Pff

Parfois, dans la vie, on fait des choses palpitantes. Aujourd’hui, par exemple, j’ai rangé et nettoyé ma cage à lapin, je suis allée à la laverie et j’ai couru les Fran et les Mono Prix pour trouver les affreux pains au chocolat industriels de Nino (C’est qu’il engloutit, le petit, le matin).

A la laverie, j’ai regardé les couleurs tourner dans le tambour en baillant, j’ai mis le linge dans la sécheuse en prenant bien soin de ranger le délicat directement dans mon petit sac. Z’êtes palpités, les gens, hein ?

Ensuite, j’ai cherché en vain les pains au chocolat. J’ai fini par lui acheter de la brioche aux pépites de chocolat. (Hey, toi, là-bas, arrête de bailler !) Et comme je suis très respectueuse des règles et qu’il n’y avait pas trop de monde aux caisses, je suis allée payer. Pour une fois, j’ai eu de la chance, les dragueurs de caissière avec leurs bières qui nous font attendre des plombes sont arrivés juste après moi. Je glisse ma main dans mon sac, saisis le billet de vingt euros, le sors, et là, c’est le drame.

Mon linge délicat encore humide tombe par terre, sur la machine à taper le code de carte bleue et sur les deux sachets de course. Et qu’est ce qui a le mauvais goût de ne pas passer à la sécheuse ? Ben des strings, tiens, ceux avec des strass, la dentelle rose, les petits rubans en satin sur les côtés. Forcément, l’invasion de la caisse par les petits dessous en méryl n’est pas passé inaperçue. Et c’est la bave au coin des lèvres que l’un des lourdauds de supporters de l’OM s’est penché pour ramasser celui qui était tombé par terre (C’est la faute à Voltaire-euh). Il me l’a tendu, après en avoir examiné sans grande discrétion la forme, et m’a simplement dit, l’air bravache « Tenez. Il est humide… »

Voilà. Je m’appelle Eulalie et j’arpente le 14ème arrondissement de Paris avec des strings humides dans mon petit sac.

Bô frère

Du Lundi au Vendredi, il n’y a rien à dire sur sa tenue vestimentaire. Costumes classiques mais toujours bien coupés, chemise YSL ou CD, chaussures et cravates de qualité. Son parfum, c’est « Allure », et il le porte très bien. Un homme de goût, en somme, qui pousse même la perfection jusqu’à avoir épousé ma sœur. Quelle ne fût pas ma surprise la première fois que je l’ai vu descendre les escaliers un samedi matin alors que je rentrais de soirée ! A l’heure où les honnêtes festoyeurs rentrent se coucher, c’est-à-dire vers 7h30 – 8h, lui quittait à pas de loup la maisonnée encore sous l’emprise de Morphée.

Au début, dans l’obscurité, je me suis demandée qui arrivait vers moi. J’avoue que j’ai même eu peur qu’un psychopathe n’ait profité de la couverture de la nuit pour tuer toute ma famille. Mes jambes me commandaient de fuir et de rattraper la voiture qui m’avait ramenée saine et sauve, mais c’est la blonde qui a parlé en premier :
Lilli, goguenarde - Dis donc ça te fait des fesses énormes ce truc !

Pour toute réponse, il a appuyé sur l’interrupteur. Les spots m’ont brûlé les yeux.

Bô frère, railleur - Et toi ça te fait couler ton maquillage de danser comme ça jusqu’à pas d’heure. J’espère que personne ne t’a vue à la lumière. Tu postules pour rejoindre le groupe « Kiss » ?

Le postérieur du Bô frère : un sujet sensible.

La vanne était légitime quoiqu’un peu hard, mais l’interlocuteur était au moins identifié. Seul son accoutrement restait encore une énigme. Il arborait donc, de haut en bas:
- Une veste moulante zippée en lycra brillant noir avec des dessins rouge et orange,
- Des gants en filet. La main droite tenant un casque rembourré,
- Un cuissard en lycra (sorte de caleçon avec du rembourrage au niveau des fesses) avec le bas façon fuseau (élastique qui passe sous les pieds pour que le caleçon reste bien tendu),
- Des chaussures souples avec de petits crampons.

Le vice de Bô frère, c’est le VTT. Tôt le matin, son bonheur à lui, c’est d’enfiler son déguisement, de chevaucher sa monture à plein de vitesses au guidon et de partir à l’aventure. Ladite aventure consistant à pédaler comme un désaxé dans des chemins boueux, le plus vite possible, pour croquer un maximum de moucherons des sous-bois et revenir cra-cra comme un goret. Ensuite, il prend une douche interminable. Et enfin, éponge, chiffon et bombe de graisse à la main, il consacre l’après midi au démontage-soufflage-nettoyage-graissage-remontage-bichonnage minutieux de son vélo.

Bô frère et moi, c’est « Struggle ta life pour ta Nutella ». Mon plus grand des plaisirs est de m’en tortorer un maximum lorsque c’est le sien, mais le concours ultime, c’est de savoir qui commencera le pot. Avant, il gagnait à tous les coups : c’est un lève-tôt pathologique. Mais la femme est fourbe, Eulalie aussi et bô frère est un couche tôt : à moi la fringale de deux heures du mat’ ! Depuis cet acte hautement répréhensible je l’avoue, mais tellement bon, c’est l’anarchie dans la cuisine.

Bô frère, il fait plein de trucs bizarres. Il met du viandox dans les endives. Il poivre son Caprice des Dieux. (Le seul fromage qu’il mange : petit, il a été attaqué par des odeurs fromagères). Il écoute Elvis Presley et Van Halen. Il regarde le Tour de France. Il me ramène des chouettes cadeaux de ses voyages. Il m’achète une sacoche pour mon appareil photo sans raison, juste pour faire plaisir. Il m’aide à déménager mes affaires. Il m’aide à monter un lit mezzanine en bois. Il m’envoie des vannes terribles et il m’appelle pour me souhaiter bon courage pour mon premier jour de travail.

Mon Papou

Mon Papou à moi que j’aime, c’est le mélange réussi de Gainsbourg, Pacino et De Niro.

Il est beau, il est fort, il est sain, il sait tout, il est humble et quand je ne mets pas de talons, il est pas si petit que ça.

Sa parole est précieuse car il ne parle pas beaucoup. Papou, c’est un penseur. Il livre des combats intérieurs très intenses que lui seul connaît. C’est pour ça qu’il médite des heures entières le samedi et le dimanche après-midi, les yeux fermés, devant les documentaires animaliers. Le calme du monde animal terrestre ou sous-marin l’aide à se ressourcer et à réfléchir. Et il ne ronfle pas : il exprime par à coups la puissance de la bataille. Nuance.

S’il ne parle pas des masses, en revanche, il chante beaucoup. Plutôt faux. Et avec une tendance à laisser venir les paroles comme il le sent. C’est un instinctif, Papou. Cela donne un résultat aheum… approximatif.



Les gens font rien qu’à copier sur mon Papou. De Niro s’est inspiré de lui pour « Mon Beau-Père et moi ». Tout y est. Tout le monde le soupçonne de faire partie des RG, il aime son rouquin de chat plus que tout (non, je ne suis pas jalouse) et à la moindre apparition d’un Nino, il a le regard inquisiteur, suspect et intransigeant, un regard qui veut dire « Si tu touches à mon chat j’t’empêche de voir ma fille, p’tit con ». Enfin, Papou a un bouc. Je vous entends déjà : « Ouiiii, un bouc, c’est pas du tout original, même Bernard Montiel a un bouc, trop la honte le bouc ! » Et là je dis : « Non. » Je m’insurge et m’inscris en faux. (ouais, les deux en même temps) Non content d’être à l’origine de *tatataaaa* Moi (merci qui ?), il est aussi à l’origine de la mode du bouc. Ça vous la coupe, hein ?

Papou, ce héros

Lilli, bien en peine - Papou ? C'est quoi le féminin de "imposteur" ?
Papou, réfléchissant - Hum... Imposteuse... Impostatrice... Imposturationneuse... Hum... Imposturatritionneusatrice...
Lilli, embêtée - Dur hein ? Si ça se trouve, ça a pas de féminin, ce mot...
Papou, inspiré - Mais si, y'a forcément un féminin à imposteur : "Salope" !

Il résout bien les soucis de langage, hein, mon Papou.