Question existentielle de ma ménagère dépareillée

Où vont toutes mes petites cuillères qui disparaissent ?
Non, parce que là je n'en ai plus une seule. Et le yaourt à la fourchette, j'ai pas pour habitude de dire du mal, hein, mais c'est pas vraiment pratique...

Question existentielle de mon pied dépareillé

Où vont les chaussettes qui disparaissent ?

Rame, rame, rameur, ramez

« - Alors Lilli, tu t’entraînes toujours ? »



{Flashback:.:Flashback:.:Flashback:.:Flashback:.:Flashback:.:Flashback:. }



Les boulots d’hôtesse et de guide touristique se succédaient, les heures bilingues comptaient double voire triple, les soirées hype emplissaient mon porte-monnaie de pourboires démesurés. Pas de loyer, pas de factures, simplement des fringues, des cosmétiques et foison de dépenses aussi inutiles que futiles (et si possible très kitsch). Kate Moss déclarait la guerre aux pointes sèches et aux cheveux cassants, moi j’ajoutais au combat : les cuticules déshydratées, les ongles striés, les points noirs, les poils, la peau d’orange, la cellulite, la graisse sous toutes ses formes, - sauf dans les nichons.

Cette traque quotidienne nous avait poussées, Milie et moi, à prendre des cours avec un coach afin de nous aider et de nous motiver dans nos séances d’abdo-fessiers, développé-couché, rameur, presse, vélo et autre machines de torture dont je ne connais pas le nom. Evidemment, nous avons été plus attirées par son physique d’athlète et son sourire charmeur que par ses strictes compétences : quitte à souffrir une heure et demie, autant le faire sous le regard d’un Apollon sculpté 100% pur muscle. Il s’est avéré que le séduisant coach était une bête … tyrannique et autoritaire. Ponctualité, assiduité, sérieux de rigueur. La quête du ventre plat et de la fesse d’acier est une chose sérieuse.

Chose sérieuse, oui, mais qui ne nous empêchait tout de même pas de baver allègrement lorsqu’il nous montrait les exercices.
Coach, sérieux "- Alors cet exercice sert plutôt à développer les pectoraux"
Milie, ingénue "- Les pectoraux, précisément, c’est situé où ?"
Coach, t-shirt relevé "- Les pectoraux ? Regardez, là je contracte. Vous voyez ?"

Coach, sérieux - Bon, pour les fessiers, vous vous mettez à quatre pattes, comme ça, et vous faites des mouvements de jambe, comme ça. Vous voyez la fesse se contracter ?
Lilli, j’ai pas mes lunettes zut alors "- Où çaaaaaa ?"

Coach, sérieux et sans t-shirt "- Bien sûr qu’il y a des muscles dans le dos !! Regardez !"

Quoi de mieux qu’un mannequin vivant faisant office de carte universelle du muscle ?

Quand le jeu en vaut la chandelle, je sais mettre de côté mon tempérament et devenir une vraie petite élève bien disciplinée. J’enchaînais les séries d’exercices sans broncher.

Mes douze années de danse et d’assouplissement forcenés - Kamel Ouali est un petit joueur par rapport à mes anciens tortionnaires-, m’ont permis de relativiser la douleur et de trouver la force de louer le Dieu Étirements (on a beau dire, on a beau faire, j’ai pas pour habitude de dire du mal des gens, mais les crampes, aïe). Milie, elle, aurait tué père et mère pour échapper à ces séances.

Coach, sérieux ''"- Bon, tu te mets sur le dos, tu colles bien tes reins au tapis. Donne moi ta jambe droite Coach commence à pousser sur la jambe."''
Milie, écarlate "- Lâche cette jambe tout de suite. Lâche ! Lâcheuuuh !"

Coach est pété de rire. Et comme je suis la pire amie possible, moi aussi.

Coach, hilare "- Non, je ne lâche pas. Souffle. Maintenant je vais la tourner un peu vers l’intérieur…"
Milie, menaçante "- Tu tournes que dalle !! Ecoute moi !! Tu tournes que dalle et tu lââÂÂÄaaacchhharggararaggggrrrrrrroâââââââârghhhhrrreu (ß Onomatopée approximative) Pov’malade !! (En me regardant) Et toi, arrête de glousser comme une hyène hystérique ! RIRE CA FAIT PAS LES ABDOS !"



{Fin du flashback:.:Fin du flashback:.:Fin du flashback:.:Fin du flashback:.:Fin }

Coach, intéressé - Alors Lilli, tu t’entraînes toujours ?

Coach est là, devant moi, musclé, souriant, et je rougis lorsque je me rends compte que je pense à ses fessiers.

Lilli, rentrant son ventre - Euh, oui oui, m’enfin là c’est l’hiver alors heu…
Coach, enthousiaste - Toujours des fesses en béton armé au moins ? Je me casse toujours le poing dessus si je cogne ?
Lilli, une issue, vite - Oh, ben, tu sais, elles ont découvert Gandhi récemment et elles sont devenues un peu plus… pacifiques…
Coach, soupir - Lilli… C’est pas sérieux tout ça
Lilli, issue ! issue !! - Mais euhh la guerre c’est mal ! Je dis OUI à un monde de douceur, de tendresse un peu molle, les muscles c’est tellement saillant, agressif… ET L'AMOUR ALORS ?!

Nino, désespéré

"C'est dur d'être avec une droguée du blog qui ne recommence à sourire et à chanter que lorqu'elle sait qu'on rentre à la maison alors que QUI s'est cassé le cul à l'emmener au resto et tout HEIN ?!"

"Bon, ça y est ? Elle a lu ses no-notes ? Elle a vu ses commentaires ? Elle a fait son po-post ? Elle la ramène, sa fraise, maintenant ?!"

(Rhôôô Lilli très indigne tout de même...) (Je me demande s’il est VRAIMENT capable de sauter...)

Frédéric ? Stéphanie ? Virginie ? Emmanuel de Brantes ?

Cette semaine, Gwendoline est en vacances. Je suis donc la Reine intérimaire du bureau. Mes sujets, réticents à l’ordre au début (il faut dire que ma bien aimée chef est particulièrement bordélique), se sont au fur et à mesure bien disciplinés. Les agrafeuses, pinces de classeurs et calculatrice géante tâchent de me faire oublier nos discordes passées et se plient à mes quatre volontés.

Quand j’arrive le matin, c’est téméraire et décidée que je m’assois sur mon fauteuil à roulettes, pose mes mains sur le sous-mains (oooh) en cuir (mmmh) avant de… euh… Rien. Pourtant, il y en a, du boulot, cette semaine, mais je crois que Gwendoline a emporté ma motivation en Tunisie.

Bref, je glande, regarde les feuilles et les dossiers s’entasser sur le coin du bureau. Je les alterne de façon à obtenir un joli rempart (très pratique pour feinter Nicolae quand il est en manque de maltraitance) de jolies rayures bayadères à dominante bleu et vert. Ça manque de rose mais c’est char-mant. La perspective de transformer ce rempart en muret me fatigue. J’essaie de le désintégrer avec mes yeux. Ça marche pas.

Alors ce matin, je me livrais à une activité riche en intérêt et en rebondissement : portable à la main, faire défiler les noms du répertoire pour voir qui je pouvais bien virer de là. Et je me suis aperçue d’un truc absolument fou : des noms que je ne connais pas se sont glissés dedans. (C’est fou, non ?) Me voila donc avec quatre personnes que je ne connais pas. Je m’agite les neurones dans tous les sens mais je ne parviens pas à me souvenir de quoi que cela soit. Qui est ce Frédéric ?! J’en connais bien un, celui qui m’a fait me moquer d’un type en patte d’éph en pleine rue, mais les numéros ne correspondent pas. Et cette Virginie ? Je ne me souviens pas d’avoir jamais parlé à une Virginie… Et Stéphanie ? Mais qui est cette Stéphanie ?!! Y’a aussi un « Manu de Brantes ». Ptain je savais pas que je le connaissais lui !

Que faire ? Envoyer un texto ? Appeler directement ?
"- Bonjour, t’es qui toi ?"
"- Hihi trop drôle Lilli ! Ça va depuis l’autre fois ?"
Arf.

Appellerais-je trop souvent Nino « Nino » pour en oublier son vrai prénom ? S’appellerait-il Stéphanie ? Virginie ? Manu de Brantes ? Pire, Frédéric ?!!!



J’ai cogité (parce que ergo sum) et j’en suis arrivée à la conclusion suivante : des gens, probablement de mon entourage proche (faut quand même y avoir accès au téléphone rouge d’Eulalie) complotent. La terrible théorie du complot est donc parfaitement d’actualité et j’ai peur.



A quand le numéro de Nino remplacé par celui de mon papou ? A quand les chaînes déréglées sur la télé ? France 3 à la place de M6 ? Les robinets eau chaude - eau froide inversés ? La colle sur mes stylos ? La souris collée au tapis ? Le frigo à la place de la douche ? Les listes de correction automatiques modifiées par des trucs débiles ? La crème de jour à la place du beurre ? Les plaques électriques à la place des oreillers ? HEIN ? CA N’A PAS DE FIN C’EST CA ?!



P.S. : Si tu t’appelles Stéphanie, Virginie, Frédéric ou Manu de Brante (quoique…) appelle-moi. Si tu t’appelles Benjamin, Jack ou Brad aussi hihihi.