordonnées téléphoniques, afin de visiter le studio, de définir les modalités de visites et la date de l’état des lieux de sortie.

Lundi 13 septembre 2004 Réception du talon de l’accusé réception daté du 6 septembre. Aucunes nouvelles de l’agence.

Mardi 14 septembre 2004 Rien.

Mercredi 15 septembre 2004 Devant le silence de l’agence, je décide d’appeler pour savoir ce qu’il se passe.
Lilli, polie - Bonjour, je suis Eulalie, je vous ai envoyé un courrier vous informant de mon congé le 3 septembre dernier et je n’ai toujours pas eu de nouvelles de vous.
Homme, blasé - Ah ? Je ne suis pas au courant… Nous n’avons pas dû recevoir ce courrier, je vous conseille de nous le renvoyer.
Lilli, ferme - L’accusé réception est daté du 6 septembre
Homme, gêné - *tousse* Ah… Bien. Bon. Donc ça fait un congé pour le 6 décembre. Pourquoi souhaitez-vous…
Lilli, coupant la parole - Non monsieur, cela fait un congé pour le 6 octobre étant donné que c’est un congé donné à la suite d’un licenciement.
Homme, zélé - Ah, dans ce cas il aurait fallu nous fournir l…
Lilli, réponse à tout - La photocopie de ma lettre de licenciement est jointe au courrier.
Homme, pris de court - Ah, bon, mais il me semble que, selon les termes de votre bail, vous avez un congé de…
Lilli, réponse à tout, bis - UN mois. Monsieur, je connais mon bail par cœur pour en avoir rédigé pendant presque un an.
Homme, dépassé - Bien bien…
Lilli, pressée - Alors ? Quand souhaitez-vous venir visiter pour le mettre en location ?
Homme, perdu - Hé bien nous pourrions prendre rendez-vous pour le 21 septembre.
Lilli, agacée - Si tard ? Excusez-moi, mais je connais bien mon propriétaire. Vu votre comportement, il me semble évident que vous souhaitez faire passer ce retard sur le dos de la « vilaine locataire » qui aura fait de la rétention de clé. N’essayez pas ça, vous vous décrédibiliseriez, il me connaît et sait que ce n’est pas mon genre. Ce monsieur est aussi le président du conseil syndical de l’immeuble, et si mes souvenirs sont bons, vous avez repris la gestion de 8 de ses appartements. Ce serait dommage de perdre tout ça pour un mensonge gros comme une maison, non ?
Homme, tousse - Bien euh, quand êtes vous disponible ?
Lilli, tac au tac - Demain après midi.
Homme, fatigué - Bien, je vois avec mes collègues et vous rappelle dans la journée.

Jeudi 16 septembre 2004 11 heures, coup de fil.
Jeune femme, sans gêne - Bonjour, c’est l’Agence, nous arrivons dans une demi-heure.
Lilli, surprise - Ah, où ça ?
Jeune femme, étonnée - Ben chez vous !
Lilli, sèche - C’est bête je n’y suis pas. Vous deviez me rappeler hier, vous ne l’avez pas fait, je ne suis pas à votre disposition, je ne pourrais pas être chez moi.
Jeune femme, irritée - Mademoiselle, ça ne va pas être possible. Si vous souhaitez avoir affaire à notre service contentieux pour rétention illégale de clé, je peux transférer dans l’heure votre dossier.
Lilli, froide - Mademoiselle, je vous prierai de ne pas avoir recours à de telles menaces. Je n’ai pas fait de rétention de clés, c’est vous qui gérez ce congé n’importe comment. J’ai envoyé un courrier le 3 septembre informant de mon congé, et c’est MOI qui ai dû vous rappeler pour savoir ce qu’il se passait.
Jeune femme, automate - Oh, vous savez, les délais de poste…
Lilli, on me la fait pas - Oui oui, les délais de poste, bien sûr. Je vous conseille d’arrêter de mentir, vous n’arrangez rien en essayant de vous décharger. J’ai reçu le talon de l’accusé réception daté du 6. Donc, vous êtes au courant depuis 10 jours et vous n’avez rien fait. Et il me semble anormal d’appeler pour fixer un rendez-vous 30 minutes plus tard. Je ne suis pas à votre disposition.
Jeune femme, exaspérée - Mais vous dites être au chômage.
Lilli, indignée - Et … ? Ça m’oblige donc à rester chez moi à vous attendre ?
Jeune femme, ennuyée - Mais la relocation est pressée !
Lilli, agacée - Alors là, ça n’est pas mon problème. En plus, hier, on me proposait un rendez-vous pour le 21. J’aimerais que vous arrêtiez de me prendre pour une conne. De toute façon, je ne souhaite pas vous parler. Passez-moi Monsieur M. (Directeur d’Agence) qui lui, j’espère, fera preuve de moins de mauvaise foi.
Jeune femme, barrage - Il n’est pas là.
Lilli, tranchante - Eh bien demandez-lui de me rappeler. Au revoir.

Quinze minutes plus tard.

Monsieur M, commercial - Mademoiselle Eulalie, bonjour, c’est Monsieur M. Vous allez bien ?
Lilli, charmante - Très bien et vous ?
Monsieur M, ultra brite - Bien bien. Pour le rendez-vous, je souhaitais vous proposer mardi prochain à 16H30. Cela vous convient-il ?
Lilli, ravie - Parfaitement. A mardi, donc.

Mardi 21 septembre
17h37. Aucune nouvelle des buses de l’agence. Il paraît qu’ils nous rachetaient parce qu’ils étaient plus efficaces et professionnels. Jamais je ne me serais permise d’agir de la sorte. J’irais bien faire bouillir de l’huile, mais je me demande s’ils vont vraiment venir.

18H24.
Jeune homme, professionnel dilettante - Bonjour Mademoiselle Eulalie, nous sommes dans votre rue, pouvez-vous nous rappeler le numéro de l’immeuble ?
Lilli, agacée - 7
Jeune homme, professionnel dilettante - Bien. Quel est le digicode ? Nous ne l’avons pas dans nos dossiers

Quelle belle petite triplette d’incompétence… Avant de partir, j’ai passé trois jours à récapituler tous les digicodes de tous les immeubles dont nous avions la charge dans un doc Excel.

Lilli, bouillant à l’intérieur dedans - 2012*
Jeune homme, professionnel dilettante - Bien, quel étage et quelle porte ?

Punaise mais ils se sont foulés les yeux sur mon bail ou quoi ?!

Lilli, à deux doigts de péter un câble - 2ème étage, porte droite
Jeune homme, chantant - On arrive.
Lilli, cynique - Ah déjà ?

Pas une excuse pour les deux heures de retard. J’ouvre la porte.

Jeune femme, enjouée - Bonsoiiir !
Lilli, polie - Bonsoir Mademoiselle. Vous arrivez tout juste, j’allais partir.

Aucune réaction. Ils entrent tous les trois, un homme et deux femmes, dans la studette. Je les informe puisque, de toute évidence, ils n’ont pas daigné jeter un œil au bail de location. L’homme s’escrime à accrocher un panneau à louer devant la fenêtre. Il lutte et force. Une fois fini, je lui demande à quoi sert le panneau.

Jeune homme, pragmatoque - A ce que les gens qui passent sachent que le studio est à louer. Lilli, pragmatique - MMm… Vous savez, dans cette cour, à part les locataires, il y peu de passage.

L’homme réfléchit et commence à retirer le panneau.

La plus jeune des deux femmes, celle qui a fait preuve d’une mauvaise foi remarquable au téléphone, examine le ballon d’eau chaude et se penche dangereusement au-dessus de la plaque électrique sur laquelle est posée une casserole vide. Alors je tiens à préciser que non, je n’ai pas dressé cette casserole à tomber sur le pied de cette petite garce. C’est la casserole qui l’a fait toute seule, de sa propre volonté. Casserole, tu seras emballée dans du papier de soie rose et je me souviendrai toujours de toi comme la casserole de ma vie. C’est dit.

Ils sont partis comme ils sont arrivés : mollement et sans excuse.

Timohël, gamme chromatique ambulante

"Le vert, c'est le premier pas vers le jaune... Quand on vient du bleu"