VADE RETRO PIM'SANAS !!

Ô Elle, Cosmopolitan, Vogue, Biba, Glamour,
Grandes Prêtresses de la Minceur ferme et de la Mode,
Donnez-moi le courage pour affronter cette épreuve.

J’ai pêché par le passé,
Vin, fromage, sucres lents et sucreries,
Mon parcours diététique est désastreux,
Mais aujourd’hui je souhaite me racheter.

Que la Volonté Suprême investisse mon âme,
Chassant les bourrelets disgracieux
Et me donnant le courage de dire non.

Donnez-moi la Force de vaincre PIM’SANAS et sa terrible génoise fondante.

M’faudrait un chouia d’aide pour l’incantation, là… Quelqu’un a le numéro de téléphone de Willow ou des sœurs Halliwel ?

La nuit a été longue

A ma droite, la robe, éclatante de beauté, implorait par télépathie de ne pas s’approcher trop de la tentation à la mousse au citron sur la moelleuse génoise. Les pétales de la fleur dansaient vers moi tandis que le jupon se gonflait d’un léger souffle, retombant aussi légèrement qu’une plume. Cette danse a duré toute la nuit.

A ma gauche, les PIM’S, diaboliques de séduction, susurraient « Mange-moi… Mange-moiiii » en enchaînant les clins d’œil d’une façon presque indécente.

J’ai résisté. Mais pour combien de temps ? Je sens que ma volonté part en lambeaux. Et j’ai peur : je pense que le paquet est possédé.

SNCF, aller comme retour, tout est possible

ALLER
Que des jeunes parents veuillent partir en week-end en Normandie, je le comprends parfaitement. La Normandie, c’est joli, l’air est pur, ça sent bon, c’est fleuri, il y a la mer, et puis de toute façon, cette petite bruine fine et froide qui passe à travers les cirés jaunes, c’est très bon pour la peau, ça brumise.

Que ces mêmes jeunes parents tiennent à tout prix à emmener leur progéniture bruyante, j’ai plus de mal à le concevoir. Je mets ça sur le dos de l’inconscience de leur jeunesse, et le regard accablé de la mère m’attendrit presque. Attendrissement qui repart fissa se lover dans mon cœur de pierre lorsque les décibels me percent les tympans.

RETOUR
Que ces mêmes jeunes parents, plus fatigués à l’aller qu’au retour, soient encore dans le même wagon que moi, je prends ça pour une attaque personnelle de la SNCF. Ça me déçoit, avec tout le fric que je leur laisse, quasiment tous les week-end… Enfin, passons. Illusoire de penser recevoir une quelconque gratification… Mais de là à me vouloir du mal !!

Que ces jeunes parents ramènent avec eux leur terrifiante progéniture, j’ai beaucoup de mal à le comprendre. C’est à ça qu’on voit que le jeune parent n’est pas une race très intelligente. J’aurais profité de ce voyage en terre inconnue pour les perdre, les mouflets… (Surtout si j’avais un rejeton roux… Je ne pourrais pas aimer mon enfant s’il était roux).

Mais malgré tout, les cris, les pleurs, les réprimandes de la mère excédée, les coups de pieds dans mon siège, ça n’a pas été le pire. Le pire, ça a été les fromages que ces triples buses en short d’Allemands ont jugé utile de ramener à Paris avec eux. A odeur de nez, un exquis mélange de Livarot, de Pont l’Evêque et de Camembert. Qu’on ne vienne pas me parler maintenant d’amitié franco-allemande. Je serais capable de mordre.

Tiinng !

A ma droite, aérienne, en lévitation sous la mezzanine, pesant peut-être une centaine de gramme, douce comme le duvet de l’oisillon de deux jours, une, que dis-je, LA robe rose en soie fleurie avec une doublure effet jupon et une fleur cousue sur la bretelle gauche. Cette robe a été l’objet d’un coup de foudre un samedi après-midi lors de l’opération « Halte au désert dans mon placard » (Si vous saviez… J’ai rien à me mettre…) Son achat a endetté la Demoiselle Eulalie, ici au centre, assise en tailleur sur le canapé, sur cinq générations. Mais surtout, cette robe a été le déclencheur d’un régime amincissant de ladite Demoiselle Eulalie.

A ma gauche, nonchalamment étendu de tout son long sur le canapé, terriblement séduisant, superbement inconnu, pesant exactement 136 grammes, le nouveau paquet de « PIM’S mousse citron » Ce paquet, promesse d’un Eden pour papilles fatiguées par le poulet plat, a été l’objet d’un coup de foudre il y a environ 15 minutes lors d’une opération « Halte au désert dans le frigo »

Au centre, donc, Demoiselle Eulalie – sept kg, assise en tailleur sur le canapé, lutte comme une acharnée. Qui gagnera le combat ? Les paris sont ouverts.

Demain, je me mets au boxer

J'avais bien retenu la dernière leçon : « Dans ton petit sac "spécial laverie" le string humide qui sort de la machine et qui ne va pas dans la sécheuse tu ne mettras pas. » Effectivement, si je veux que l'intérieur de mon sac-à-sous, clés et portable sente le Minidou au lait de coton, je n'ai qu'à en verser dedans.

Ce soir, comme je ne savais pas quoi en faire, je les ai mis dans ma poche droite, celle qui est toujours vide, pour ne pas risquer de les faire tomber en prenant quelque chose. Je rentre chez moi, altière et magnifique, comme d'habitude, pressée d'écrire l'enterrement de vie de jeune fille, les hommes en string (hihi), le hammam... Et j'entends derrière moi :

Voix masculine - Mademoiselle ? Maaademoiselle ?? Mademoiselle avec le gros sac noir sur l'épaule !

Je me retourne et remarque tout de suite le tissu rouge à sa main. Il me le tend.

Homme, charmeur - J'accepte l'invitation...
Lilli, râleuse - Mon bon Monsieur, si je devais sortir avec tous les hommes qui ramassent mes strings dans les lieux publics, je n'aurais plus une soirée à moi !
Homme, déstabilisé - Oh...
Lilli, adoucie - Merci en tout cas
Homme, déstabilisé - Ben de rien...
Lilli, gentille mais ferme - Bonsoir.
Homme, stabilisé - Oh, Mademoiselle ?
Lilli, inquiète - Oui ?
Homme, observateur - Il est humide... Votre string...

Je ne vois pas pourquoi je m'obstine à les emmener à la laverie, puisque je suis obligée de les re-laver à la main... Bon, et comme il fallait bien punir quelqu'un, et que je n'allais pas frapper le jeune restitueur de string, puisque c'est comme ça, pas de texte sur les hommes en string. Trop douloureux, les histoires de string.