Mais moi je suis pénible ET teigneuse ET j’ai été une agente immobilière.
Petit rappel des faits : vente du portefeuille, licenciement économique, chômage, incapacité financière à garder l’appartement qui était déjà un peu au-dessus de mes moyens, déménagement.
Détails à potentiel humoristique : l’agence qui gérait mon studio était celle dans laquelle je travaillais, donc l’agence qui gère mon congé est celle qui m’a plus ou moins mise au chômage (si si, si on fait un peu preuve de mauvaise foi).
Vendredi 3 septembre 2004
Rédaction d’une jolie lettre de congé avec toutes les pièces nécessaires pour la réduction du préavis de 3 à 1 mois. Proposition d’un rendez-vous le 13 septembre dans la journée, avec rappel de mes coordonnées téléphoniques, afin de visiter le studio, de définir les modalités de visites et la date de l’état des lieux de sortie.
Lundi 13 septembre 2004
Réception du talon de l’accusé réception daté du 6 septembre. Aucunes nouvelles de l’agence.
Mardi 14 septembre 2004
Rien.
Mercredi 15 septembre 2004
Devant le silence de l’agence, je décide d’appeler pour savoir ce qu’il se passe.
Lilli, polie - Bonjour, je suis Eulalie, je vous ai envoyé un courrier vous informant de mon congé le 3 septembre dernier et je n’ai toujours pas eu de nouvelles de vous.
Homme, blasé - Ah ? Je ne suis pas au courant… Nous n’avons pas dû recevoir ce courrier, je vous conseille de nous le renvoyer.
Lilli, ferme - L’accusé réception est daté du 6 septembre
Homme, gêné - *tousse* Ah… Bien. Bon. Donc ça fait un congé pour le 6 décembre. Pourquoi souhaitez-vous…
Lilli, coupant la parole - Non monsieur, cela fait un congé pour le 6 octobre étant donné que c’est un congé donné à la suite d’un licenciement.
Homme, zélé - Ah, dans ce cas il aurait fallu nous fournir l…
Lilli, réponse à tout - La photocopie de ma lettre de licenciement est jointe au courrier.
Homme, pris de court - Ah, bon, mais il me semble que, selon les termes de votre bail, vous avez un congé de…
Lilli, réponse à tout, bis - UN mois. Monsieur, je connais mon bail par cœur pour en avoir rédigé pendant presque un an.
Homme, dépassé - Bien bien…
Lilli, pressée - Alors ? Quand souhaitez-vous venir visiter pour le mettre en location ?
Homme, perdu - Hé bien nous pourrions prendre rendez-vous pour le 21 septembre.
Lilli, agacée - Si tard ? Excusez-moi, mais je connais bien mon propriétaire. Vu votre comportement, il me semble évident que vous souhaitez faire passer ce retard sur le dos de la « vilaine locataire » qui aura fait de la rétention de clé. N’essayez pas ça, vous vous décrédibiliseriez, il me connaît et sait que ce n’est pas mon genre. Ce monsieur est aussi le président du conseil syndical de l’immeuble, et si mes souvenirs sont bons, vous avez repris la gestion de 8 de ses appartements. Ce serait dommage de perdre tout ça pour un mensonge gros comme une maison, non ?
Homme, tousse - Bien euh, quand êtes vous disponible ?
Lilli, tac au tac - Demain après midi.
Homme, fatigué - Bien, je vois avec mes collègues et vous rappelle dans la journée.
Jeudi 16 septembre 2004
11 heures, coup de fil.
Jeune femme, sans gêne - Bonjour, c’est l’Agence, nous arrivons dans une demi-heure.
Lilli, surprise - Ah, où ça ?
Jeune femme, étonnée - Ben chez vous !
Lilli, sèche - C’est bête je n’y suis pas. Vous deviez me rappeler hier, vous ne l’avez pas fait, je ne suis pas à votre disposition, je ne pourrais pas être chez moi.
Jeune femme, irritée - Mademoiselle, ça ne va pas être possible. Si vous souhaitez avoir affaire à notre service contentieux pour rétention illégale de clé, je peux transférer dans l’heure votre dossier.
Lilli, froide - Mademoiselle, je vous prierai de ne pas avoir recours à de telles menaces. Je n’ai pas fait de rétention de clés, c’est vous qui gérez ce congé n’importe comment. J’ai envoyé un courrier le 3 septembre informant de mon congé, et c’est MOI qui ai dû vous rappeler pour savoir ce qu’il se passait.
Jeune femme, automate - Oh, vous savez, les délais de poste…
Lilli, on me la fait pas - Oui oui, les délais de poste, bien sûr. Je vous conseille d’arrêter de mentir, vous n’arrangez rien en essayant de vous décharger. J’ai reçu le talon de l’accusé réception daté du 6. Donc, vous êtes au courant depuis 10 jours et vous n’avez rien fait. Et il me semble anormal d’appeler pour fixer un rendez-vous 30 minutes plus tard. Je ne suis pas à votre disposition.
Jeune femme, exaspérée - Mais vous dites être au chômage.
Lilli, indignée - Et … ? Ça m’oblige donc à rester chez moi à vous attendre ?
Jeune femme, ennuyée - Mais la relocation est pressée !
Lilli, agacée - Alors là, ça n’est pas mon problème. En plus, hier, on me proposait un rendez-vous pour le 21. J’aimerais que vous arrêtiez de me prendre pour une conne. De toute façon, je ne souhaite pas vous parler. Passez-moi Monsieur M. (Directeur d’Agence) qui lui, j’espère, fera preuve de moins de mauvaise foi.
Jeune femme, barrage - Il n’est pas là.
Lilli, tranchante - Eh bien demandez-lui de me rappeler. Au revoir.
Quinze minutes plus tard.
Monsieur M, commercial - Mademoiselle Eulalie, bonjour, c’est Monsieur M. Vous allez bien ?
Lilli, charmante - Très bien et vous ?
Monsieur M, ultra brite - Bien bien. Pour le rendez-vous, je souhaitais vous proposer mardi prochain à 16H30. Cela vous convient-il ?
Lilli, ravie - Parfaitement. A mardi, donc.
Mardi 21 septembre
17h37. Aucune nouvelle des buses de l’agence. Il paraît qu’ils nous rachetaient parce qu’ils étaient plus efficaces et professionnels. Jamais je ne me serais permise d’agir de la sorte.
J’irais bien faire bouillir de l’huile, mais je me demande s’ils vont vraiment venir.
18H24.
Jeune homme, professionnel dilettante - Bonjour Mademoiselle Eulalie, nous sommes dans votre rue, pouvez-vous nous rappeler le numéro de l’immeuble ?
Lilli, agacée - 7
Jeune homme, professionnel dilettante - Bien. Quel est le digicode ? Nous ne l’avons pas dans nos dossiers
Quelle belle petite triplette d’incompétence… Avant de partir, j’ai passé trois jours à récapituler tous les digicodes de tous les immeubles dont nous avions la charge dans un doc Excel.
Lilli, bouillant à l’intérieur dedans - 2012*
Jeune homme, professionnel dilettante - Bien, quel étage et quelle porte ?
Punaise mais ils se sont foulés les yeux sur mon bail ou quoi ?!
Lilli, à deux doigts de péter un câble - 2ème étage, porte droite
Jeune homme, chantant - On arrive.
Lilli, cynique - Ah déjà ?
Pas une excuse pour les deux heures de retard.
J’ouvre la porte.
Jeune femme, enjouée - Bonsoiiir !
Lilli, polie - Bonsoir Mademoiselle. Vous arrivez tout juste, j’allais partir.
Aucune réaction.
Ils entrent tous les trois, un homme et deux femmes, dans la studette. Je les informe puisque, de toute évidence, ils n’ont pas daigné jeter un œil au bail de location.
L’homme s’escrime à accrocher un panneau à louer devant la fenêtre. Il lutte et force. Une fois fini, je lui demande à quoi sert le panneau.
Jeune homme, pragmatoque - A ce que les gens qui passent sachent que le studio est à louer.
Lilli, pragmatique - MMm… Vous savez, dans cette cour, à part les locataires, il y peu de passage.
L’homme réfléchit et commence à retirer le panneau.
La plus jeune des deux femmes, celle qui a fait preuve d’une mauvaise foi remarquable au téléphone, examine le ballon d’eau chaude et se penche dangereusement au-dessus de la plaque électrique sur laquelle est posée une casserole vide. Alors je tiens à préciser que non, je n’ai pas dressé cette casserole à tomber sur le pied de cette petite garce. C’est la casserole qui l’a fait toute seule, de sa propre volonté. Casserole, tu seras emballée dans du papier de soie rose et je me souviendrai toujours de toi comme la casserole de ma vie. C’est dit.
Ils sont partis comme ils sont arrivés : mollement et sans excuse.