Week-end de Lilli
Par Eulalie, lundi 23 février 2004 à 00:00 :: Journal :: #44 :: rss
Y’a des week-end qui commencent bien : un Nino tout chaud à aller chercher à la gare avant d’aller s’enfiler des crêpes.
Y’a des week-end qui se déroulent bien : Nino est beau et plaît aux copains, on crapahute dans Paris et by night s’il vous plaît, il me raccompagne chastement à la porte de mon immeuble. Le lendemain, on va à une expo pas trop intello mais très impressionnante (malgré les - paraît-il - visibles problèmes de perspectives des artistes), on se raconte nos vies, nos mains s’effleurent à peine, c’est fou ce qu’on est vertueux-polis-bien-élevés.
Y’a des week-end qui se finissent bien : on va voir un film crétin dont la moyenne d’âge des spectateurs est doublée par nos seules présences, on argumente sur des questions existentielles primordiales (« A ton avis, les tâches sur les trottoirs, c’est de la peinture ou des vieux chewing-gum ? »), et puis c’est le retour au lieu de départ. Déjà deux jours ? Je suis partie avant que le train ne démarre parce que j’avais oublié le mouchoir blanc, je suis allée boire un verre et je pense que je me suis endormie le sourire aux lèvres.
Et y’a les week-end qui commencent moins bien : c’est d’abord une sensation : la gorge donne des signes évidents de défaillance. Après m’être cassée la voix sur une triple buse qui, en plus d’être indélicate et de mauvaise foi, a chamboulé le timing du départ, j’entame la course effrénée dans le métro et dans les escalators. La poitrine brûlante, j’ai bousculé quelques vieilles kamikazes qui n’ont rien à faire dans les couloirs du métro à cette heure de pointe, et c’est à deux doigts de l’apoplexie que j’ai sauté dans le premier wagon. J’ai repris mon souffle, heureuse d’avoir réussi, puis me suis mise en quête de la bonne voiture et de la bonne place pour enfin m’asseoir, sans retirer mon sac à dos et toujours le sac de voyage à la main.
C’est généralement lorsque la tête arrête de tourner et que la combustion pulmonaire prend fin qu’on entend les deux chérubins sur les sièges de devant qui commencent à se chamailler. J’ai une fois de plus maudit les ovules, les spermatozoïdes et tous ces ferroviairistes-SNCFiles inconscients qui procréent sans penser à leurs voisins de train.
Et le samedi, c’est le drame. La voix oscille entre Annie Girardot et Charlotte Gainsbourg chantant Lemon Incest. L’œil brillant, la truffe chaude, le poil terne : je suis malade et Mam me traîne chez la pharmacienne (après avoir essayé deux ravissants trenchs, la vie est une question de priorités.) Ma connaissance en langage des signes se borne au clip de Savoir Aimer de Florent Pagny dont je n’ai retenu que « aimer » et « comme on renaît de ses cendres ». C’est donc avec moult difficultés que la communication avec la pharmacienne a été établie. Mais je ressors avec le trophée dans un sachet en papier : un bon sirop bleu bien sucré. Un délice.
Et puis là, on rentre dans le cercle vicieux de la maladie : première, seconde puis troisième proposition de sortie déclinée la larme à l’œil. Ce soir, c’est plateau repas, mes parents m’abandonnent et les baby-sitters s’appellent Gad Elmaleh et Madame Toscan du Plantier. Les récompenses et embrassades s’enchaînaient et moi je pensais « Qu’est ce qui serait le plus douloureux ? Se cogner la tête contre un mur en béton ou contre une dalle en terre cuite ? »
Dimanche matin. Ma voix revient. Ouf. Ça tombe bien. Pendant un moment, j’ai eu peur de ne pas pouvoir aller travailler demain. Parce que niquer un week-end, ce n’est pas désastreux. Mais être privée de téléphone, de visites et de rendez-vous, c’est tout simplement inhumain. Tiens mes spasmes nerveux sous l’œil me reprennent.
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